La directrice générale des opérations du Groupe de la Banque mondiale, Anna Bjerde, effectuera une visite officielle au Togo les 16 et 17 juillet 2026, dans le cadre d'une tournée régionale incluant aussi le Tchad et le Bénin. Cette mission intervient alors que l'Afrique de l'Ouest connaît une dynamique contrastée, entre achèvement de programmes d'ajustement (Ghana) et lancement de feuilles de route régionales (Lagos). La visite s'inscrit dans un partenariat renforcé, avec des financements qui dépassent désormais la simple aide budgétaire pour cibler des transformations structurelles.
Anna Bjerde au Togo : la Banque mondiale à l’épreuve des réformes régionales
Visite officielle les 16 et 17 juillet 2026 · Tournée régionale Tchad – Togo – Bénin · Feuille de route de Lagos (mai 2026)
« La visite d’Anna Bjerde intervient dans un contexte de réformes régionales accélérées, où la Banque mondiale aligne ses financements sur les priorités ouest-africaines — du port de Lomé aux corridors d’intégration. »
Une visite au cœur des priorités régionales
La tournée d'Anna Bjerde intervient moins de deux mois après la réunion de Lagos des 12 et 13 mai 2026, où dirigeants ouest-africains et centraux ont élaboré une feuille de route pour accélérer l'intégration économique. Ce calendrier n'est pas un hasard : la Banque mondiale, via son vice-président pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre Ousmane Diagana, entend aligner son appui sur les priorités régionales. Le Ghana vient de conclure la dernière revue de son programme FMI de 3 milliards USD, signe que les politiques de stabilisation portent leurs fruits, mais aussi que les besoins d'investissement restent immenses. Le Togo, de son côté, affiche une croissance soutenue grâce à des réformes macroéconomiques – resserrement monétaire, rationalisation des dépenses – saluées par les institutions de Bretton Woods.
Le port de Lomé, levier stratégique
Au cœur des discussions : le rôle du Port autonome de Lomé. Avec l'achèvement de 4 000 kilomètres de lignes à haute tension du West African Power Pool (WAPP) reliant 15 pays, la connectivité régionale s'améliore, mais les goulets d'étranglement logistiques persistent. Lomé, premier port en eau profonde de la région, ambitionne de devenir une plateforme multimodale pour les corridors économiques reliant le Sahel à l'océan. La Banque mondiale soutient cette vision à travers le Programme de gestion du littoral ouest-africain (WACA), qui vise à protéger les infrastructures côtières contre l'érosion et les impacts climatiques. L'enjeu est de taille : la résilience climatique conditionne la viabilité à long terme des investissements portuaires.
Une coopération qui se diversifie
Au-delà des infrastructures, la Banque mondiale finance des projets transformateurs comme le Projet de modernisation de l'agriculture au Togo (ProMAT, 108 millions d'euros). Dans le secteur de l'énergie, l'accès à l'électricité reste une priorité, avec des programmes ciblant les zones rurales. Mais l'innovation récente réside dans le renforcement du financement en devise locale. Comme l'indiquait la Banque mondiale en mai 2026, il s'agit de soutenir la croissance du secteur privé et la création d'emplois au sein de l'UEMOA. Cette approche réduit la dépendance aux devises fortes et ancre les projets dans les économies nationales.
Un modèle de coopération en devenir ?
La visite d'Anna Bjerde intervient dans un contexte où la Banque mondiale cherche à renforcer son rôle de partenaire de long terme, au-delà des cycles de prêt. Au Togo, cela se traduit par un dialogue resserré avec les autorités, le secteur privé et la société civile. L'enjeu est de montrer que les réformes structurelles – agricoles, énergétiques, numériques – peuvent créer des emplois et réduire la pauvreté, tout en renforçant la résilience climatique. Le pays pourrait ainsi servir de vitrine pour la nouvelle stratégie de l'institution en Afrique francophone.
Cette visite s'inscrit dans une tendance plus large de recentrage de la Banque mondiale sur des projets à fort impact régional, combinant infrastructures, climat et financement local. Le Togo, par sa position géographique et son dynamisme réformateur, cristallise les défis et les opportunités de l'intégration ouest-africaine. Reste à voir si cette coopération modèle pourra être dupliquée dans un contexte marqué par des fragilités sécuritaires et une volatilité économique persistante.