Le groupe COFINA, spécialiste de la mésofinance en Afrique de l'Ouest et centrale, assume l'intégration de l'intelligence artificielle dans ses processus d'octroi de crédit aux PME. Son PDG, Jean-Luc Konan, décrit l'IA comme un « accélérateur de discernement », insistant sur le maintien du relationnel. Cette évolution s'inscrit dans une région où les initiatives numériques se multiplient, du salon de l'économie numérique au Niger à la future université dédiée à l'IA en Côte d'Ivoire.
IA & crédit aux PME :
l'équilibre fragile de COFINA
Le groupe COFINA intègre l'IA dans l'octroi de crédit sans remplacer le relationnel. Un modèle de « mésofinance » entre microfinance et banque classique.
L'intelligence artificielle est un accélérateur de discernement, pas un substitut au banquier.
Le paradoxe COFINA
Données transactionnelles & scoring
Mobile money, paiements digitaux, historique client — l'IA analyse plus vite et plus large.
Relationnel & discernement
Le banquier garde le dernier mot, surtout pour les cas atypiques ou les zones grises.
Écosystème numérique ouest-africain
IDE Côte d'Ivoire : 3,6 % du PIB (Banque mondiale)
Ce qu'il faut retenir
Mésofinance : un créneau stratégique
Entre microfinance et banque universelle, COFINA cible les PME aux besoins intermédiaires, longtemps délaissées.
IA = outil, pas pilote
L'IA analyse les données transactionnelles (mobile money, etc.) mais le banquier conserve le dernier mot.
Digitalisation croissante en Afrique de l'Ouest
Salon du numérique au Niger, université IA en Côte d'Ivoire : l'écosystème se structure.
Dans un entretien récent à Financial Afrik, Jean-Luc Konan, PDG du groupe COFINA, dévoile la stratégie du groupe face à la transformation numérique du crédit aux petites et moyennes entreprises. Présent dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et centrale, COFINA occupe un créneau spécifique : celui de la mésofinance, entre la microfinance et la banque commerciale. Ce segment concerne des entrepreneurs dont les besoins dépassent les plafonds de la microfinance mais restent en deçà des seuils exigés par les banques universelles – une zone grise longtemps délaissée par le système bancaire classique.
Le dirigeant ivoirien adopte une position nuancée dans un débat qui traverse tout le secteur financier africain. Pour lui, l'intelligence artificielle n'est ni un substitut au banquier ni un simple outil marketing, mais un levier de discernement. Cette formule traduit une approche pragmatique : utiliser les données transactionnelles générées par la digitalisation croissante – mobile money, paiements électroniques – pour reconstituer l'historique financier de structures souvent informelles ou peu bancarisées. Ces données alimentent des modèles de scoring qui permettent d'affiner l'évaluation du risque.
Cette évolution intervient dans un contexte régional marqué par une accélération des initiatives numériques. En juillet 2026, le Niger participait à la quatrième édition du Salon international des professionnels de l'économie numérique de l'UEMOA, tandis que la Côte d'Ivoire prévoit la création d'une université dédiée à l'intelligence artificielle dans le cadre de son Plan national de développement. Parallèlement, des acteurs comme Orange Côte d'Ivoire consacrent leur newsletter à la cybersécurité, signe que l'écosystème numérique mûrit. Ces tendances créent un terreau favorable à l'essor des fintechs et à l'adoption de l'IA dans la finance.
Pourtant, Jean-Luc Konan se garde de céder à la fascination technologique. Il rappelle que le contact physique, la connaissance du tissu économique local et l'accompagnement restent les fondements d'un crédit soutenable dans des économies où la volatilité macroéconomique est élevée. Le groupe COFINA revendique ainsi une position singulière : ni purement digital, ni exclusivement relationnel, mais hybride. Ce choix reflète une lecture réaliste des réalités africaines, où l'inclusion financière ne peut se faire sans une proximité avec les entrepreneurs.
Le modèle de COFINA illustre une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : celle d'une intégration progressive de l'IA dans les services financiers, mais sans rupture brutale avec les pratiques traditionnelles. Les banques commerciales elles-mêmes expérimentent des solutions de scoring alternatif, tandis que les fintechs poussent à une digitalisation accélérée. Dans ce paysage, l'approche de COFINA – allier algorithmes et présence humaine – pourrait servir de référence pour d'autres institutions cherchant à concilier innovation et gestion du risque.
Reste que le chemin est semé d'embûches. La qualité des données disponibles, la fiabilité des modèles prédictifs dans des contextes informels, et la formation des équipes sont autant de défis. Par ailleurs, la régulation de l'IA dans le secteur financier en Afrique de l'Ouest reste embryonnaire, ce qui expose les institutions à des risques juridiques et réputationnels. L'initiative de COFINA, bien que prometteuse, devra composer avec ces incertitudes.
L'expérience de COFINA montre que l'IA peut devenir un outil d'inclusion financière en Afrique de l'Ouest, à condition de ne pas sacrifier la dimension humaine. Alors que la région multiplie les investissements dans le numérique – université dédiée, salons professionnels –, la question de l'équilibre entre technologie et relationnel reste centrale. D'autres acteurs du crédit aux PME observeront sans doute avec attention cette tentative de concilier modernité et ancrage local.