Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a élevé Ali Alshimmari, directeur général de Global South Utilities, au grade de commandeur de l'Ordre du Mérite centrafricain. Cette distinction récompense la réalisation de la centrale solaire de Sakaï, qui augmente de plus de 60 % la capacité électrique du pays. Au-delà de la RCA, ce projet illustre la stratégie émiratie d'investissement dans les infrastructures énergétiques africaines, un mouvement qui redessine les équilibres régionaux.

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La centrale solaire de Sakaï, mise en service en dix mois, affiche une capacité de 50 mégawatts, complétée par un stockage par batteries de 15 mégawattheures. Elle doit alimenter plus de 300 000 foyers et réduire les émissions de CO2 de 50 000 tonnes par an. Pour la République centrafricaine, ce bond de 60 % de sa capacité de production électrique est un saut qualitatif, dans un pays où le taux d'accès à l'électricité dépasse à peine 15 %. Mais l'événement dépasse les simples chiffres : il révèle une nouvelle géographie de l'aide et de l'investissement énergétique en Afrique.

L'acteur clé est Global South Utilities, une société émiratie peu connue du grand public, mais qui s'impose comme un partenaire privilégié de plusieurs États africains. Ali Alshimmari, son administrateur délégué, a déjà été décoré par le Tchad voisin pour la centrale « Noor Tchad », un projet similaire. Cette double reconnaissance, à quelques mois d'intervalle, témoigne d'une stratégie cohérente : les Émirats arabes unis, via des fonds souverains et des entreprises comme Global South Utilities, investissent massivement dans les énergies renouvelables sur le continent, en particulier dans les pays à faible capacité électrique.

Ce mouvement s'inscrit dans un contexte plus large de recomposition des partenariats énergétiques en Afrique de l'Ouest et centrale. Alors que la région cherche à renforcer sa souveraineté énergétique, les investissements émiratis offrent une alternative aux financements traditionnels, souvent conditionnés à des réformes structurelles. La centrale de Sakaï, financée par un prêt concessionnel du Fonds d'Abou Dhabi pour le développement, illustre ce modèle : des financements rapides, des réalisations en un temps record, et une visibilité politique forte pour les Émirats.

En parallèle, les grands projets extractifs continuent de structurer l'économie régionale. Au Sénégal, la production de pétrole du champ Sangomar, opérationnelle depuis 2024, atteint des niveaux significatifs en 2026, tandis que le gaz naturel du projet GTA, partagé avec la Mauritanie, alimente désormais les marchés internationaux. Ces revenus pétroliers et gaziers offrent aux États des marges de manœuvre inédites pour financer leurs infrastructures, mais ils attirent aussi des convoitises et des tensions géopolitiques. Dans le même temps, l'orpaillage illégal au Burkina Faso et au Mali continue de prospérer, échappant largement au contrôle des États et finançant des réseaux informels.

La centrale de Sakaï, bien que située en Centrafrique, résonne avec ces dynamiques ouest-africaines. Elle montre que les Émirats, déjà présents dans les ports et les télécommunications, misent désormais sur l'électricité comme levier d'influence. En répondant à un besoin criant, ils s'imposent comme des partenaires incontournables, capables de débloquer des projets en quelques mois là où les bailleurs traditionnels s'enlisent dans des études.

Cette percée émiratie soulève des questions sur la soutenabilité à long terme de ces infrastructures. Les conditions de maintenance, le transfert de compétences et l'intégration au réseau national restent des défis. Mais elle interroge aussi les équilibres géopolitiques : en multipliant les décorations et les projets, Abou Dhabi construit un réseau d'alliances qui dépasse le simple cadre commercial. La reconnaissance accordée à Ali Alshimmari n'est pas anecdotique ; elle symbolise une nouvelle forme de diplomatie énergétique, où les entreprises émiraties jouent un rôle de premier plan.

Pour l'Afrique de l'Ouest, l'expérience centrafricaine offre un précédent. Les États qui peinent à électrifier leurs territoires pourraient être tentés de suivre cette voie, d'autant que les besoins sont immenses. Mais ils devront peser les avantages immédiats face aux implications à long terme sur leur souveraineté énergétique. La question n'est plus de savoir si les investissements émiratis vont se multiplier, mais comment les États africains vont les encadrer pour en tirer un bénéfice durable.

La distinction d'Ali Alshimmari à Bangui n'est pas un simple geste protocolaire. Elle acte l'arrivée d'un nouvel acteur dans le jeu énergétique africain, dont les méthodes et les ambitions pourraient bien redéfinir les rapports de force. Alors que les Émirats étendent leur influence, de Bangui à N'Djamena, les capitales ouest-africaines observent, calculent, et peut-être préparent-elles déjà leurs propres partenariats. L'électricité, plus que le pétrole ou l'or, devient le terrain où se joue l'indépendance énergétique du continent.