Dimanche à Freetown, les chefs d'État de la CEDEAO ont confié la présidence de la Commission au général sénégalais Birame Diop, tandis que le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye prenait la présidence tournante de l'organisation. Cette double casquette sénégalaise intervient dans un contexte de fragmentation régionale, marqué par le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger vers l'Alliance des États du Sahel (AES) en janvier 2025. Le pari est de restaurer la crédibilité de l'institution et de relancer une intégration économique mise à mal par les tensions politiques et sécuritaires.

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Un leadership sénégalais pour une institution fragilisée

La nomination du général Birame Diop, diplomate reconnu et ancien haut responsable de l'armée sénégalaise, à la tête de la Commission de la CEDEAO marque un tournant stratégique. Elle intervient moins d'un an après le départ des trois pays sahéliens, qui représentaient environ 25 % du PIB de la zone et des flux commerciaux non négligeables. Le sommet de Freetown a également vu le transfert de la présidence tournante à Bassirou Diomaye Faye, portant à deux le nombre de postes clés confiés au Sénégal. Ce pays, membre fondateur et bastion de la stabilité démocratique, est perçu comme un médiateur crédible pour renouer le dialogue avec les États dissidents et raviver l'élan d'intégration.

Le défi de la reconstruction du marché commun

La CEDEAO, qui ambitionne une union monétaire et un marché unique, voit sa dynamique commerciale entravée par la fracture politique. Selon les données de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), les échanges intra-régionaux ont chuté de 12 % en 2025, passant de 18 % à 16 % du commerce total, sous l'effet des restrictions douanières aux frontières avec l'AES et de l'incertitude sécuritaire. La nomination de Birame Diop, par son expérience militaire, pourrait faciliter la coordination sécuritaire nécessaire à la libre circulation des biens, notamment dans les corridors logistiques cruciales comme l'axe Abidjan-Ouagadougou-Bamako. L'enjeu est de taille : la CEDEAO doit réaffirmer sa pertinence économique face à la concurrence de l'AES, qui a déjà mis en place une union douanière simplifiée.

Contexte historique : une dynamique contrastée

Les sources antérieures, notamment l'accord de prêt entre la BIDC et Afriland First Bank Côte d'Ivoire en mai 2026, montrent que le financement du commerce et des infrastructures demeure une priorité. Mais la fragmentation politique ralentit la réalisation de projets structurants comme le corridor ferroviaire Abidjan-Niamey ou l'interconnexion électrique. Le nouveau leadership sénégalais devra surmonter la défiance des pays de l'AES, qui ont reproché à la CEDEAO sa gestion jugée interventionniste lors de la crise nigérienne. Les sanctions économiques imposées en 2023, bien que levées, ont laissé des séquelles. La double présidence sénégalaise, pays frontalier du Mali et de la Guinée-Bissau, offre une opportunité de médiation apaisée.

L'agenda commercial et monétaire sous tension

La feuille de route de la nouvelle Commission inclut la relance des négociations sur la monnaie unique (ECO), reportée sine die en 2020. Sans les trois pays de l'AES, l'équilibre économique de la zone est modifié : ceux-ci représentaient 30 % de la production de coton et 15 % des réserves d'or. Leur absence pourrait simplifier les négociations sur les critères de convergence, mais appauvrit l'assise de la future monnaie. Par ailleurs, le commerce informel entre les zones CEDEAO et AES reste actif, estimé à 3 milliards de dollars par an selon l'OCDE, ce que les nouveaux dirigeants devront formaliser pour éviter des pertes fiscales et renforcer l'intégration.

Perspectives régionales : entre réconciliation et pragmatisme

La CEDEAO joue un double jeu : maintenir la pression diplomatique sur les régimes militaires sahéliens tout en ouvrant des canaux de coopération technique. Le général Diop, familier des enceintes internationales, pourrait privilégier des accords sectoriels (sécurité, transports, énergie) avant une réintégration politique. Les pays membres, notamment la Côte d'Ivoire et le Ghana, attendent de cette transition une relance des chaînes de valeur régionales, notamment dans l'agroalimentaire et les mines. Le succès de ce mandat dépendra de la capacité à concilier les intérêts divergents des États côtiers et sahéliens, et à restaurer la confiance par des résultats concrets sur le terrain.

La double présidence sénégalaise incarne une tentative de recentrage de la CEDEAO sur ses fondements économiques, après des années de turbulences politiques. Au-delà de la personnalité de Birame Diop, c'est la capacité de l'institution à s'adapter à un paysage régional remodelé par l'AES qui sera testée. La relance du commerce intra-africain, dans le cadre de la ZLECAf, pourrait offrir un levier supplémentaire pour une intégration pragmatique, où la coopération sécuritaire et économique primerait sur les divergences idéologiques.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)