Alors que la Côte d'Ivoire a annoncé en mai 2026 une production record de 2 à 2,1 millions de tonnes pour la campagne 2025/26, le secteur cacaoyer s'engage dans une profonde réorganisation. Ce lundi 20 juillet, l'Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) Café-Cacao a présenté les grandes lignes de sa première Journée nationale, qui se tiendra du 24 au 26 juillet à Duékoué. L'événement, qui rassemblera 10 000 producteurs, vise à accélérer la modernisation et la transformation locale d'une filière encore trop dépendante de l'exportation de fèves brutes.

Infographie — Cacao

Une institutionnalisation tardive mais décisive

Reconnue en décembre 2025 seulement, l'OIA Café-Cacao effectue avec cette Journée nationale sa première sortie officielle de grande ampleur. Selon les données présentées par son porte-parole, Obed Blondé Doua, l'organisation compte désormais 1,1 million de producteurs recensés, dont 683 000 déjà contractualisés. Ce chiffre, s'il est loin des 2 millions de producteurs parfois évoqués, témoigne d'une base solide pour engager des réformes. La contrainte logistique qui limite la participation à 10 000 producteurs – alors que l'engouement dépasse les prévisions – souligne à la fois la demande d'une meilleure représentation paysanne et les défis d'une organisation encore jeune.

Ce rendez-vous de Duékoué, au cœur de la zone cacaoyère de l'ouest, intervient dans un contexte où la filière doit concilier deux impératifs : la hausse de la production – les prévisions de mai 2026 tablent sur 2 à 2,1 millions de tonnes – et la nécessité de réduire l'empreinte forestière, comme le rappelait la réunion FAO-Conseil du Café-Cacao de mai. L'OIA se positionne ainsi comme l'interlocuteur central pour arbitrer entre producteurs, industriels et pouvoirs publics.

Le défi de la transformation locale

Au-delà de l'aspect institutionnel, cette mobilisation est aussi une réponse à l'enjeu de souveraineté économique. La Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, ne transforme encore localement qu'environ 30 à 35 % de sa récolte, loin des objectifs affichés de 50 % d'ici 2030. La réunion de Duékoué sera l'occasion de sensibiliser les producteurs aux avantages de la transformation – fermentation, séchage, voire torréfaction – qui permet de capter une plus grande valeur ajoutée.

Cette dynamique s'inscrit dans une tendance régionale. Le Ghana, voisin et deuxième producteur mondial, a également amorcé une réforme de sa filière avec pour objectif d'augmenter la part transformée. Mais la Côte d'Ivoire dispose d'un atout : la masse critique de ses producteurs et la récente reconnaissance de l'OIA, qui pourrait devenir un modèle de gouvernance interprofessionnelle en Afrique de l'Ouest.

La présence attendue de 10 000 planteurs à Duékoué est un signal fort. Elle montre que les producteurs, longtemps marginalisés dans les négociations sur le prix ou les conditions de vente, entendent peser dans les décisions. L'OIA devra cependant démontrer sa capacité à traduire cette mobilisation en améliorations concrètes : accès au crédit, encadrement technique, et surtout rémunération juste.

Le choix de Duékoué n'est pas anodin. Cette ville a été marquée par des conflits intercommunautaires liés à l'exploitation cacaoyère. En organisant l'événement dans l'ouest, l'OIA cherche à ancrer la réforme au plus près des réalités du terrain, tout en répondant aux préoccupations sécuritaires qui ont contraint la jauge à 10 000 participants. Les éditions futures, envisagées au Parc des Expositions d'Abidjan, pourraient permettre d'élargir l'audience.

Enfin, cette initiative s'inscrit dans un calendrier politique sensible. À un an de l'élection présidentielle de 2027, le gouvernement ivoirien multiplie les annonces en faveur du monde rural. La réussite de cette Journée nationale sera scrutée comme un indicateur de la capacité des autorités et des professionnels à moderniser le secteur sans heurts sociaux.

Plus qu'un simple rassemblement, la Journée nationale de l'OIA à Duékoué pose les jalons d'une nouvelle gouvernance du cacao ivoirien. Si la transformation locale progresse et que la production atteint les 2 millions de tonnes, la filière devra démontrer qu'elle peut concilier volume, qualité et durabilité. Dans une région ouest-africaine où le cacao reste un pilier économique, l'expérience ivoirienne pourrait inspirer d'autres pays producteurs, du Ghana au Cameroun, en quête de souveraineté sur leurs chaînes de valeur.