La Société islamique d’assurance des investissements et des crédits à l’exportation (SIACE) a dévoilé, le 16 juin 2026 à Bakou, la neuvième édition de son rapport annuel sur l’efficacité de l’aide au développement. Les chiffres sont sans précédent : 1,9 milliard de dollars mobilisés en 2025 pour le commerce et l’investissement islamiques, soit une multiplication par 3,5 par rapport à l’année précédente, et un accompagnement de 6 000 PME, en hausse de 84 %. Ces résultats interviennent dans un contexte ouest-africain marqué par de grands projets énergétiques (barrage de Souapiti, gazoduc Nigeria-Maroc) mais aussi par des défis de financement et de déficit d’infrastructures. La finance islamique, via le dérisquage offert par la SIACE, apparaît comme un levier de plus en plus mobilisé pour pallier ces besoins.
Finance islamique : l’effet SIACE
Assurance-crédit conforme à la charia · dérisquage des grands projets ouest-africains
Grands projets ouest-africains dérisqués par la SIACE
Comment la SIACE accélère l’investissement
Contexte ouest-africain
- • Déficit d’infrastructures chronique
- • Instabilité sécuritaire & risques politiques
- • Besoin de financements conformes à la charia
« La finance islamique, via le dérisquage offert par la SIACE, apparaît comme un levier de plus en plus mobilisé. »
— Rapport ADER 2025 · Assemblées BID 2026Publié en marge des Assemblées annuelles 2026 du Groupe de la Banque islamique de développement (BID), le rapport ADER 2025 de la SIACE dresse un bilan impressionnant. L’institution, dont la mission est de fournir des assurances-crédit et des couvertures contre les risques politiques conformes à la charia, a vu ses interventions bondir. Ce triplement des montants témoigne d’une confiance accrue des investisseurs et des États membres dans les mécanismes de finance islamique, longtemps considérés comme marginaux dans le paysage financier international. Pour l’Afrique de l’Ouest, où plusieurs pays (Sénégal, Mali, Niger, Guinée) sont membres de la BID, cette évolution ouvre des perspectives nouvelles.
Un outil de dérisquage adapté aux grands projets
L’une des clés de cette croissance réside dans la capacité de la SIACE à réduire les risques politiques et commerciaux qui freinent les investissements transfrontaliers. En Afrique de l’Ouest, où l’instabilité sécuritaire et les aléas réglementaires sont récurrents, cette fonction est cruciale. Les récents projets structurants – tels que le barrage hydroélectrique de Souapiti en Guinée, qui a bénéficié d’un programme de formation d’ingénieurs, ou encore le gazoduc atlantique Nigeria-Maroc – nécessitent des garanties que les assureurs classiques hésitent à offrir. La SIACE, en proposant des produits conformes à la charia, comble un vide et attire des capitaux issus des fonds souverains du Golfe, traditionnellement réticents à s’engager sans protection.
L’enjeu des infrastructures énergétiques
Le rapport intervient alors que la région accélère ses investissements dans l’énergie, comme en témoignent les articles récents sur le barrage de Souapiti ou la dégradation de la mangrove sénégalaise, qui rappelle l’urgence d’un développement durable. Les 1,9 milliard de dollars mobilisés par la SIACE en 2025 ne sont qu’une partie des flux totaux, mais ils signalent une tendance : les États ouest-africains cherchent à diversifier leurs sources de financement. Alors que les euro-obligations se raréfient et que la dette souveraine pèse, la finance islamique – souvent adossée à des actifs tangibles – offre une alternative moins volatile. Le déficit d’infrastructures estimé à 118 milliards de dollars par l’Infrastructure Consortium for Africa (rapport 2025) pourrait ainsi être partiellement résorbé grâce à ces mécanismes.
Un appui déterminant aux PME
Au-delà des mégaprojets, la hausse de 84 % du nombre de PME accompagnées (6 000 en 2025) est un signal fort pour le tissu économique ouest-africain. Les PME représentent plus de 80 % des entreprises de la région, mais souffrent d’un accès limité au crédit, surtout en devises. Les solutions d’assurance-crédit de la SIACE permettent aux banques locales de financer ces entreprises sans craindre les défauts de paiement. Ce faisant, elles favorisent l’inclusion financière et la résilience des économies locales, comme le souligne le rapport. Au Sénégal, par exemple, où la mangrove de Khor est menacée, des PME du secteur de l’écotourisme pourraient bénéficier de ces garanties pour investir dans des projets durables.
Une montée en puissance qui interroge
Cette progression de la SIACE s’inscrit dans une dynamique plus large de la finance islamique, qui gagne du terrain en Afrique subsaharienne. Selon le rapport, les interventions de l’institution ont eu un « impact mesurable sur le développement humain et la croissance du secteur privé ». Mais cette réussite soulève des questions : les produits conformes à la charia sont-ils suffisamment flexibles pour répondre aux besoins spécifiques des économies ouest-africaines, marquées par une forte informalité ? La SIACE devra montrer que sa croissance quantitative ne se fait pas au détriment de la qualité des projets soutenus. Par ailleurs, la concurrence avec les assureurs traditionnels et les agences de crédit à l’exportation pourrait s’intensifier, d’autant que les pays de la région tentent de renforcer leurs propres systèmes de garantie.
Le rapport ADER 2025 rappelle aussi que la SIACE n’est qu’un acteur parmi d’autres. Les 1,9 milliard de dollars mobilisés, bien qu’en forte hausse, restent modestes face aux besoins de la région. Cependant, ils illustrent une tendance de fond : la finance islamique n’est plus un marché de niche. Elle devient un instrument structurant pour les États et les entrepreneurs ouest-africains, à condition que les cadres réglementaires locaux s’adaptent et que la transparence des opérations soit garantie.
La SIACE prouve que l’assurance islamique peut être un catalyseur pour le commerce et l’investissement en Afrique de l’Ouest, mais son impact à long terme dépendra de sa capacité à s’intégrer dans les stratégies nationales de développement. Alors que la région cherche à concilier croissance économique, durabilité environnementale et stabilité, la finance islamique pourrait offrir un équilibre original – mais encore faut-il que les États et le secteur privé s’en saisissent pleinement. Le prochain défi sera d’étendre ces mécanismes aux projets les plus risqués, comme les infrastructures vertes ou les zones post-conflit.