Le vice-président sud-africain Paul Mashatile est en Chine pour la deuxième fois en un an, à la tête d’une délégation économique de premier plan. Ce déplacement, qui vise à consolider le partenariat stratégique entre Pretoria et Pékin, intervient alors que l’Afrique de l’Ouest peine à capter les flux d’investissements chinois malgré un marché de plus de 400 millions de consommateurs. Il met en lumière les dynamiques concurrentielles et les lacunes structurelles qui freinent l’attractivité de la région.
Le grand écart chinois
Tandis que l'Afrique du Sud capte les flux chinois, l'Afrique de l'Ouest reste à la traîne malgré un marché de 400 millions de consommateurs.
- ✓ Partenariat stratégique avec Pékin
- ✓ 2ᵉ visite en un an du vice-président
- ✓ Délégation économique de haut niveau
- ✓ Ciblage : infrastructures, manufacturing, innovation
- ✗ Lacunes structurelles persistantes
- ✗ Faible captation des flux chinois
- ✗ Marché de 400 M de consommateurs sous-exploité
- ✗ Concurrence régionale désorganisée
Chronologie d'un rapprochement
🔍 Ce qui freine l'Afrique de l'Ouest
- Instabilité politique et réglementaire dans plusieurs pays
- Infrastructures de transport et d'énergie insuffisantes
- Fragmentation des marchés et barrières douanières internes
- Manque de visibilité sur les chaînes d'approvisionnement
Une offensive diplomatique et économique ciblée
Arrivé ce week-end à Pékin, Paul Mashatile participe à la quatrième Exposition internationale de la chaîne d’approvisionnement de Chine, après y avoir déjà présenté l’Afrique du Sud comme une « plateforme stratégique pour le commerce et les investissements en Afrique subsaharienne » en 2025. Sa délégation comprend le vice-ministre du Commerce, Zuko Godlimpi, et plusieurs hauts responsables, signe de l’importance accordée à ce rendez-vous. Les entretiens prévus avec le vice-président chinois Han Zheng et des dirigeants de grandes entreprises chinoises – dans les infrastructures, l’industrie manufacturière de pointe et l’innovation – visent à attirer de nouveaux investisseurs. La Chine reste le premier partenaire commercial de l’Afrique du Sud depuis plus de dix ans et un investisseur majeur dans les mines, l’énergie et les infrastructures.
Un contraste avec les réalités ouest-africaines
Pendant ce temps, en Afrique de l’Ouest, les échanges commerciaux intra-régionaux peinent à décoller. Selon des données récentes, près de 10 milliards de dollars s’évaporent chaque année des caisses des États ouest-africains en raison du commerce informel, faute d’intégration formelle et de fluidité des chaînes d’approvisionnement. Les barrières non tarifaires, les lenteurs aux frontières et la faible harmonisation des normes constituent autant d’obstacles que la CEDEAO tente de résorber depuis sa création, il y a 51 ans. Lors de son anniversaire le 28 mai 2026, l’institution a lancé une campagne pour relancer l’intégration, mais les résultats sur le terrain restent mitigés.
La Chine comme révélateur des déséquilibres régionaux
La visite de Mashatile illustre la capacité de l’Afrique du Sud à se positionner comme porte d’entrée des investissements chinois sur le continent, un statut que l’Afrique de l’Ouest convoite sans parvenir à le concrétiser. Les grands projets chinois dans la région – chemins de fer, ports, zones industrielles – existent, mais ils sont souvent fragmentés, liés à des accords bilatéraux et non à une stratégie régionale cohérente. Le Nigeria, le Ghana ou la Côte d’Ivoire attirent des capitaux, mais l’absence d’un marché unifié et de chaînes d’approvisionnement intégrées limite l’effet d’entraînement. L’Afrique du Sud, avec son économie plus diversifiée, ses infrastructures et sa stabilité relative, offre un environnement plus prévisible pour les investisseurs chinois.
Implications pour l’écosystème d’affaires ouest-africain
Cette dynamique pose une question stratégique aux décideurs ouest-africains : comment capter une part plus importante des flux chinois ? La réponse passe par une accélération de l’intégration régionale, non seulement pour réduire le commerce informel, mais aussi pour créer des chaînes de valeur régionales attractives. Les secteurs porteurs – transformation agroalimentaire, textiles, énergies renouvelables – nécessitent des infrastructures de transport et de logistique qui font défaut. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait offrir un cadre, mais son opérationnalisation est encore balbutiante en Afrique de l’Ouest.
Un rendez-vous manqué ?
À l’heure où la Chine cherche à sécuriser ses chaînes d’approvisionnement et à diversifier ses sources, l’Afrique de l’Ouest dispose d’atouts – ressources naturelles, démographie, position géographique – mais peine à les transformer en avantages compétitifs. La visite de Mashatile est un rappel que la concurrence entre régions africaines pour attirer les investissements chinois s’intensifie. Sans une stratégie coordonnée et des réformes structurelles, l’Afrique de l’Ouest risque de rester un marché de débouchés plutôt qu’un maillon intégré dans les chaînes de valeur mondiales.
Cette visite sud-africaine en Chine souligne plus largement la recomposition des alliances économiques sur le continent. Alors que la CEDEAO célèbre ses 51 ans, l’urgence d’une intégration effective se fait sentir pour peser dans le jeu mondial. L’Afrique de l’Ouest parviendra-t-elle à surmonter ses divisions internes pour devenir un pôle d’investissement aussi attractif que son voisin austral ? La réponse déterminera sa place dans les chaînes d’approvisionnement de demain.