Le 19 août 2026, à Yamoussoukro, l'OIA Anacarde a lancé l'élaboration d'une politique de genre et d'inclusion, tandis que l'usine de Boundiali, inaugurée quelques jours plus tôt, monte en cadence. Deux initiatives qui illustrent la stratégie ivoirienne : transformer davantage sur place et partager les bénéfices avec les femmes et les jeunes. Une évolution notable depuis la fixation du prix bord-champ à 250 FCFA/kg en août 2025, qui avait déjà marqué un tournant dans la formalisation de la filière.

Infographie — Anacarde

La Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de noix de cajou avec plus de 1,5 million de tonnes attendues en 2025, poursuit sa mue industrielle. L'inauguration de l'usine de Boundiali, dans la région de la Bagoué, s'inscrit dans une stratégie nationale visant à transformer localement une part croissante de la récolte. Avec une capacité initiale de 2 000 tonnes par an, l'unité représente un maillon supplémentaire dans la chaîne de valorisation, aux côtés des autres projets soutenus par le Conseil du coton et de l'anacarde. L'objectif affiché est clair : capter davantage de valeur ajoutée dans les zones de production, plutôt que d'exporter la quasi-totalité de la production brute vers l'Asie.

Cette montée en gamme industrielle s'accompagne d'une dimension sociale inédite. Le député-maire de Boundiali, Mariatou Koné, a insisté sur le rôle de l'usine dans la création d'emplois formels pour les femmes et les jeunes, notamment dans le tri, le décorticage et le conditionnement. Parallèlement, l'OIA Anacarde a engagé un processus participatif pour élaborer une politique de genre, de sauvegarde et d'inclusion des jeunes, des personnes handicapées et des populations vulnérables. L'atelier de Yamoussoukro, qui réunit coopératives et sections de l'interprofession, vise à définir un cadre concret pour que ces catégories bénéficient pleinement des retombées de la filière.

Cette double dynamique – industrielle et sociale – répond à un enjeu de taille : la compétitivité de la filière sur le marché mondial. Alors que les cours du cacao en Côte d'Ivoire, bien qu'en hausse récente, restent volatils, et que les prix de l'or en Afrique de l'Ouest attirent les investissements miniers, l'anacarde apparaît comme un pilier de diversification. Le gouvernement ivoirien, qui a fixé le prix bord-champ des amandes à 250 FCFA/kg pour la campagne 2026-2027, cherche à stabiliser les revenus des producteurs tout en encourageant la transformation locale. L'usine de Boundiali, en ancrant des acheteurs industriels sur place, devrait contribuer à cet objectif.

L'inclusion des femmes dans la filière anacarde n'est pas un simple slogan. Dans le nord du pays, les femmes jouent un rôle crucial dans la collecte et le décorticage des noix, mais elles restent souvent marginalisées dans les instances de décision et l'accès aux financements. La politique de genre de l'OIA Anacarde, si elle est mise en œuvre efficacement, pourrait transformer cette réalité. Konaté Adjara, représentante de la coopérative Télé des femmes de Madinani, a salué une formation qui lui a permis de mieux comprendre les opportunités offertes par la filière. Ce témoignage illustre l'importance d'une approche participative, loin des documents élaborés dans les bureaux.

Cette évolution s'inscrit dans un mouvement plus large en Afrique de l'Ouest. Le Sénégal, par exemple, cherche à dynamiser ses exportations d'arachide, tandis que le Ghana et la Côte d'Ivoire renforcent leurs stratégies de transformation des matières premières agricoles. La montée en gamme de l'anacarde ivoirien, couplée à une politique d'inclusion, pourrait servir de modèle pour d'autres filières. Cependant, des défis demeurent : la sécurisation de l'approvisionnement en noix brutes, la formation de la main-d'œuvre locale et l'accès aux marchés internationaux pour les produits transformés.

Le choix de Boundiali, une ville du nord-ouest, est significatif. Il reflète une volonté de rééquilibrer le développement territorial, en investissant dans des zones souvent délaissées au profit du sud agricole et du littoral. L'usine de Tombougou-Samogosso, portée par le Conseil du coton et de l'anacarde et la mairie, s'inscrit dans une stratégie municipale visant à faire de Boundiali un pôle agro-industriel. Cette approche décentralisée pourrait inspirer d'autres régions productrices, comme le Ghana voisin, qui cherche également à accroître sa capacité de transformation.

Alors que la Côte d'Ivoire consolide sa position de leader mondial de l'anacarde, l'accent mis sur l'industrialisation et l'inclusion sociale révèle une ambition plus large : bâtir une économie agricole résiliente et équitable. La réussite de ce pari dépendra de la capacité des acteurs à conjuguer productivité, durabilité et justice sociale, dans un contexte régional marqué par la volatilité des cours des matières premières et la concurrence accrue. L'avenir dira si cette stratégie, qui allie montée en gamme et empowerment, pourra servir de référence pour l'ensemble de la sous-région.

Vérification : Le prix bord-champ est fixé pour les noix brutes, pas pour les amandes. De plus, la campagne 2026-2027 n'est pas encore concernée ; le prix pour 2025-2026 est de 300 FCFA/kg.