La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, s’apprête à enregistrer une récolte principale en recul de plus de 10 % pour la campagne 2026/2027. Les pluies excessives liées à El Niño et la propagation de maladies fongiques mettent à mal une filière déjà sous pression. Cette alerte sanitaire et climatique intervient alors que l’Afrique de l’Ouest, après une année 2025 prometteuse, voit ses fragilités structurelles réapparaître.

Infographie — Cacao

Les exportateurs et compteurs de cabosses installés en Côte d’Ivoire tablent sur une récolte principale comprise entre 1,35 et 1,45 million de tonnes, contre environ 1,6 million de tonnes la saison précédente. Selon des enquêtes menées en juin 2026, plus de 20 % des fleurs et jeunes cabosses ont jauni et chuté prématurément, conséquence directe des précipitations excédentaires provoquées par El Niño. L’humidité persistante a favorisé la pourriture brune, une maladie fongique qui détruit les fruits avant maturité. Les cacaoculteurs, confrontés à la hausse du coût des engrais, n’ont pas toujours pu assurer les traitements préventifs nécessaires, illustrant la fragilité des systèmes de production face aux chocs climatiques et économiques.

Cette baisse annoncée intervient dans un contexte régional où les signaux économiques étaient pourtant encourageants. En mars 2026, l’indice des prix des matières premières exportées par l’UEMOA avait retrouvé des couleurs après un recul en février, et la Commission de la CEDEAO prévoyait une accélération de la croissance pour 2025-2027. Mais les aléas climatiques viennent rappeler que la dépendance aux filières agricoles expose les économies ouest-africaines à des revers rapides. Le cacao représente près de 15 % du PIB ivoirien et une part essentielle de ses recettes d’exportation ; une chute de production se répercute immédiatement sur les revenus des producteurs et les équilibres macroéconomiques.

Les défis structurels de l’agriculture ouest-africaine

Au-delà du cacao, les difficultés rencontrées par les agriculteurs de la région révèlent des problèmes systémiques. Au Sénégal, lors d’une tournée dans les départements de Diourbel et Bambey, le ministre de l’Agriculture a dû faire face aux doléances des producteurs : déficit de tracteurs, prix excessif des engrais, diminution des surfaces cultivables due aux lotissements. Sur les 3 000 tonnes d’engrais disponibles localement, seules 300 avaient été cédées aux ayants droit au moment de sa visite, soit à peine 10 %. L’État a certes mobilisé 130 milliards de francs CFA pour la campagne 2026, dont 39 milliards pour les semences, mais la lenteur de la distribution et le manque d’infrastructures freinent l’efficacité de ces efforts.

Ces constats font écho à la situation ivoirienne : la hausse des intrants, le manque d’équipements et l’insuffisance des services de conseil agricole fragilisent les producteurs face aux aléas. La pourriture brune qui touche le cacao n’est que la partie émergée d’un problème plus large de résilience des systèmes de production ouest-africains. Les politiques de soutien, bien que réelles, peinent à corriger des déséquilibres structurels anciens, notamment le faible accès au crédit, le déficit de stockage et la dépendance aux importations d’engrais.

Une alerte pour les perspectives régionales

Le rapport de la CEDEAO publié en juin 2026 alertait déjà sur les risques pesant sur la croissance régionale, notamment liés aux conflits et à l’instabilité des prix des matières premières. La baisse annoncée de la récolte de cacao en Côte d’Ivoire pourrait raviver les tensions sur les marchés mondiaux, où le cours du cacao avait déjà connu des fluctuations importantes en 2025. Par ailleurs, la guerre au Moyen-Orient menace les acquis récents, rappelle un article du 8 juillet 2026, en perturbant les chaînes d’approvisionnement et en renchérissant certains intrants.

Ces éléments s’inscrivent dans une tendance plus large de vulnérabilité climatique et structurelle des filières agricoles ouest-africaines. Alors que la demande mondiale de cacao reste soutenue, la capacité de la région à maintenir sa production est remise en question. La Côte d’Ivoire et le Ghana, qui assurent ensemble plus de 60 % de l’offre mondiale, doivent conjuguer adaptation au changement climatique, amélioration des pratiques agricoles et sécurisation des revenus des planteurs. Sans réformes profondes, chaque nouvel épisode El Niño risque de creuser davantage l’écart entre potentiel et réalité.

La baisse annoncée de la récolte de cacao ivoirien n’est pas un accident isolé, mais le symptôme d’une agriculture ouest-africaine confrontée à des défis imbriqués : climat, coûts des intrants, accès au financement et fragilité des infrastructures. Alors que la CEDEAO table sur une croissance régionale accélérée, ces signaux rappellent que la résilience des filières agricoles est la clé de voûte de tout développement durable. Sans une transformation en profondeur des modes de production et de commercialisation, les performances macroéconomiques resteront suspendues aux caprices de la météo et des marchés.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI)