La Société financière internationale (IFC) a nommé Claude Owona Ekoto comme directrice régionale de l'industrie pour le Groupe des institutions financières (FIG), chargée de superviser l'Afrique centrale et l'Afrique de l'Ouest anglophone. Cette nomination intervient dans un contexte où le déficit de crédit pour les PME reste un défi majeur dans ces régions, et alors que l'Alliance des États du Sahel (AES) peine à stabiliser ses économies. L'experte de 20 ans de carrière, passée par Société Générale et HSBC, aura pour mission d'élargir l'accès au financement, notamment pour les agriculteurs et les femmes entrepreneures.

Infographie — Institutions financières

Claude Owona Ekoto, une Camerounaise au parcours bancaire solide, a été promue directrice régionale de l'industrie pour le Groupe des institutions financières (FIG) au sein de l'IFC, la branche privée du Groupe de la Banque mondiale. Basée à Libreville, elle supervisera la stratégie et les opérations de l'IFC auprès des institutions financières d'Afrique centrale et d'Afrique de l'Ouest anglophone. Cette nomination, annoncée le 17 août 2026, reflète une volonté de renforcer l'ancrage de l'institution dans des marchés où l'accès au crédit pour les petites et moyennes entreprises (PME) est particulièrement limité.

Le choix d'une experte ayant dirigé des filiales de banques commerciales au Burkina Faso et travaillé chez HSBC indique une approche pragmatique : l'IFC cherche à combiner expertise locale et standards internationaux pour stimuler le financement de l'économie réelle. Les priorités de sa mission — PME, chaînes de valeur agricoles et femmes entrepreneures — répondent à des besoins criants dans une région où le secteur informel domine et où les banques traditionnelles hésitent à prêter en raison des risques perçus.

Cette nomination s'inscrit dans un environnement régional complexe. Depuis mai 2026, les pays de l'Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) sont confrontés à une dégradation sécuritaire et à une augmentation de leur dette publique, comme l'a souligné le ministre nigérien de l'Économie, Laouali Abdou Rafa. Parallèlement, la Russie intensifie ses offensives diplomatiques dans la zone, préparant un sommet avec l'AES. Dans ce contexte, l'IFC semble privilégier un engagement dans les pays anglophones d'Afrique de l'Ouest (Ghana, Nigeria, Sierra Leone, Liberia) et d'Afrique centrale, perçus comme plus stables et potentiellement moins exposés aux tensions géopolitiques.

Un déficit de financement persistant

Selon les données de la Banque mondiale, le déficit de crédit pour les PME en Afrique subsaharienne dépasse 300 milliards de dollars. En Afrique de l'Ouest anglophone, le Nigeria, première économie de la région, souffre de pénuries de devises étrangères qui freinent l'investissement privé. Au Ghana, la crise de la dette a contraint les banques à réduire leurs prêts. L'IFC espère, via des lignes de crédit, des garanties et des conseils techniques, débloquer les financements en partenariat avec les institutions financières locales.

La nomination d'une figure féminine et expérimentée est également un signal fort pour l'égalité des genres dans les postes de direction des institutions financières internationales. Claude Owona Ekoto aura à cœur de promouvoir des outils financiers adaptés aux femmes entrepreneures, un segment souvent exclu du crédit formel.

Implications pour l'écosystème d'affaires

Pour les acteurs économiques ouest-africains, cette nomination pourrait signifier une meilleure allocation des ressources de l'IFC vers les secteurs productifs hors hydrocarbures. L'agriculture, qui emploie une majorité de la population active, pourrait bénéficier de chaînes de valeur mieux structurées. Cependant, l'absence de couverture de la zone francophone par cette directrice régionale pose la question de la stratégie de l'IFC vis-à-vis des pays de l'UEMOA, où la French Desk ou d'autres bureaux régionaux pourraient être renforcés.

Enfin, cette annonce intervient alors que les institutions de Bretton Woods cherchent à redéfinir leur rôle face à la concurrence de nouveaux bailleurs (Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures, fonds souverains du Golfe). L'IFC mise sur une approche ciblée, par région linguistique, pour maximiser son impact.

Cette nomination de Claude Owona Ekoto illustre une tendance plus large de régionalisation et de spécialisation des interventions de la Banque mondiale en Afrique. Alors que les défis sécuritaires et de dette fragilisent le Sahel francophone, l'IFC semble concentrer ses efforts sur les marchés anglophones, où les opportunités de financement privé sont moins entravées par les crises politiques. Reste à savoir si cette stratégie permettra de réduire durablement le déficit de crédit pour les PME, ou si elle creusera l'écart de financement entre les deux espaces linguistiques de l'Afrique de l'Ouest.