La Banque algérienne au Sénégal (ABS), filiale du groupe public algérien BNA, prévoit d'ouvrir une succursale à Niamey dans les prochains mois, puis en Côte d'Ivoire. Implantée à Dakar depuis fin 2023, elle accélère son maillage ouest-africain au moment où le Sénégal et la Mauritanie entrent en production pétrolière et gazière. Ce déploiement illustre une dynamique plus large de rapprochement financier entre l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne.

Infographie — Institutions financières

Un calendrier qui n’a rien d’un hasard

L’annonce, faite le 10 mai 2026 par le directeur général Abdelhafid Haned, intervient alors que le Sénégal vient d’enregistrer un excédent commercial historique de 183,8 milliards FCFA en mars, porté par les premières exportations de pétrole de Sangomar. Le projet gazier GTA, entre le Sénégal et la Mauritanie, dépasse les attentes avec 8 à 9 cargaisons prévues en 2026. L’ABS, en ouvrant une antenne à Niamey, mise sur la circulation des capitaux générés par ces nouvelles richesses et sur les besoins de financement des acteurs locaux.

Un corridor financier en gestation

Niger et Côte d’Ivoire sont des hubs stratégiques : le premier comme porte d’entrée de la zone sahélo-saharienne, la seconde comme place financière régionale. En s’y implantant, l’ABS crée des ponts avec son réseau algérien, facilitant les échanges commerciaux entre l’Algérie (premier exportateur de gaz en Afrique) et les économies ouest-africaines. Cette stratégie répond aussi aux appels de l’Union africaine à renforcer l’intégration financière intra-africaine, alors que les banques marocaines sont déjà très présentes dans la zone UEMOA.

Les enjeux de la concurrence bancaire

L’arrivée de l’ABS ne se fait pas dans un vide. Au Sénégal, le secteur bancaire compte déjà une vingtaine d’établissements, dominés par les groupes marocains (Attijariwafa, BCP, BMCE) et locaux (SGBS, BHS). La niche de l’ABS pourrait être le financement des projets énergétiques et des PME exportatrices, en synergie avec les entreprises algériennes présentes dans la région. Sa succursale nigérienne pourrait capter les flux liés à l’exploitation de l’uranium et aux projets hydrauliques.

Une dynamique Nord-Sud qui s’affirme

Cette expansion s’inscrit dans un mouvement plus large : depuis 2020, plusieurs banques nord-africaines (libyennes, tunisiennes, égyptiennes) renforcent leur présence en Afrique de l’Ouest. Le FMI et la Banque mondiale encouragent ces initiatives pour diversifier les intermédiaires financiers et réduire la dépendance aux devises étrangères. Pour l’Algérie, dont l’économie cherche à s’extraire de la rente pétrolière, le positionnement en Afrique de l’Ouest offre un relais de croissance.

Un test pour la régulation régionale

L’ouverture de succursales pose la question de la supervision prudentielle par la BCEAO. La banque centrale doit veiller à ce que ces nouveaux acteurs respectent les ratios de solvabilité et ne fragilisent pas le système. L’ABS, filiale d’une banque publique algérienne, bénéficie d’un soutien étatique qui peut rassurer, mais aussi susciter des craintes de concurrence déloyale. Le pari est que la transparence et le respect des normes permettront une intégration harmonieuse.

Alors que le pétrole et le gaz transforment les équilibres macroéconomiques ouest-africains, l’arrivée de banques nord-africaines comme l’ABS signale une recomposition des circuits financiers régionaux. Reste à savoir si ce mouvement annonce une véritable intégration bancaire panafricaine ou s’il se limitera à quelques corridors énergétiques.