La CEDEAO ne compte plus que douze membres depuis le retrait effectif du Mali, du Burkina Faso et du Niger le 29 janvier 2025. Le 19 juillet 2026, Bassirou Diomaye Faye a pris la présidence de l'organisation, tandis que le général Birame Diop prendra la tête de la Commission en septembre. Cette recomposition intervient alors que les échanges intra-communautaires stagnent et que l'Alliance des États du Sahel (AES) met en place des politiques douanières concurrentes, redéfinissant les équilibres économiques régionaux.
Une intégration économique à la peine
Malgré cinquante ans d'existence, l'intégration économique de la CEDEAO reste limitée. Le commerce intra-communautaire plafonne entre 11,5 % et 15 % du total des échanges, loin de l'objectif de 20 % fixé lors de la création. Le tarif extérieur commun, instauré en 2015 avec cinq bandes allant de 0 à 35 %, n'a pas réussi à stimuler les transactions. Pourtant, plus de 15 000 entreprises sont agréées pour près de 50 000 produits dans le cadre du schéma de libéralisation. Ces chiffres, issus des données de l'organisation, illustrent un décalage entre ambitions et réalités.
La concurrence tarifaire de l'AES
Depuis leur sortie, les trois pays sahéliens ont renforcé leur propre alliance. Fin mars 2025, l'AES a instauré un tarif douanier uniforme de 0,5 % sur les importations en provenance de pays tiers, créant une brèche dans le dispositif douanier harmonisé de la CEDEAO. Cette mesure attire potentiellement les flux commerciaux vers leurs territoires, au détriment des États membres. Selon les informations disponibles, les trois pays envisageraient également le lancement d'une monnaie commune d'ici 2027, accentuant la fragmentation monétaire de la région.
Des initiatives diplomatiques pour amortir la rupture
Alors que les tensions étaient vives en 2023 après les sanctions post-coups d'État et les appels à une intervention militaire au Niger, le dialogue a repris. Les échanges diplomatiques entre la CEDEAO et l'AES se sont intensifiés dès mai 2026, comme en témoignent les déclarations officielles. Parallèlement, le secteur privé est appelé à jouer un rôle central dans la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), un cadre qui pourrait offrir une alternative ou un complément aux schémas régionaux.
Quelles implications pour les investisseurs ?
Cette recomposition géopolitique crée un environnement complexe pour les acteurs économiques. D'un côté, la CEDEAO cherche à maintenir l'attractivité de son marché unique, avec de nouvelles têtes pensantes à sa tête. De l'autre, l'AES propose une fiscalité douanière plus légère, susceptible de modifier les chaînes de valeur régionales. Les entreprises opérant en Afrique de l'Ouest doivent désormais naviguer entre deux blocs aux règles divergentes, ce qui complique les stratégies d'approvisionnement et de distribution.
Cette situation de double régulation tarifaire et institutionnelle interroge la pertinence des modèles d'intégration verticale en Afrique de l'Ouest. Alors que la ZLECAF avance lentement, la fragmentation pourrait, paradoxalement, stimuler une concurrence entre blocs pour attirer les investissements, mais au prix d'une perte de cohérence régionale. Les prochains mois, marqués par l'installation des nouvelles équipes dirigeantes à la CEDEAO, seront décisifs pour savoir si l'organisation retrouve une dynamique ou si la scission devient durable.