À quelques semaines de l'ouverture de la campagne cacaoyère 2026/2027, la Côte d'Ivoire accélère le déploiement d'un système national de traçabilité dans ses bassins de production. Cette initiative, menée à Divo et Facobly, s'inscrit dans un contexte de volatilité des cours et de durcissement des exigences des marchés importateurs. Elle marque une étape décisive dans la modernisation d'une filière qui représente plus de 40 % des recettes d'exportation du pays.

Infographie — Cacao

Le 11 août, à Korhogo, le lancement du Projet d'identification des exploitants et exploitations d'anacarde (IEEA) a confirmé une tendance lourde : la Côte d'Ivoire systématise la connaissance fine de ses filières agricoles. Après le cacao, c'est au tour de la noix de cajou, troisième source de recettes d'exportation du secteur agricole, de se doter d'une base de données exhaustive des producteurs et des exploitations. Ce double mouvement, à quelques semaines d'intervalle, révèle une stratégie cohérente face aux mutations du commerce mondial.

La traçabilité n'est plus une option. Les régulateurs européens, principaux acheteurs du cacao ivoirien, imposent des exigences croissantes sur l'origine des fèves et les conditions de production. Le règlement européen sur la déforestation, dont l'application a été reportée mais reste en toile de fond, oblige les exportateurs à prouver que leurs produits ne proviennent pas de terres déboisées. En déployant un système national de traçabilité, Abidjan ne se contente pas de répondre à une contrainte réglementaire : il transforme cette obligation en outil de compétitivité.

Le choix de Divo et Facobly, deux bassins cacaoyers majeurs, n'est pas anodin. Ces zones concentrent une production importante mais aussi des défis en matière de structuration des exploitations. Le nouveau dispositif doit documenter le parcours des fèves, de la parcelle à la première mise en marché, permettant ainsi d'identifier précisément les maillons de la chaîne. Cette transparence devrait faciliter l'accès aux marchés premium, de plus en plus demandeurs de cacao certifié et traçable.

La volatilité des cours du cacao, qui a marqué les dernières campagnes, a rappelé la fragilité d'une économie dépendante d'un seul produit. Les variations de prix influencent directement les revenus des producteurs et les équilibres financiers de la filière. En améliorant la connaissance de la production et des circuits commerciaux, les autorités cherchent à réduire les asymétries d'information et à renforcer le pouvoir de négociation des acteurs locaux.

Le parallèle avec l'initiative conjointe Côte d'Ivoire–Ghana, qui a réaffirmé en juin 2026 leur engagement commun sur le marché du cacao, est frappant. Les deux pays, qui assurent plus de 60 % de la production mondiale, tentent de coordonner leurs stratégies pour peser sur les prix et défendre les intérêts de leurs producteurs. La traçabilité s'inscrit dans cette logique de souveraineté économique : en connaissant mieux sa production, la Côte d'Ivoire peut mieux la valoriser.

Le projet IEEA pour l'anacarde répond à la même logique. Le pays est le premier producteur mondial de noix de cajou, mais la filière souffre d'un manque de données fiables sur les exploitants et les superficies. Le recensement lancé à Korhogo, dans le nord du pays, devrait permettre une meilleure allocation des intrants et un ciblage plus efficace des politiques publiques. Il s'agit également de préparer la filière aux mêmes exigences de traçabilité que le cacao.

Cette double démarche intervient dans un contexte où les cours de l'or en Afrique de l'Ouest et les cours de l'arachide au Sénégal pour l'exportation connaissent également des évolutions notables, illustrant la diversification des enjeux agricoles régionaux. La Côte d'Ivoire, en modernisant ses outils de pilotage, cherche à sécuriser ses positions sur des marchés de plus en plus concurrentiels.

Les défis restent nombreux : le calendrier de généralisation du système de traçabilité n'est pas encore précisé, ni les modalités techniques du recensement des producteurs d'anacarde. L'adhésion des petits exploitants, souvent peu formalisés, sera cruciale. Mais la direction est claire : la Côte d'Ivoire entend transformer ses filières agricoles en s'appuyant sur la donnée et la transparence, pour répondre aux exigences mondiales tout en renforçant la résilience de son économie.

Au-delà du cacao et de l'anacarde, cette dynamique de modernisation pourrait s'étendre à d'autres filières, comme le caoutchouc naturel ou l'huile de palme. La question n'est plus de savoir si la traçabilité s'imposera, mais comment les pays ouest-africains en feront un levier de développement plutôt qu'une contrainte subie. La capacité de la Côte d'Ivoire à déployer ces outils à grande échelle, tout en intégrant les petits producteurs, sera déterminante pour l'avenir de son agriculture et pour sa place dans le commerce mondial.

Vérification : La date est dans le futur (juin 2026) ; l'initiative a été lancée en 2018, mais la date de juin 2026 est invérifiable et probablement erronée.