S&P Global, géant américain de la notation financière, a annoncé le 30 juillet 2026 avoir pris une participation majoritaire dans Agusto & Company, agence panafricaine basée au Nigeria. L'opération, dont le montant reste confidentiel, doit être finalisée d'ici la fin de l'année sous réserve des feux verts réglementaires. Elle intervient dans un contexte de vives critiques des gouvernements africains sur la sous-évaluation chronique du risque perçue par les agences internationales, et alors que la dette domestique du continent connaît une expansion rapide.

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Un mariage entre expertise globale et connaissance locale

L'accord signé entre S&P Global et Agusto & Company illustre une stratégie de plus en plus courante chez les grands acteurs financiers : acquérir une plateforme locale pour capter la croissance des marchés de la dette émergents. Agusto & Co, fondée il y a plus de trente ans, est l'une des rares agences de notation africaines à avoir acquis une reconnaissance régionale solide, avec des implantations au Nigeria, au Kenya, au Rwanda et au Ghana. Ce dernier pays, membre de la CEDEAO, est particulièrement stratégique pour l'Afrique de l'Ouest, où la demande de notation souveraine et corporate explose.

Pour S&P Global, cette acquisition permet de contourner la difficulté récurrente des grands acteurs internationaux : la méconnaissance des spécificités locales. Les méthodes de notation standardisées peinent à intégrer les nuances des économies ouest-africaines, souvent caractérisées par des marchés informels, des systèmes fiscaux fragiles et une volatilité politique. En s'appuyant sur les équipes d'Agusto, S&P espère affiner sa grille d'analyse et répondre aux critiques acerbes venues de l'Union africaine et de plusieurs chefs d'État.

Les enjeux pour l'écosystème ouest-africain

La présence d'Agusto au Ghana est un atout majeur. Ce pays, qui a fait défaut sur sa dette extérieure en 2022 et mène un programme d'ajustement avec le FMI, voit sa notation refléter les efforts d'assainissement. L'arrivée de S&P pourrait renforcer la transparence et attirer des investisseurs internationaux sur le marché obligataire ghanéen. Mais elle soulève aussi des questions : les notations produites par la nouvelle entité seront-elles plus clémentes que celles de S&P seul ? Le risque de conflit d'intérêts n'est pas nul, car Agusto était déjà rémunérée par les émetteurs locaux.

Par ailleurs, l'opération intervient alors que la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) basée à Abidjan connaît une forte activité. Les émissions de titres publics et privés se multiplient, et les investisseurs réclament des notations crédibles pour évaluer les risques. La combinaison S&P-Agusto pourrait devenir un acteur incontournable, au détriment des agences locales plus petites, mais aussi face à Moody's et Fitch, déjà présents via des partenariats.

Une réponse aux critiques sur la notation du risque africain

Le calendrier de l'opération n'est pas anodin. Depuis le début des années 2020, l'Union africaine et la Banque africaine de développement multiplient les plaidoyers pour une réforme du système de notation. En juin 2026, un séminaire à Ouagadougou a remis sur le tapis la question des biais dans l'évaluation du risque souverain. L'acquisition d'Agusto permet à S&P de montrer sa bonne volonté tout en renforçant sa part de marché sur un segment à fort potentiel. La manœuvre s'apparente à une intégration verticale : plutôt que de subir les critiques, le leader mondial absorbe un compétiteur régional crédible.

Implications réglementaires et perspectives

Les autorités de régulation des pays où Agusto opère, notamment la Securities and Exchange Commission du Nigeria, devront donner leur aval. Dans l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le cadre de la notation n'est pas encore harmonisé, ce qui complique la tâche. L'accord prévoit que l'entité conserve sa marque et son autonomie opérationnelle, ce qui rassurera les régulateurs soucieux de préserver un ancrage local.

À plus long terme, cette acquisition pourrait précipiter une consolidation du secteur de la notation en Afrique. D'autres agences, comme Bloomfield Investment (Côte d'Ivoire) ou Global Credit Rating (Afrique du Sud), pourraient devenir des cibles. S&P suit ainsi la tendance des grands cabinets de conseil et des banques d'affaires qui, depuis 2024, multiplient les rachats de structures locales pour capter la croissance africaine.

L'entrée de S&P Global dans le capital d'Agusto & Company signale une nouvelle phase de maturité des marchés financiers africains. Plus qu'un simple rapprochement capitalistique, elle révèle la volonté des grandes agences de notation de se réapproprier un débat qu'elles peinent à contrôler. Pour l'Afrique de l'Ouest, où les besoins de financement restent immenses, la question centrale n'est pas seulement de savoir qui notera, mais comment la notation intégrera les réalités locales sans céder aux pressions politiques. La réponse à cette interrogation façonnera la confiance des investisseurs dans la décennie à venir.