L’agence S&P Global Ratings a lancé un avertissement au Sénégal : l’absence d’un nouveau programme avec le FMI pèserait lourdement sur sa capacité à se financer et à préserver la confiance des marchés. Cette alerte intervient alors que le pays tente de rétablir sa crédibilité après la révision de sa dette à 118,8% du PIB en 2024. L’enjeu est double : restaurer la confiance des investisseurs et sécuriser des financements concessionnels.

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Un signal d’alarme sur la crédibilité budgétaire

L’avertissement de S&P ne tombe pas par hasard. Depuis la révélation à l’automne 2024 d’écarts statistiques majeurs sur la dette publique héritée de l’ancien régime, le Sénégal navigue en eaux troubles. La Cour des comptes a validé un endettement réel bien supérieur aux chiffres officiels, faisant bondir le ratio de dette publique au-delà de 100% du PIB. En août 2025, le FMI avait félicité le Sénégal pour les réformes engagées, mais l’absence d’un accord formel laisse planer le doute sur la sincérité des nouvelles données.

Le FMI comme clé d’accès aux marchés

Pour Zahabia Gupta, responsable du suivi souverain chez S&P, un accord avec le FMI conditionne le retour des décaissements multilatéraux et l’accès à des guichets concessionnels. Il ouvrirait également la voie à un appui budgétaire de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement. En privant le Sénégal d’accès aux eurobonds depuis 2024, la révision budgétaire a contraint le Trésor à se tourner massivement vers le marché des titres publics de l’UEMOA, saturant un espace régional déjà tendu.

Les hydrocarbures : une bouée insuffisante

Le gouvernement d’Ousmane Sonko mise sur la rationalisation des dépenses, l’élargissement de l’assiette fiscale et les recettes des hydrocarbures (projet gazier Grand Tortue Ahmeyim et pétrole de Sangomar). Mais ces flux ne suffiront pas à compenser le service de la dette qui s’intensifie en 2025 et 2026. S&P souligne que sans cadre formel avec le FMI, le Sénégal s’expose à un durcissement des conditions de financement, rendant le refinancement plus coûteux.

Un test pour la stratégie de transparence

Le gouvernement actuel a fait de la transparence budgétaire un de ses chevaux de bataille, après les fausses déclarations de l’ère Macky Sall. Mais l’absence d’accord FMI pourrait être interprétée comme un signe de lenteur dans les réformes ou de désaccords persistants sur la soutenabilité de la dette. Sur le marché des eurobonds, l’enjeu est réputationnel : un programme avec le FMI permettrait au Trésor sénégalais de revenir dans de meilleures conditions vers les investisseurs étrangers.

Le cas sénégalais illustre les dilemmes auxquels font face plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest : rassurer les marchés tout en préservant une marge de manœuvre politique. Alors que le Ghana vient de sortir du programme FMI et que le Congo-Brazzaville en sollicite un nouveau, la région semble prise dans un cycle où le FMI reste l’intermédiaire incontournable pour accéder aux financements extérieurs. Mais cet intermédiaire a un coût conditionnel qui peut heurter les ambitions souveraines des États.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI) · Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)