Le 29 juillet 2026, S&P Global annonce l'acquisition d'une participation majoritaire dans Agusto & Co., l'une des principales agences de notation panafricaines. Cette opération s'inscrit dans un mouvement de consolidation accéléré, après le rachat de GCR et de sa filiale WARA par Moody's. Elle intervient alors que l'Union africaine, soutenue par la Banque africaine de développement, accélère la création d'une Agence africaine de notation de crédit (AfCRA), destinée à produire des évaluations plus représentatives des économies du continent.
S&P Global mise sur Agusto
La notation africaine sous influence · 29 juillet 2026
S&P Global acquiert une participation majoritaire dans Agusto & Co. (Nigeria, Kenya, Rwanda, Ghana). L'agence reste indépendante dans ses méthodologies. Cette opération fait suite au rachat de GCR et WARA par Moody's (2022-2024). L'Union africaine, via la BAD, accélère le projet AfCRA pour une notation « made in Africa ».
L'opération porte sur une agence fondée au Nigeria et présente également au Kenya, au Rwanda et au Ghana. Selon le communiqué de S&P Global, Agusto & Co. continuera d'opérer comme une entité indépendante, avec ses propres méthodologies et notations, tandis que le groupe américain apportera son expertise mondiale pour soutenir le développement des marchés obligataires africains. La finalisation de la transaction est attendue au second semestre 2026.
Ce mouvement s'inscrit dans une recomposition accélérée du paysage africain de la notation. En 2022, Moody's avait acquis 51 % de GCR (Global Credit Ratings), avant d'en prendre le contrôle total en 2024. Quelques années auparavant, GCR avait elle-même racheté WARA (West Africa Rating Agency), renforçant sa présence en Afrique de l'Ouest francophone. Désormais, les deux principales agences mondiales – Moody's et S&P – disposent de relais locaux solides sur le continent.
Pour l'Afrique de l'Ouest, cette consolidation a des implications directes. WARA, désormais filiale de Moody's via GCR, était l'agence de référence pour la notation des émissions obligataires régionales sur le marché de l'UMOA-Titres. En mai 2026, le Togo y a levé 27,5 milliards de FCFA via des obligations assimilables du Trésor, illustrant l'importance croissante de ces instruments. La présence d'agences internationales via des entités locales permet de répondre aux exigences des investisseurs internationaux tout en respectant les réglementations régionales.
Le calendrier est particulièrement significatif. Alors que l'Union africaine accélère le projet AfCRA, avec l'ambition de proposer une évaluation plus juste des risques souverains africains, les grandes agences renforcent leur ancrage local. Cette double dynamique révèle une tension : d'un côté, la volonté des États de reprendre la main sur leur notation ; de l'autre, l'attrait d'une expertise mondialement reconnue pour accéder aux marchés de capitaux internationaux.
Cette évolution intervient dans un contexte de critiques récurrentes adressées aux grandes agences internationales, accusées par plusieurs pays africains de surestimer les risques et d'augmenter le coût de financement. L'arrivée de S&P via Agusto pourrait être perçue comme une réponse à ces critiques, en apportant une meilleure connaissance des réalités locales. Pourtant, la concentration accrue du secteur soulève des questions de concurrence et d'indépendance.
Au-delà de cette acquisition, c'est l'architecture financière africaine qui se recompose. Entre la montée en puissance des places financières régionales et la quête d'autonomie évaluative, le rôle des agences de notation devient un enjeu de souveraineté. L'initiative AfCRA, si elle aboutit, pourrait redessiner l'équilibre entre standards globaux et spécificités locales. Pour l'instant, les grandes agences mondiales semblent choisir la stratégie de l'ancrage plutôt que du retrait.