À quelques jours de l'ouverture de la campagne cacao 2026-2027, avancée au 1er septembre, la Côte d'Ivoire intensifie la préparation des acteurs avec le déploiement du Système national de traçabilité (SNT). Cette double initiative, accompagnée d'un financement bancaire accru, reflète une stratégie de modernisation de la filière dans un contexte de cours en repli. Elle s'inscrit dans une dynamique régionale plus large de valorisation locale des matières premières, comme en témoignent les récentes décisions nigérianes sur le cacao.

Infographie — Cacao

Le 21 août 2026, à Anyama, la délégation régionale du Conseil du café-cacao a réuni les acteurs de la filière pour les sensibiliser au Système national de traçabilité (SNT), dont la mise en œuvre est imminente. Ce dispositif, qui repose sur la carte du producteur, le terminal de paiement électronique et les scellés, vise à suivre les fèves depuis le producteur jusqu'aux ports d'Abidjan et de San Pedro. L'objectif est double : sécuriser les transactions et répondre aux exigences internationales de traçabilité, de plus en plus strictes, notamment dans l'Union européenne. Cette initiative s'inscrit dans le calendrier de la campagne 2026-2027, dont l'ouverture a été avancée au 1er septembre, contre le 1er octobre les années précédentes. Cette anticipation, couplée au déploiement du SNT, témoigne d'une volonté de renforcer l'efficacité et la transparence de la filière.

Le financement suit cette dynamique. La Banque nationale d'investissement (BNI) a annoncé, le 20 août, une enveloppe de 300 milliards de FCFA pour la campagne à venir, en hausse de 6 % par rapport aux 284 milliards de FCFA de la campagne précédente. Selon son directeur général, Youssouf Fadiga, cette augmentation intervient « malgré le contexte de repli des cours », signalant un engagement soutenu en faveur des opérateurs. Ces fonds couvriront les besoins de trésorerie, l'achat d'intrants, le renouvellement des équipements, ainsi que la construction et la modernisation des infrastructures de séchage et de stockage. Ils contribueront aussi au financement de projets d'agriculture durable et de certification, des volets essentiels pour accéder aux marchés premium.

Cette stratégie ivoirienne s'inscrit dans un mouvement régional plus large. En juillet 2026, le Nigeria, quatrième producteur mondial, a interdit l'exportation de fèves de cacao brutes pour encourager la transformation locale. Le même mois, lors du sommet d'Abuja, le Cameroun, la Côte d'Ivoire, le Ghana et le Nigeria ont créé l'Alliance pour la valorisation, une initiative visant à mieux maîtriser la chaîne de valeur. L'avancée de la campagne ivoirienne pourrait être lue comme une réponse à ces évolutions, cherchant à consolider la position du pays face à des voisins qui montent en puissance. Le choix du 1er septembre, plutôt que le 1er octobre, pourrait également viser à capter une part de la demande mondiale avant les autres pays, ou à s'adapter aux cycles climatiques modifiés.

Le déploiement du SNT n'est pas sans précédent. Dès 2026, la Côte d'Ivoire avait annoncé des mesures similaires, mais leur mise en œuvre effective semble accélérer. La carte du producteur, qui intègre une puce bancaire et un volet social via une convention avec la Caisse nationale d'assurance maladie, représente une avancée notable. Elle pourrait améliorer la traçabilité des paiements et réduire les risques de fraude. Ce système s'aligne sur les exigences du règlement européen sur la déforestation, qui impose une traçabilité stricte des matières premières importées. En anticipant, la Côte d'Ivoire cherche à préserver ses parts de marché face à des concurrents comme le Ghana, qui déploie également des initiatives similaires.

Mais cette modernisation intervient dans un contexte de cours du cacao en repli, comme le souligne la BNI. Les prix mondiaux, après des sommets en 2025, ont connu une correction, sous l'effet d'une offre plus abondante et d'une demande atone. Dans ce contexte, la Côte d'Ivoire mise sur la qualité et la différenciation plutôt que sur les volumes. Le financement de la certification et de l'agriculture durable s'inscrit dans cette logique. Parallèlement, le pays cherche à diversifier ses débouchés, notamment vers l'Asie, comme l'illustre la visite au Cameroun de l'ambassadeur d'un partenaire asiatique, évoquée dans la presse. Cette stratégie de montée en gamme pourrait à terme redéfinir les équilibres régionaux.

Le secteur du cacao n'est pas le seul à connaître ces transformations. En Afrique de l'Ouest, la question de la valorisation locale des matières premières est devenue centrale, comme le montrent les discussions sur le phosphate ou l'or. L'Afrique, qui détient près de 60 % des terres arables non exploitées de la planète, cherche à sortir de sa dépendance aux exportations de produits bruts. Les cours de l'or aujourd'hui en Afrique de l'Ouest, par exemple, incitent les pays à renforcer leur contrôle sur les ressources minières. Cette tendance de fond, qui touche aussi l'arachide au Sénégal, où les autorités encouragent la transformation locale, reflète une prise de conscience collective.

La Côte d'Ivoire, avec ce nouveau dispositif, pourrait servir de modèle pour d'autres filières. La réussite du SNT dépendra de son appropriation par les producteurs et de la fluidité des paiements. Les défis logistiques sont réels, mais les bénéfices potentiels en termes de transparence et d'accès aux marchés sont considérables. Alors que la campagne s'ouvre le 1er septembre, les regards se tournent vers Abidjan pour observer la mise en œuvre de ce système ambitieux.

Cette accélération ivoirienne illustre une tendance régionale vers une maîtrise accrue des chaînes de valeur. Alors que le Nigeria impose des restrictions à l'exportation et que l'Alliance pour la valorisation se structure, la Côte d'Ivoire mise sur la technologie et le financement pour conserver son leadership. Reste à voir si ces initiatives, couplées à une conjoncture de prix incertaine, suffiront à transformer durablement les économies ouest-africaines.