Alors que la filière cacao ivoirienne traverse une crise de prix après une annonce record, l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER) encourage les producteurs d’anacarde du Gontougo à adopter l’apiculture comme activité complémentaire. Présentée lors de la semaine du Kroubi 2026 à Bondoukou, cette initiative vise à diversifier les revenus et à améliorer les rendements des vergers par la pollinisation. Elle s’inscrit dans un contexte où la durabilité des filières agricoles, tant pour le cacao que pour l’anacarde, devient un enjeu central.

Infographie — Anacarde

Une diversification réfléchie pour les producteurs d’anacarde

Dans la région du Gontougo, l’anacarde est la principale culture de rente. L’ANADER, lors du festival international du Kroubi, a sensibilisé les producteurs à une pratique encore marginale : l’apiculture. Selon Jean-Baptiste Zompeo, technicien spécialisé en élevage, un investissement initial de 25 000 FCFA permet d’acquérir une ruche, une récolte pouvant produire entre 10 et 15 litres de miel, vendus à 5 000 FCFA le litre, soit un minimum de 50 000 FCFA de recettes. Ce chiffre, modeste, révèle une logique de diversification prudente : l’apiculture ne remplace pas la noix de cajou, mais la complète.

Apiculture : un calcul économique séduisant mais contraignant

Au-delà du miel, l’apport des abeilles à la pollinisation des fleurs d’anacarde est un argument clé. Une meilleure fructification peut significativement améliorer les rendements, sans recours à des intrants coûteux. L’ANADER propose un accompagnement technique, signalant une volonté de structurer cette filière naissante. Cependant, l’adoption massive se heurte à des défis : formation, disponibilité des ruches, et surtout temps de travail supplémentaire pour des producteurs souvent déjà accaparés par les calendriers agricoles. Le département de Bondoukou, avec ses vastes superficies d’anacarde, offre un potentiel, mais la rentabilité à long terme dépendra de l’organisation collective.

Contexte plus large : la filière cacao en crise rappelle la fragilité des monocultures

Cette initiative survient alors que la filière cacao ivoirienne vit une situation paradoxale. En octobre 2025, le président Ouattara annonçait un prix bord champ record de 2 800 FCFA le kg pour la campagne 2025-2026, soutenu par un marché mondial favorable et un déficit estimé à 489 000 tonnes. Mais le retournement brutal des cours internationaux a transformé cette avancée en piège. Le rapport « Filière cacao Côte d’Ivoire : Anatomie d’une crise (2012-2026) » d’AfroInvest montre comment la commercialisation anticipée de 80 % de la récolte n’a pas protégé les producteurs. Cette crise rappelle la vulnérabilité des monocultures d’exportation face aux aléas des marchés. Pour l’anacarde, qui connaît une croissance soutenue – la Côte d’Ivoire a enregistré une hausse de sa production agricole en 2025, selon des sources récentes – la diversification par l’apiculture apparaît comme une réponse préventive.

Intégration dans les tendances régionales

La démarche de l’ANADER s’inscrit dans une dynamique plus large. Au Ghana, le programme AgriConnect Compact, lancé le 3 juin 2026, ambitionne une transformation agricole majeure. En Côte d’Ivoire, le nouveau Programme national d’investissement agricole (PNIA) met l’accent sur la modernisation et la souveraineté alimentaire. L’apiculture, peu gourmande en capital et adaptable, coche plusieurs cases : elle améliore les écosystèmes, diversifie les sources de revenus, et ne nécessite pas de foncier supplémentaire. Toutefois, son succès dépendra de la capacité des pouvoirs publics à l’intégrer dans les politiques agricoles, au-delà des initiatives ponctuelles.

Une évolution temporelle à ne pas négliger

En comparant avec les informations de début juin 2026, on note que la Côte d’Ivoire continuait d’afficher une croissance industrielle – intégrant le Top 10 des économies les plus industrialisées d’Afrique – et une hausse de la production agricole. Mais ces chiffres masquent des disparités. La crise du cacao montre que les records de production ne garantissent pas la stabilité des revenus. L’apiculture, en offrant un filet de sécurité aux producteurs d’anacarde, pourrait prévenir une fragilité similaire. Elle illustre un changement de paradigme : passer d’une logique de volume à une logique de résilience.

L’apiculture dans les vergers d’anacarde du Gontougo n’est qu’un exemple parmi d’autres. Mais il révèle une prise de conscience : les filières agricoles ouest-africaines, qu’il s’agisse du cacao, du café ou de la noix de cajou, ne peuvent plus compter sur un seul pilier. La diversification, qu’elle soit culturale ou intégrée à l’élevage, devient un impératif. Reste à savoir si ces initiatives locales pourront être généralisées et financées durablement.