La Côte d’Ivoire officialise la création d’une université publique consacrée à l’intelligence artificielle dans le cadre de son Plan national de développement (PND) 2026‑2030. Cette annonce, faite par le ministre Souleymane Diarrassouba, s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation du système éducatif et de positionnement du pays comme hub technologique régional. Alors que le Ghana sort tout juste d’un programme du FMI et que l’Afrique de l’Ouest attire de nouveaux investissements numériques, Abidjan mise sur la formation pour transformer son économie.
🧠 Université de l’IA : le pari souverain d’Abidjan
La Côte d’Ivoire crée un pôle public dédié à l’intelligence artificielle, dans le cadre du PND 2026‑2030. Objectif : former les talents du numérique et accélérer la transformation économique.
Calendrier stratégique
Les 4 axes du projet
Contexte macroéconomique (FMI)
Selon le FMI, la Côte d’Ivoire affiche une croissance solide et une inflation quasi nulle, offrant une marge de manœuvre pour investir dans le capital humain.
« Ce projet universitaire n’est pas un geste isolé. Il s’intègre dans le PND 2026‑2030, qui fait du capital humain le moteur de la transformation structurelle de l’économie ivoirienne. »
— Extrait de l’article — Alors que le Ghana sort d’un programme FMI et que l’Afrique de l’Ouest attire les investissements numériques, Abidjan mise sur la formation pour accélérer sa souveraineté technologique.
Dynamique ouest-africaine
Le projet prévoit la construction de la future université à Abidjan ou dans une ville secondaire, ainsi que celle de nouveaux établissements à Abengourou, Daoukro et Dabou, complétés par des instituts universitaires de technologie. L’objectif est double : accroître les capacités d’accueil et orienter les formations vers les secteurs prioritaires – numérique, agro‑industrie, mines, santé et services. La création d’un pôle IA répond à la stratégie nationale de l’intelligence artificielle à l’horizon 2030, lancée en 2025, qui vise à renforcer la souveraineté numérique et la compétitivité.
Un maillon du PND 2026‑2030
Ce projet universitaire n’est pas un geste isolé. Il s’intègre dans le PND 2026‑2030, qui fait du capital humain le moteur de la transformation structurelle de l’économie ivoirienne. Les autorités entendent ainsi combler le fossé entre un système éducatif encore largement généraliste et les besoins du marché du travail, où la demande en compétences techniques et numériques explose. Selon la Banque mondiale, le déficit de compétences coûte chaque année plusieurs points de PIB à la région. En ciblant l’IA, la Côte d’Ivoire cherche à former des experts capables de développer des solutions locales, dans l’agritech, la fintech ou la e‑santé.
La compétition régionale s’intensifie
Dans un environnement ouest‑africain marqué par l’essor des start‑ups et la consolidation des écosystèmes numériques (salon des téléphones mobiles à Abidjan en mai 2026, Africa CEO Forum où le Premier ministre Beugré Mambé a appelé aux investissements), chaque pays tente de capter les talents et les capitaux. Le Sénégal a multiplié les initiatives touristiques et culturelles, tandis que le Ghana, sorti mi‑2026 de la Facilité élargie de crédit du FMI, tente de relancer sa croissance. Dans ce jeu, disposer d’une université spécialisée en IA confère à la Côte d’Ivoire un avantage comparatif potentiel, à condition que les diplômés trouvent des débouchés sur place.
Souveraineté numérique et enjeux de financement
Derrière l’ambition technologique affleure une préoccupation stratégique : réduire la dépendance aux solutions étrangères. La souveraineté numérique – capacité à maîtriser les données, les algorithmes et les infrastructures – devient un impératif pour les États africains. La Côte d’Ivoire n’échappe pas à la règle, d’autant que le pays veut accélérer sa digitalisation administrative et attirer les investissements dans les centres de données. La future université devra donc aussi former des chercheurs capables d’innover dans le traitement automatique du langage, la vision par ordinateur ou l’éthique de l’IA, adaptée aux réalités locales.
Les défis ne manquent pas. Le premier est budgétaire : construire et équiper des universités de haut niveau nécessite des moyens importants, dans un contexte de pression sur les finances publiques. Le second est celui de la rétention des talents : sans écosystème de R&D et d’emploi attractif, les meilleurs diplômés risquent de partir vers l’Europe ou l’Amérique du Nord. Le gouvernement mise sur les pôles de compétitivité et les partenariats public‑privé pour créer des passerelles entre université et entreprises.
La mise en œuvre est prévue sur cinq ans, avec des livraisons échelonnées. Les curricula, en cours d’élaboration avec des experts internationaux, couvriront la science des données, l’apprentissage automatique et le traitement du langage naturel. Une attention particulière sera portée à la formation des formateurs, maillon faible de nombreux systèmes africains.
La Côte d’Ivoire joue une carte ambitieuse en misant sur l’IA comme vecteur de développement. Ce choix, s’il est bien exécuté, pourrait en faire un pôle d’attraction régional dans la compétition numérique. Mais la réussite dépendra de sa capacité à financer le projet, à retenir les talents et à connecter la formation aux besoins réels de l’économie. Dans un espace ouest‑africain où les initiatives se multiplient, l’université de l’IA pourrait être un accélérateur – ou un gouffre financier. L’histoire jugera.