Alors que les ministres du Burkina Faso, du Mali et du Niger se penchaient à Ouagadougou sur l'accélération de l'industrialisation et du commerce intra-AES, le Sénégal chiffrait à plus de trois milliards de dollars son déficit d'infrastructures, appelant à un recours accru aux fonds d'investissement. Ces deux événements, survenus à deux jours d'intervalle, illustrent les multiples voies empruntées par l'intégration régionale en Afrique de l'Ouest en 2026. Entre les dynamiques parallèles de l'Alliance des États du Sahel (AES) et les efforts de la CEDEAO, le paysage économique ouest-africain se recompose.

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La rencontre ministérielle de l'AES, ouverte le 15 juin à Ouagadougou, marque un pas supplémentaire dans la construction économique de la confédération. Le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a fixé trois priorités : l'industrialisation endogène par la transformation locale des matières premières, la fluidification du commerce intra-confédéral, et l'harmonisation des textes pour protéger les industries locales. Ces axes répondent à un constat partagé par l'Afreximbank : les échanges intra-africains ne représentent encore qu'environ 15 % des exportations totales du continent, un niveau d'intégration commerciale jugé insuffisant.

Cette initiative de l'AES s'inscrit dans un contexte où la CEDEAO elle-même a dévoilé en mai 2026 un « Pacte d'avenir » en six piliers pour consolider l'intégration régionale. Par ailleurs, le Système d'échanges d'énergie électrique ouest-africain (WAPP) a déjà permis la construction de plus de 4 000 kilomètres de lignes à haute tension, interconnectant les réseaux de 15 pays. Ces projets coexistent, mais la création de l'AES en 2024 a introduit une dynamique concurrente, avec des États membres cherchant à accélérer leur propre intégration en dehors du cadre de la CEDEAO.

Au même moment, le Sénégal se trouve confronté à un déficit de financement des infrastructures estimé à plus de trois milliards de dollars. Lors du forum Dakar Business Connect, des experts ont plaidé pour un rôle accru des fonds d'investissement et des partenariats public-privé. Ce besoin reflète une contrainte structurelle : sans infrastructures de transport, d'énergie ou de numérisation, l'intégration régionale reste théorique. Le consultant Manizor Thiam a souligné que les besoins en investissement public représentent 15 % du PIB sénégalais, un niveau qui dépasse les capacités budgétaires et bancaires classiques.

Ces deux évolutions – l'approfondissement de l'intégration au sein de l'AES et la recherche de financements innovants au Sénégal – pointent vers un même enjeu : la nécessité de combiner efforts nationaux et régionaux pour créer des chaînes de valeur transformatrices. Le Benin, de son côté, ambitionne de devenir un « néo-Singapour africain », tandis que le Burkina Faso affiche des taux élevés de mise en œuvre des réformes au sein de l'UEMOA. La diversité des approches pose la question de leur cohérence à long terme.

L'industrialisation endogène prônée par l'AES vise à réduire la dépendance aux exportations de matières premières, un défi commun à toute la région. Le Mali et le Burkina Faso figurent parmi les principaux producteurs d'or ouest-africains, mais la transformation locale reste marginale. L'harmonisation des textes au sein de l'AES pourrait créer un espace économique protégé, mais au risque de fragmenter davantage un marché régional déjà faiblement intégré.

Alors que 2026 voit se multiplier les chantiers d'intégration – AES, CEDEAO, initiatives nationales –, la région cherche un équilibre entre souveraineté économique et efficacité collective. La question centrale reste de savoir si ces dynamiques parallèles finiront par converger ou si elles creuseront les écarts entre États, compromettant la vision d'un espace ouest-africain intégré.