Le dernier rapport annuel de la BCEAO révèle une progression spectaculaire de la finance islamique dans l'UEMOA : 21 institutions agréées fin 2025, contre seulement deux en 2018. Face à cette croissance, la Banque centrale annonce la création d'un Conseil régional de conformité, une étape clé pour consolider un secteur devenu un maillon de la stratégie d'inclusion financière. Ce mouvement s'inscrit dans un contexte plus large de modernisation du système financier ouest-africain, marqué par le dialogue renforcé avec la profession bancaire et la dynamisation de la BRVM.

Infographie — Institutions financières

Une croissance rapide, désormais structurée

Le chiffre a de quoi marquer les esprits : en sept ans, le nombre d'institutions financières islamiques agréées dans l'UEMOA est passé de deux à 21. Derrière cette progression se lit la volonté de la BCEAO de diversifier l'offre de financement dans un espace où le taux de bancarisation reste faible. La délivrance, en 2025, de licences à quatre institutions de microfinance — dont deux exclusivement dédiées à cette activité — témoigne d'une approche pragmatique : élargir le spectre des acteurs tout en veillant à la solidité du cadre réglementaire.

La publication de ces informations le 22 juillet, dans le rapport annuel 2025, intervient alors que la Banque centrale intensifie ses chantiers de réforme. En juin, le gouverneur Jean-Claude Kassi Brou a relancé un dialogue structuré avec la profession bancaire, tandis que des réflexions se poursuivent sur la BRVM pour encourager les privatisations et stimuler les introductions en bourse. La finance islamique s'insère donc dans une séquence plus vaste de refonte de l'écosystème financier régional, où il s'agit de répondre à la fois aux besoins des entreprises et des particuliers exclus du crédit classique.

Un levier pour l'écosystème d'affaires

L'essor des produits conformes aux principes de la finance islamique n'est pas anecdotique. Il répond à une demande réelle, portée par des entrepreneurs et des ménages qui, pour des raisons religieuses ou économiques, recherchent des alternatives au crédit conventionnel. Les nouveaux agréments accordés à des institutions de microfinance devraient ainsi permettre de toucher une clientèle plus modeste, souvent éloignée des banques commerciales. En renforçant l'inclusion financière, la BCEAO cherche à mobiliser davantage l'épargne locale pour financer l'activité économique.

Mais ce développement impose aussi des garde-fous. Le futur Conseil régional de conformité, annoncé par l'institution, aura pour mission d'harmoniser les pratiques et de superviser la conformité des produits et opérations. Cette instance, qui devrait s'appuyer sur une expertise dédiée, vise à prévenir les dérives et à renforcer la confiance des investisseurs. Sa création intervient après une phase d'expansion rapide où les risques de disparités entre les pays de l'Union étaient réels.

La trajectoire de la finance islamique dans l'UEMOA reflète également une évolution des priorités des autorités monétaires. Alors que le franc CFA continue de susciter des débats, la diversification des instruments financiers apparaît comme un moyen de consolider la stabilité du système tout en répondant aux attentes des populations. Les institutions agréées, qu'il s'agisse de banques ou de microfinance, participent à la construction d'un paysage financier plus pluraliste.

Cette dynamique n'est pas spécifique à l'Afrique de l'Ouest : dans d'autres zones, la finance islamique a gagné du terrain comme outil de financement d'infrastructures ou de projets de développement. Dans l'UEMOA, les autorités semblent vouloir éviter à la fois l'écueil du symbolique et celui de l'improvisation. La mise en place du conseil de conformité, couplée aux licences délivrées, laisse entrevoir une volonté de professionnaliser un secteur qui, jusqu'ici, progressait au gré des initiatives nationales.

Au-delà des chiffres, ce mouvement interroge la place des financements alternatifs dans un système bancaire encore dominé par les grands réseaux. La BCEAO, en encadrant cette expansion, cherche à préserver l'équilibre entre innovation et stabilité. Il reste à voir comment les banques classiques réagiront à cette concurrence naissante, notamment dans un contexte de marges comprimées et de transformation digitale accélérée.

La consolidation de la finance islamique dans l'UEMOA s'inscrit dans un mouvement plus profond de recomposition du paysage financier ouest-africain, où se croisent inclusion, conformité et modernisation des infrastructures. Alors que la région s'ouvre à de nouvelles formes de financement, la capacité des régulateurs à accompagner cette diversité déterminera la confiance des acteurs économiques.