Les deux premiers producteurs mondiaux de cacao, qui pèsent plus de 60 % de l'offre, resserrent leurs rangs pour peser sur les prix. Après le record historique de 2024, les cours ont chuté, remettant en lumière la fragilité d'une filière encore trop dépendante des marchés internationaux. Cette relance de l'alliance – surnommée l'OPEP du cacao – s'inscrit dans une tendance plus large de quête de souveraineté économique en Afrique de l'Ouest.

Infographie — Cacao

Le timing n'est pas anodin. Le Ghana vient de conclure son programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI, retrouvant une marge de manœuvre budgétaire. De son côté, la Côte d'Ivoire multiplie les forums d'investissement, comme le récent Africa CEO Forum à Kigali où le Premier ministre Beugré Mambé a vanté les atouts du pays. Mais dans les plantations, les producteurs souffrent d'un effondrement des prix bord champ après le pic de 2024, qui avait dépassé les 10 000 dollars la tonne. L'initiative commune vise à éviter une guerre des prix entre voisins et à exiger des acheteurs internationaux une prime durable.

Un front commun pour peser sur les cours

L'objectif affiché est ambitieux : harmoniser les prix au producteur, aligner les calendriers de récolte et de commercialisation. En 2020, une première tentative de différentiel de revenu décent (DRD) de 400 dollars par tonne avait été imposée, mais son application avait été entravée par la pandémie et le manque de coordination. Cette fois, Abidjan et Accra veulent aller plus loin en incluant le Cameroun et le Nigeria, troisième et quatrième producteurs africains. L'enjeu est de taille : rééquilibrer un rapport de force historiquement favorable aux multinationales du chocolat.

La transformation locale, clé de la souveraineté

Au-delà du prix, la question centrale reste celle de la valeur ajoutée. L'Afrique produit 70 % des fèves mais moins de 5 % du chocolat final. La nouvelle feuille de route des deux pays prévoit d'accélérer le développement de capacités locales de broyage, de fabrication de beurre et poudre de cacao, et de création de marques. Des projets comme le parc industriel de Yamoussoukro ou la zone franche de Tema illustrent cette volonté. Toutefois, les investissements restent insuffisants face aux besoins de financement et aux défis énergétiques.

Des avancées diplomatiques mais des obstacles persistants

Les récentes réunions entre les régulateurs ivoirien et ghanéen (CCC et COCOBOD) ont abouti à un calendrier commun de commercialisation pour la campagne 2026/2027. Une avancée technique qui pourrait limiter les ventes à prix bradés en début de campagne. Mais les obstacles demeurent : hétérogénéité des systèmes de traçabilité, corruption endémique aux frontières, et réticence de certains acheteurs asiatiques qui contournent déjà le DRD via des achats directs. Par ailleurs, le Nigeria, bien que producteur significatif, est un importateur net en raison d'une industrie locale naissante, ce qui complique l'harmonisation.

La relance de l'OPEP du cacao intervient à un moment charnière où l'Afrique de l'Ouest cherche à monétiser son poids dans les matières premières tout en amorçant une industrialisation. Le succès de cette alliance dépendra de la capacité des États à impliquer les petits producteurs et à attirer des investissements dans la transformation. Au-delà du cacao, ce mouvement interroge la place du continent dans les chaînes de valeur mondiales et sa capacité à transformer l'atout de la production en levier de développement.