L’agence S&P Global Ratings a lancé un avertissement au Sénégal : l’absence d’un nouveau programme avec le FMI pèserait lourdement sur sa capacité à se financer et à préserver la confiance des marchés. Cette alerte intervient alors que le pays tente de rétablir sa crédibilité après la révision de sa dette à 118,8% du PIB en 2024. L’enjeu est double : restaurer la confiance des investisseurs et sécuriser des financements concessionnels.
Sénégal : l’ombre du FMI pèse sur la notation
L’agence S&P Global Ratings a lancé un avertissement au Sénégal : l’absence d’un nouveau programme avec le FMI pèserait lourdement sur sa capacité à se financer et à préserver la confiance des marchés.
Chronologie des alertes
Révision de la dette
Dette publique réévaluée à 118,8% du PIB — écart statistique majeur hérité de l’ancien régime.
FMI félicite, mais pas d’accord
Le FMI salue les réformes engagées, mais l’absence d’un accord formel laisse planer le doute sur la sincérité des données.
Alerte S&P
S&P prévient : sans programme FMI, le Sénégal perd l’accès aux eurobonds et aux financements concessionnels.
Seuil critique franchi en 2024 après la révision des chiffres officiels par la Cour des comptes. Le ratio dépasse désormais les 100% du PIB.
🔍 Selon le FMI, la dette publique brute du Sénégal atteint 130,2% du PIB et le solde budgétaire est de -7,9% du PIB.
Le FMI, clé d’accès aux marchés
« Un accord avec le FMI conditionne le retour des décaissements multilatéraux et l’accès à des guichets concessionnels. »
— Zahabia Gupta, S&P Global Ratings
L’enjeu est double
Sans accord FMI, le Sénégal risque une dégradation de sa notation souveraine et un tarissement des sources de financement à long terme.
Un signal d’alarme sur la crédibilité budgétaire
L’avertissement de S&P ne tombe pas par hasard. Depuis la révélation à l’automne 2024 d’écarts statistiques majeurs sur la dette publique héritée de l’ancien régime, le Sénégal navigue en eaux troubles. La Cour des comptes a validé un endettement réel bien supérieur aux chiffres officiels, faisant bondir le ratio de dette publique au-delà de 100% du PIB. En août 2025, le FMI avait félicité le Sénégal pour les réformes engagées, mais l’absence d’un accord formel laisse planer le doute sur la sincérité des nouvelles données.
Le FMI comme clé d’accès aux marchés
Pour Zahabia Gupta, responsable du suivi souverain chez S&P, un accord avec le FMI conditionne le retour des décaissements multilatéraux et l’accès à des guichets concessionnels. Il ouvrirait également la voie à un appui budgétaire de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement. En privant le Sénégal d’accès aux eurobonds depuis 2024, la révision budgétaire a contraint le Trésor à se tourner massivement vers le marché des titres publics de l’UEMOA, saturant un espace régional déjà tendu.
Les hydrocarbures : une bouée insuffisante
Le gouvernement d’Ousmane Sonko mise sur la rationalisation des dépenses, l’élargissement de l’assiette fiscale et les recettes des hydrocarbures (projet gazier Grand Tortue Ahmeyim et pétrole de Sangomar). Mais ces flux ne suffiront pas à compenser le service de la dette qui s’intensifie en 2025 et 2026. S&P souligne que sans cadre formel avec le FMI, le Sénégal s’expose à un durcissement des conditions de financement, rendant le refinancement plus coûteux.
Un test pour la stratégie de transparence
Le gouvernement actuel a fait de la transparence budgétaire un de ses chevaux de bataille, après les fausses déclarations de l’ère Macky Sall. Mais l’absence d’accord FMI pourrait être interprétée comme un signe de lenteur dans les réformes ou de désaccords persistants sur la soutenabilité de la dette. Sur le marché des eurobonds, l’enjeu est réputationnel : un programme avec le FMI permettrait au Trésor sénégalais de revenir dans de meilleures conditions vers les investisseurs étrangers.
Le cas sénégalais illustre les dilemmes auxquels font face plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest : rassurer les marchés tout en préservant une marge de manœuvre politique. Alors que le Ghana vient de sortir du programme FMI et que le Congo-Brazzaville en sollicite un nouveau, la région semble prise dans un cycle où le FMI reste l’intermédiaire incontournable pour accéder aux financements extérieurs. Mais cet intermédiaire a un coût conditionnel qui peut heurter les ambitions souveraines des États.
Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI) · Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)