Le géant suisse du chocolat industriel Barry Callebaut a annoncé le 9 juillet un rebond de ses volumes de ventes au troisième trimestre, une première en deux ans. Cette amélioration survient alors que les cours du cacao repartent à la hausse, après une année marquée par une flambée des prix qui avait comprimé la demande. L'annonce révèle les fragilités d'un marché où les tensions entre producteurs ouest-africains et transformateurs restent vives.

Infographie — Cacao

Pour la première fois en plus de deux ans, Barry Callebaut a vu ses volumes de ventes de cacao et de préparations chocolatées croître au troisième trimestre de son exercice 2025/2026. La hausse de 5,7 % par rapport à la même période de l'an dernier contraste avec le repli de 2,8 % enregistré sur les neuf premiers mois. Le groupe, basé à Zurich, attribue ce sursaut à une accélération de la demande de poudre de cacao et à une reconstitution des stocks par certains clients.

Un rebond fragile dans un marché encore difficile

Pourtant, le chiffre d'affaires sur neuf mois s'est contracté de 12,7 % à 9,5 milliards de francs suisses, inférieur aux attentes des analystes. Le nouveau directeur général, Hein Schumacher, a qualifié l'amélioration de « graduelle », rappelant que « le marché du chocolat reste difficile ». Les consommateurs, après avoir subi des hausses de prix répercutées par les confiseurs, modèrent encore leur consommation de chocolat.

Le contexte ouest-africain : prix du cacao et alliances stratégiques

Cette évolution s'inscrit dans un contexte de forte volatilité du marché du cacao, dont les deux premiers producteurs mondiaux, la Côte d'Ivoire et le Ghana, contrôlent environ 60 % de l'offre. Début juin 2026, les deux pays ont scellé une alliance visant à renforcer leur pouvoir de fixation des prix, une stratégie qui avait déjà contribué à la flambée des cours en 2025-2026. Les prix du cacao, après avoir culminé à des records historiques, ont entamé une baisse avant de repartir à la hausse récemment.

Des signaux contradictoires pour l'industrie

Barry Callebaut, qui ne vend pas directement aux consommateurs mais fournit les géants de la confiserie, se trouve en première ligne de ces fluctuations. Le rebond des volumes, bien que modeste, pourrait indiquer une normalisation progressive de la demande après une phase d'ajustement. Mais la prudence reste de mise : la hausse des prix du cacao, si elle se confirme, pourrait une nouvelle fois comprimer les marges des transformateurs et réduire l'appétit des clients.

Enjeux pour les producteurs ouest-africains

L'annonce de Barry Callebaut intervient alors que les négociations entre les pays producteurs et l'industrie chocolatière sont au cœur de l'actualité. L'alliance ivoiro-ghanéenne, qui vise à garantir un revenu décent aux planteurs, a déjà conduit à l'introduction d'un différentiel de revenu vital (DRV) de 400 dollars par tonne. Mais la transmission de ces coûts aux consommateurs finaux se heurte à une demande de plus en plus élastique dans les pays développés.

Perspectives : vers une stabilisation ou de nouvelles tensions ?

Si le retour à la croissance des volumes de Barry Callebaut est un signe encourageant pour l'ensemble de la filière, il ne dissipe pas les incertitudes. La volatilité des cours, les stratégies de stockage des clients et l'évolution des habitudes alimentaires (montée du snacking, chocolat noir, etc.) continueront de façonner le marché. Les pays ouest-africains, de leur côté, doivent concilier la maximisation de leurs revenus avec la préservation des débouchés à long terme.

Au-delà de ce trimestre positif, le marché du cacao reste sous tension, pris entre la volonté des producteurs de valoriser leur matière première et la capacité d'absorption des consommateurs. L'évolution des prochains mois dira si ce rebond annonce une reprise durable ou une simple accalmie dans un cycle marqué par une volatilité structurelle.