Le Groupe de la Banque mondiale intensifie son ancrage ouest-africain par une nomination stratégique et une reconnaissance diplomatique. Claude Owona Ekoto prend la tête des opérations de l'IFC auprès des institutions financières de la Cemac et de l'Uemoa, avec pour mission d'élargir l'accès au crédit pour les PME, les agriculteurs et les femmes entrepreneurs. Parallèlement, le président tchadien Mahamat Idriss Déby a élevé au rang de Commandeur de l'Ordre national la directrice générale des opérations Anna Bjerde et le vice-président pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre Ousmane Diagana, en marge du Forum africain de l'Eau. Ces deux événements, intervenus en juillet 2026, révèlent une stratégie de renforcement des liens institutionnels et opérationnels, alors que la région fait face à un déficit de financement privé et à des défis climatiques croissants.

Infographie — Institutions financières

Une nomination pour répondre au déficit de crédit

La nomination de Claude Owona Ekoto à la tête des opérations de l'IFC pour les zones Cemac et Uemoa n'est pas un simple mouvement de personnel. Forte de vingt ans d'expérience dans la banque commerciale et le financement du développement, notamment chez Société Générale au Burkina Faso et à HSBC, elle incarne la volonté de la Société financière internationale (IFC) d'accélérer l'accès au financement pour les petites et moyennes entreprises, les chaînes de valeur agricoles et les femmes entrepreneurs. Dans une région où le déficit de crédit reste un frein majeur à la croissance, cette arrivée intervient alors que la Banque mondiale multiplie les initiatives pour soutenir le secteur privé, en synergie avec les programmes de financement en devise locale évoqués en mai 2026 par la Banque mondiale elle-même.

Une reconnaissance politique qui scelle le partenariat

À N'Djaména, la décoration de quatre hauts responsables de la Banque mondiale par le président tchadien constitue un signal fort. Anna Bjerde, directrice générale des opérations, et Ousmane Diagana, vice-président pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre, ont été faits Commandeurs de l'Ordre national du Tchad. Cette distinction intervient dans le cadre du Forum africain de l'Eau, co-organisé avec le gouvernement tchadien, et témoigne de l'engagement de l'institution dans les priorités de développement du pays : sécurité hydrique, résilience climatique et mobilisation des investissements. Elle s'ajoute à une série de programmes déjà en cours, tels que le WAPP (West African Power Pool) qui a permis de construire plus de 4 000 kilomètres de lignes à haute tension, reliant les réseaux de 15 pays d'Afrique de l'Ouest.

Une stratégie cohérente à l'échelle régionale

Ces deux événements s'inscrivent dans une dynamique plus large. En mai 2026, la Banque mondiale avait annoncé son soutien au renforcement du financement en devise locale au sein de l'Uemoa, visant à stimuler la croissance du secteur privé et la création d'emplois. Par ailleurs, l'AFD, avec 5,5 milliards d'euros mobilisés en Afrique en 2024, et la BCEAO, avec plus de 40 595 milliards de francs CFA sous gestion, participent à un écosystème où la Banque mondiale cherche à jouer un rôle central. La nomination de Claude Owona Ekoto, qui maîtrise la structuration des investissements et les réglementations prudentielles africaines, vise à concrétiser cette ambition en rapprochant les instruments financiers internationaux des réalités locales.

Des défis persistants pour le financement privé

Malgré ces avancées, le déficit de crédit pour les entreprises locales demeure critique, en particulier dans les zones rurales et pour les femmes entrepreneurs. L'IFC, à travers son nouveau responsable, devra composer avec des contraintes de change, de gouvernance bancaire et de risque de crédit. La reconnaissance accordée à Ousmane Diagana et Anna Bjerde illustre toutefois la confiance politique dont bénéficie le Groupe de la Banque mondiale, atout non négligeable pour lever ces obstacles. Le Forum africain de l'Eau a également mis en lumière l'urgence climatique, qui pèse lourdement sur les ressources hydriques et les infrastructures, domaines où la Banque mondiale est un partenaire clé.

En deux temps – une nomination opérationnelle et une reconnaissance diplomatique – le Groupe de la Banque mondiale consolide sa présence en Afrique de l'Ouest et centrale, tout en élargissant son champ d'intervention au financement privé et à l'adaptation climatique. Ces mouvements révèlent une stratégie d'approfondissement des partenariats, où la visibilité politique et la compétence technique se renforcent mutuellement. Reste à savoir si ces engagements se traduiront par une réduction tangible du déficit de financement pour les PME et les agriculteurs, alors que la région fait face à une croissance démographique rapide et à des pressions environnementales inédites.