Les échanges commerciaux entre l'Ouganda et les Émirats arabes unis ont été multipliés par huit en sept ans, passant de 600 millions de dollars en 2018 à 4,7 milliards en 2025. Cette dynamique, portée par un forum d'affaires prévu en octobre 2026, illustre une stratégie d'ouverture tous azimuts. Pour l'Afrique de l'Ouest, ce précédent interroge sur les conditions d'une telle attractivité.

Infographie — Investissement

Le 18 août 2026, alors que les regards sont souvent tournés vers les flux d'investissements en Afrique de l'Ouest, un exemple est-africain mérite l'attention. En sept ans, le commerce entre l'Ouganda et les Émirats arabes unis (EAU) est passé de 600 millions de dollars en 2018 à 4,7 milliards de dollars en 2025. Les investissements directs émiratis ont bondi de 300 millions à 3,5 milliards de dollars sur la même période. Cette trajectoire, qui sera au cœur de la 5e édition du Forum d'affaires Ouganda-EAU prévu fin octobre 2026, révèle une stratégie d'ancrage bilatéral qui contraste avec les schémas traditionnels de coopération.

Cette progression ne doit rien au hasard. Elle résulte d'une politique volontariste de Kampala, qui a multiplié les accords-cadres avec Abou Dhabi, notamment dans les secteurs de l'agriculture, des mines, de l'énergie et des infrastructures. Le forum d'octobre, qui se tiendra dans plusieurs villes émiraties, vise à transformer les déclarations d'intention en transactions concrètes. L'accent mis sur les échanges commerciaux et les partenariats d'exportation témoigne d'une volonté de dépasser le simple cadre institutionnel.

Pour l'Afrique de l'Ouest, ce précédent soulève des questions stratégiques. La région, riche en ressources naturelles et en potentiel agricole, peine souvent à attirer des investissements directs étrangers comparables. Les économies ouest-africaines, membres de la CEDEAO et de l'UEMOA, offrent pourtant un marché intégré de plus de 300 millions de consommateurs. Mais l'attractivité dépend de facteurs que l'Ouganda a su actionner : stabilité politique, réformes réglementaires, et une diplomatie économique proactive.

Le contexte régional ouest-africain est marqué par des mutations profondes. La récente mise en service d'une usine de transformation de cacao en Côte d'Ivoire, en partenariat avec Valency International et Revata Carbon, illustre une volonté de monter en gamme. Mais les défis restent nombreux : insécurité, instabilité politique dans certains pays, et une dépendance persistante aux exportations de matières premières. Les résultats semestriels des banques de l'UEMOA, attendus avec attention, devraient refléter ces tensions.

Les investisseurs du Golfe, notamment les fonds souverains comme le PIF saoudien, multiplient les contacts avec les dirigeants ouest-africains. La rencontre entre Faure Gnassingbé et le gouverneur du PIF en juin 2026 s'inscrit dans cette dynamique. Ces échanges ouvrent des perspectives, mais aussi des interrogations sur les conditions de ces partenariats. L'expérience ougandaise montre que les Émirats sont prêts à s'engager massivement, à condition de trouver des interlocuteurs fiables et des projets bancables.

La question pour l'Afrique de l'Ouest n'est pas de copier le modèle ougandais, mais d'en tirer des leçons sur les leviers de l'attractivité. La stabilité macroéconomique, la transparence des procédures et la capacité à offrir des projets structurants sont autant de facteurs clés. Les prochains mois seront décisifs pour observer si la région parvient à convertir les intentions en réalisations concrètes, à l'instar de ce que l'Ouganda a accompli avec les Émirats.

Au-delà du cas ougandais, cette dynamique interroge la capacité de l'Afrique de l'Ouest à capter les capitaux du Golfe, qui cherchent de nouveaux relais de croissance. La multiplication des forums et des rencontres bilatérales laisse entrevoir une recomposition des alliances économiques sur le continent, où la diplomatie des affaires prend le pas sur les schémas traditionnels. Reste à savoir si les pays ouest-africains sauront créer les conditions d'un partenariat mutuellement bénéfique, dans un environnement régional en pleine mutation.