Les présidents Alassane Ouattara et John Dramani Mahama se réunissent ce mardi 16 juin à Abidjan pour un sommet consacré à l’avenir de la filière cacao. Cette rencontre intervient après une période de ralentissement de l’Initiative cacao Côte d’Ivoire-Ghana, dans un contexte marqué par les appels des producteurs pour une meilleure rémunération et une adaptation aux nouvelles normes internationales. Les travaux préparatoires, tenus lundi, ont identifié trois priorités : la rémunération équitable, la durabilité et la recherche.

Infographie — Cacao

C’est un signal fort que les deux plus grands producteurs de cacao au monde entendent envoyer au marché. Alors que l’Initiative cacao Côte d’Ivoire-Ghana connaissait un certain essoufflement, les présidents Ouattara et Mahama ont choisi de remettre ce cadre de coopération au centre de leur agenda. Le sommet du 16 juin à Abidjan vise à relancer une dynamique qui avait permis, ces dernières années, de mieux coordonner les politiques cacaoyères des deux pays, notamment en matière de fixation des prix et de défense des intérêts des producteurs.

Des producteurs en quête de reconnaissance

La tenue de ce sommet n’est pas un hasard. En mai dernier, plusieurs voix s’étaient élevées dans les régions cacaoyères de Côte d’Ivoire pour réclamer une revalorisation du prix bord champ et une meilleure prise en compte des difficultés des planteurs. À Soubré et à M’Batto, des chefs traditionnels et des représentants de producteurs avaient interpellé le gouvernement et le Conseil du Café-Cacao sur la nécessité d’accéder à leurs revendications. Parallèlement, le conseil avait intensifié ses actions de sensibilisation auprès des coopératives sur les nouvelles réglementations, signe d’une volonté de mieux préparer la filière aux exigences du marché.

Ces pressions de la base ont sans doute contribué à accélérer le calendrier diplomatique. Le sommet d’Abidjan apparaît ainsi comme une réponse politique aux attentes des producteurs, mais aussi comme une tentative de réaffirmer le leadership des deux pays dans un contexte de concurrence accrue et de durcissement des normes environnementales et sociales imposées par les acheteurs internationaux.

Trois piliers pour une relance

Lors de la réunion préparatoire du comité de pilotage, les ministres Bruno Nabagné Koné et Cassiel Ato Forson ont esquissé les grandes orientations de la relance. Le premier pilier est celui de la rémunération équitable, un sujet sensible après la mise en place du différentiel de revenu décent (DRD) en 2019, dont l’application a connu des hauts et des bas. Le deuxième pilier concerne la durabilité de la production, avec un accent mis sur la lutte contre les maladies du cacaoyer et l’adaptation au changement climatique, des enjeux qui menacent directement les rendements à long terme. Enfin, la recherche est appelée à jouer un rôle clé pour développer des variétés plus résistantes et des pratiques agricoles plus vertueuses.

Une harmonisation encore à construire

Au-delà de ces grands axes, les discussions ont porté sur l’harmonisation des politiques cacaoyères entre Abidjan et Accra. La fixation des prix, le calendrier des campagnes agricoles et la lutte contre les maladies sont autant de domaines où une coordination renforcée peut permettre aux deux pays de peser davantage face aux acheteurs internationaux. Mais si la volonté politique semble réaffirmée, la mise en œuvre concrète de cette harmonisation reste un défi. Les divergences historiques sur les stratégies de commercialisation et les intérêts nationaux parfois contradictoires n’ont pas disparu.

L’enjeu dépasse d’ailleurs le seul cadre bilatéral. En relançant leur initiative, la Côte d’Ivoire et le Ghana envoient un message aux autres producteurs africains de cacao, mais aussi aux acteurs de la transformation et aux consommateurs. Dans un marché mondial de plus en plus exigeant en matière de traçabilité et de respect des droits humains, la capacité des deux géants à parler d’une seule voix pourrait renforcer leur influence sur les règles du jeu commercial.

Le sommet de ce mardi ne devrait pas produire de décisions immédiates, mais plutôt une feuille de route pour les mois à venir. Les regards sont tournés vers le communiqué final, qui devra traduire en engagements concrets les intentions affichées.

Cette relance de l’initiative Côte d’Ivoire-Ghana intervient dans un contexte où la question de la souveraineté sur les matières premières agricoles devient centrale en Afrique de l’Ouest. La capacité des deux pays à transformer leur coopération en levier de négociation durable déterminera, en partie, l’avenir de la filière cacao et, au-delà, celui d’autres secteurs stratégiques comme le coton ou la noix de cajou.