À quelques jours de l’entrée en vigueur du Système national de traçabilité (SNT) fixée au 1er septembre 2026, le Conseil du Café-Cacao intensifie la sensibilisation des producteurs et coopératives. Cette réforme, qui rend obligatoire la carte du producteur, intervient alors que l’Union européenne impose dès janvier 2027 des exigences de traçabilité pour lutter contre la déforestation. Au-delà de la conformité, c’est l’avenir de la compétitivité du cacao ivoirien qui se joue, dans un contexte régional marqué par la création récente d’une alliance des producteurs.
Traçabilité : un impératif pour l'avenir
Entrée en vigueur du Système national de traçabilité (SNT) pour tous les producteurs et coopératives.
Calendrier de la réforme
Traçabilité obligatoire du cacao jusqu'à la parcelle pour lutter contre la déforestation.
Carte du producteur obligatoire pour garantir l'origine des fèves et la conformité.
Pourquoi c'est crucial
Selon la Banque mondiale, la Côte d'Ivoire affiche un solde courant de -4,5 % du PIB et des investissements directs étrangers de 3,6 % du PIB. La croissance du PIB réel atteint 6,5 % selon le FMI. Dans ce contexte, la traçabilité devient un levier stratégique pour préserver les parts de marché et la compétitivité du cacao ivoirien.
Depuis la mi-juillet, les équipes du Conseil du Café-Cacao (CCC) sillonnent les départements producteurs pour expliquer les nouvelles règles de commercialisation. Mardi 18 août 2026, à Gagnoa, la responsable de la délégation régionale, Mian Ama Tana Myriam, a réuni les responsables administratifs et les dirigeants de coopératives pour détailler les enjeux du SNT. Cette mobilisation intervient alors que l’entrée en vigueur du système est fixée au 1er septembre, laissant peu de temps aux acteurs pour s’adapter. La carte du producteur, désormais obligatoire, devient la pierre angulaire d’un dispositif qui doit garantir l’origine des fèves et leur conformité aux nouvelles normes internationales.
Cette réforme s’inscrit dans un calendrier contraint : le règlement européen sur la déforestation, qui s’appliquera à partir du 1er janvier 2027, impose que le café et le cacao importés dans l’UE soient tracés jusqu’à la parcelle. Pour la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, l’enjeu est crucial : l’Union européenne représente environ 40 % des débouchés du cacao ivoirien. Un défaut de conformité pourrait entraîner des restrictions d’accès au marché, avec des conséquences économiques majeures pour des millions de producteurs.
L’initiative ivoirienne ne se limite pas à une réponse réglementaire. En rendant la carte du producteur obligatoire, le CCC vise aussi à sécuriser la chaîne d’approvisionnement et à lutter contre les pratiques frauduleuses. La carte permettra de mieux connaître les producteurs, de suivre les volumes et de garantir une rémunération plus équitable. Cette démarche s’inscrit dans une tendance plus large de formalisation de la filière, observée depuis plusieurs années en Afrique de l’Ouest.
La dynamique régionale renforce cette ambition. Le 14 juillet 2026, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun ont créé à Abuja l’Alliance pour la valorisation du cacao, une initiative qui vise à harmoniser les politiques de commercialisation et à renforcer le pouvoir de négociation des producteurs. Cette alliance, qui intervient alors que les cours mondiaux restent volatils, témoigne d’une prise de conscience collective : l’avenir du cacao ouest-africain dépend de sa capacité à maîtriser sa chaîne de valeur, de la traçabilité à la transformation locale.
Dans cette perspective, la Côte d’Ivoire multiplie les projets de transformation. La coopérative CADESA, par exemple, a posé en juillet 2026 la première pierre d’une unité de transformation à Djirognepahio, dans le cadre d’une « Journée » dédiée à l’industrialisation. Ces initiatives, encore modestes, visent à capter une plus grande part de la valeur ajoutée, alors que la transformation locale ne représente qu’environ 30 % de la production nationale.
La mise en place du SNT ne se fait pas sans difficultés. La formation des agents et des producteurs est un défi logistique : le CCC a formé 360 techniciens en juillet, et des sessions d’échantillonnage et de contrôle qualité ont été organisées au Cameroun en juin. La sensibilisation dans les zones reculées, comme Agnibilékrou en août, montre la volonté d’impliquer tous les acteurs. Mais le succès dépendra de l’adoption effective par les producteurs, souvent réticents aux formalités administratives.
Sur le plan économique, cette réforme pourrait avoir des effets contrastés. D’un côté, elle renforce la crédibilité du cacao ivoirien sur les marchés internationaux, un atout dans un contexte où les prix sont sensibles aux certifications. De l’autre, elle impose des coûts supplémentaires aux coopératives et aux producteurs, qui devront s’équiper et se former. Le gouvernement mise sur une amélioration de la qualité et de la durabilité pour justifier ces investissements.
L’enjeu dépasse le seul secteur cacaoyer. La Côte d’Ivoire, qui ambitionne une croissance économique soutenue, voit dans cette réforme un test de sa capacité à moderniser ses filières agricoles. Le pays, qui a connu une croissance moyenne de 7 % ces dernières années, doit concilier compétitivité et durabilité. La réussite du SNT pourrait servir de modèle pour d’autres produits, comme l’arachide au Sénégal, où la traçabilité devient également un enjeu pour les exportations.
Alors que l’échéance du 1er septembre approche, la Côte d’Ivoire joue une partie décisive pour l’avenir de sa filière cacao. La traçabilité n’est pas seulement une contrainte réglementaire : elle devient un levier de compétitivité et de durabilité. L’expérience ivoirienne, suivie de près par les autres producteurs de la région, pourrait redéfinir les standards du marché mondial. Mais le chemin est encore long, et la capacité à mobiliser tous les acteurs sera déterminante.