La Côte d'Ivoire a annoncé le 18 juin 2026 un accord-cadre de 750 millions de dollars (416,35 milliards FCFA) avec la Société internationale islamique de financement du commerce (ITFC), membre du Groupe de la Banque islamique de développement. Ce financement doit soutenir le Plan national de développement (PND) 2026-2030, avec un accent sur les PME, l’énergie, la santé et le renforcement des capacités. Cet engagement, signé à Bakou, marque une étape supplémentaire dans le recours croissant à la finance islamique par les États ouest-africains non sahéliens pour diversifier leurs sources de financement et accélérer leur transformation structurelle.

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Un partenariat consolidé

L’accord conclu avec l’ITFC n’est pas un coup d’essai. Selon l’institution, plus de 751 millions de dollars avaient déjà été mobilisés en faveur de la Côte d’Ivoire au fil des ans, tant pour le secteur public que privé. Ce nouvel apport de 750 M$ vient donc presque doubler l’enveloppe totale, confirmant la confiance mutuelle entre Abidjan et la finance islamique. La signature à Bakou, en marge d’une réunion de la Banque islamique de développement, souligne aussi la dimension diplomatique de cette relation.

Pourquoi la finance islamique ?

Le choix de la Côte d’Ivoire de recourir massivement à l’ITFC s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des sources de financement. Alors que les euro-obligations sont devenues plus coûteuses et que les conditionnalités du FMI limitent les marges de manœuvre, la finance islamique offre une alternative attractive. Ses principes – interdiction de l’intérêt, partage des risques, adossement à des actifs tangibles – séduisent des États soucieux de préserver leur souveraineté économique. En outre, les instruments comme la mourabaha ou le sukuk permettent de financer des infrastructures sans alourdir la dette conventionnelle.

Un timing stratégique

Cette annonce intervient dans un contexte régional complexe. Au Mali, la présence russe semble sur le point de s’achever, créant une incertitude géopolitique qui pourrait rejaillir sur toute la zone. Parallèlement, la chaîne de valeur du café africaine reste marquée par une faible capture de valeur, comme l’a rappelé le Forum de Marrakech début mai : l’Afrique produit 15 % du café mondial mais n’en capte que 10 % de la valeur finale. Ces exemples illustrent le défi structurel auquel font face les économies ouest-africaines : transformer localement leurs ressources pour créer de la richesse.

Le PND 2026-2030 : des priorités claires

Les secteurs ciblés par l’accord – PME, énergie, santé, renforcement des capacités – répondent à ce besoin de transformation. Le soutien aux PME est particulièrement crucial dans un pays où le tissu entrepreneurial reste fragile mais constitue le principal gisement d’emplois. L’énergie, quant à elle, est un goulot d’étranglement pour l’industrialisation. En liant le financement islamique à ces priorités, l’ITFC contribue à orienter les investissements vers des secteurs à fort impact social et économique.

Une tendance régionale

La Côte d’Ivoire n’est pas un cas isolé. Depuis plusieurs années, les émissions de sukuks (obligations islamiques) se multiplient en Afrique de l’Ouest : le Sénégal, le Togo, le Nigeria et même la Côte d’Ivoire ont déjà levé des fonds via ce véhicule. L’ITFC, créée en 2008, a vu son portefeuille en Afrique subsaharienne croître rapidement. Cette dynamique reflète une volonté des États de capter l’épargne des populations musulmanes – environ 50 % de la population en Côte d’Ivoire – tout en attirant des investisseurs du Golfe. Cependant, la finance islamique reste encore marginale dans le financement global du développement, et son efficacité à long terme dépendra de la capacité à financer des projets productifs plutôt que des dépenses récurrentes.

Des défis persistants

Malgré cet optimisme, des questions demeurent. La transparence des mécanismes de finance islamique, la formation des acteurs locaux et la standardisation des contrats constituent des freins. Par ailleurs, le succès de ce nouvel accord reposera sur la capacité des autorités ivoiriennes à absorber efficacement les fonds et à les allouer aux secteurs les plus porteurs. Le PND 2026-2030 devra démontrer sa crédibilité par des résultats tangibles.

Au-delà de l'accord

Ce financement s’inscrit dans un paysage régional en mutation. Les articles récents pointent des fragilités : les producteurs de café peinent à capter la valeur, les mines d’or attirent des partenaires étrangers aux intérêts parfois divergents (comme Trafigura au Ghana), et les transitions politiques (Sénégal avec un nouveau Premier ministre technocrate) redessinent les priorités. Dans ce contexte, la finance islamique apparaît comme un outil de diversification, mais elle ne saurait se substituer à une transformation économique en profondeur.

L’accord Côte d’Ivoire-ITFC illustre une tendance plus large : le recours croissant à la finance islamique comme instrument de développement en Afrique de l’Ouest. Alors que les sources traditionnelles de financement se resserrent, cette alternative gagne du terrain, portée par des besoins d’infrastructures et une population majoritairement musulmane. Reste à voir si elle parviendra à financer une croissance inclusive et durable, au-delà des effets d’annonce.