Le Xinjiang Production and Construction Corps (XPCC), entité militaro-économique chinoise, multiplie les visites diplomatiques en Afrique de l'Ouest depuis 2023. Ses récentes missions en Côte d'Ivoire, en Algérie et au Maroc, ainsi que les échanges avec le Mali et le Niger, signalent un renforcement de la coopération sino-africaine au-delà des secteurs traditionnels. Alors que la région ouest-africaine cherche à accroître sa souveraineté sur ses ressources extractives, ces contacts posent la question du rôle du XPCC dans le secteur minier aurifère.

Infographie — Or · Production

Depuis les années 1960, le Xinjiang Production and Construction Corps (XPCC) est un acteur discret de la coopération chinoise en Afrique, initialement impliqué dans des fermes d'État en Tanzanie et en Somalie. Aujourd'hui, cette entité hybride — à la fois entreprise, administration et milice — diversifie ses engagements. Entre 2023 et 2026, pas moins de 18 délégations du XPCC se sont rendues dans des pays africains, dont plusieurs en Afrique de l'Ouest. En octobre 2025, une mission de haut niveau a visité l'Algérie et le Maroc; en juin 2026, une autre s'est rendue en Côte d'Ivoire et en Angola. Parallèlement, des responsables nigériens et maliens ont été reçus au Xinjiang.

Une diplomatie économique aux ramifications multiples

Ces échanges s'inscrivent dans le cadre de l'initiative chinoise "la Ceinture et la Route" (BRI), mais leur portée dépasse les infrastructures classiques. Le XPCC dispose de compétences dans l'agriculture, la construction, la logistique et, depuis quelques années, dans l'exploitation minière. En Afrique de l'Ouest, où l'or est un pilier des économies malienne, burkinabè et guinéenne, la présence du XPCC pourrait faciliter l'accès des entreprises chinoises aux concessions aurifères. La tentative d'acquisition du canadien Cardinal Resources par Zijin Gold, évaluée à 4 milliards de dollars, illustre l'appétit chinois pour les mines de la région, malgré les risques géopolitiques évoqués par les autorités chinoises.

Le calendrier de ces visites coïncide avec une période de recomposition des alliances en Afrique de l'Ouest. Depuis les coups d'État au Mali (2020, 2021), au Burkina Faso (2022) et au Niger (2023), les juntes militaires ont révisé les contrats miniers, renégocié les parts des États et expulsé certaines entreprises françaises. Dans ce contexte, la Chine apparaît comme un partenaire alternatif, moins conditionnel sur les questions démocratiques. Le XPCC, en tant qu'instrument de la politique étrangère chinoise, offre une voie discrète mais efficace pour nouer des relations de long terme, loin des projecteurs.

Souveraineté et dépendance : un équilibre délicat

Pour les États ouest-africains, l'enjeu est double. D'un côté, attirer les investissements chinois permet d'augmenter les revenus miniers et de diversifier les partenaires, renforçant ainsi la souveraineté vis-à-vis des anciennes puissances coloniales. De l'autre, la dépendance à l'égard de la Chine — seul bailleur capable de financer de grands projets sans condition politique — peut créer une nouvelle forme d'asymétrie. Le XPCC, en particulier, entretient des liens étroits avec l'armée chinoise et le Parti communiste, ce qui soulève des questions sur le contrôle local des ressources.

L'évolution récente montre une accélération des échanges : entre 2024 et 2025, les visites se sont intensifiées, avec des délégations africaines au Xinjiang et inversement. Cette dynamique s'explique par la volonté chinoise de sécuriser ses approvisionnements en matières premières, notamment l'or, dont la demande ne cesse de croître. Parallèlement, les pays africains cherchent à maximiser la valeur ajoutée locale, comme le montre l'initiative burkinabè de fabriquer des compteurs d'eau sur place, un secteur où le XPCC pourrait apporter son expertise industrielle.

La coopération ne se limite pas au minier. Les discussions portent également sur l'agriculture, l'énergie et les infrastructures. En Côte d'Ivoire, la visite de juin 2026 a probablement abordé des projets de construction et de transformation agricole, tandis qu'au Niger, les échanges de 2024 avec le ministre de la Défense suggèrent un volet sécuritaire. Cette approche globale, typique du XPCC, permet à la Chine de pénétrer plusieurs secteurs simultanément, créant des dépendances croisées qui consolident son influence.

Les allers-retours diplomatiques du XPCC en Afrique de l'Ouest ne sont pas un phénomène isolé ; ils s'inscrivent dans une stratégie chinoise plus large de déploiement d'acteurs non étatiques pour sécuriser les ressources et les marchés. Pour les pays aurifères de la région, la question reste de savoir comment tirer parti de ces partenariats sans hypothéquer leur souveraineté industrielle. La réponse se jouera dans les détails des contrats et dans la capacité des États à construire des contre-pouvoirs, qu'ils soient juridiques, fiscaux ou technologiques.