La production aurifère en Afrique de l’Ouest confirme sa dynamique haussière, portée par des cours élevés et l’arrivée de nouveaux projets. Mais ce boom révèle les fragilités des États face à la captation des revenus et aux rivalités entre acteurs étrangers. Entre volonté de contrôle local et dépendance aux circuits mondiaux, la région cherche une voie pour transformer l’or en levier de développement.
Or ouest-africain : souveraineté & essor
Production record, tensions sur la valeur ajoutée, dépendance aux circuits mondiaux — la région cherche son chemin.
Premier producteur du continent africain, le Ghana confirme son rang avec une production qui dépasse les 140 tonnes en 2025, portée par des cours élevés (>2 000 $ l’once).
Ghana, Burkina Faso, Mali, Côte d’Ivoire multiplient les permis. La hausse du cours de l’once accélère les investissements, notamment de juniors canadiennes et australiennes.
Les États veulent accroître leur part dans les revenus miniers. La captation des bénéfices reste un point de friction avec les opérateurs privés étrangers.
Banques centrales africaines (Ghana, Nigeria) augmentent leurs réserves d’or. Mais la dépendance aux chaînes d’approvisionnement mondiales et à la demande chinoise/indienne reste forte.
Ghana — indicateurs macro (contexte souveraineté)
8,2 %
du PIB (Banque mondiale)-1,3 %
du PIB (FMI)48,8 %
du PIB (FMI)14,2 %
(FMI)Ces chiffres éclairent la marge de manœuvre budgétaire du Ghana pour négocier une part accrue de la valeur aurifère.
Corridor aurifère ouest-africain
Les gisements s’étendent du Mali au Ghana. Les juniors canadiennes et australiennes opèrent sur plusieurs sites, tandis que les banques centrales de la région (Ghana, Nigeria) constituent des réserves.
Le dilemme ouest-africain
Volonté de contrôle local
Les États veulent accroître leur part dans la valeur ajoutée et sécuriser les retombées fiscales.
Dépendance aux circuits mondiaux
Investissements étrangers, cours mondiaux, demande chinoise et indienne — la région reste insérée dans des chaînes qu’elle ne maîtrise pas.
La pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine ont renforcé l’attrait des gisements ouest-africains, mais aussi la nécessité de transformer l’or en levier de développement durable.
Depuis plusieurs années, l’Afrique de l’Ouest s’affirme comme un pôle majeur de l’or mondial. Le Ghana, premier producteur du continent, voisin du Burkina Faso, du Mali et de la Côte d’Ivoire, a vu sa production dépasser les 140 tonnes en 2025, tandis que les pays du Sahel multiplient les permis d’exploitation. La hausse continue du cours de l’once, au-delà de 2 000 dollars, accélère les investissements, notamment de juniors canadiennes et australiennes. Pourtant, cette manne suscite des tensions croissantes entre opérateurs privés et États, soucieux d’accroître leur part dans la valeur ajoutée.
Un contexte de recomposition des chaînes de valeur
La pandémie de Covid-19 puis la guerre en Ukraine ont perturbé les approvisionnements mondiaux, renforçant l’attrait des gisements ouest-africains. Parallèlement, la demande chinoise et indienne reste forte, tandis que les banques centrales africaines, à l’image du Ghana ou du Nigeria, ont accru leurs réserves d’or pour diversifier leurs actifs face à la volatilité des monnaies. Cette tendance pousse les gouvernements à réviser leurs codes miniers, imposant des participations locales, des taxes sur les superprofits ou des obligations de raffinage sur place. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont ainsi renforcé leur cadre réglementaire ces dernières années.
Souveraineté énergétique et revenus miniers : un lien à double sens
Si l’or n’alimente pas directement la souveraineté énergétique, les recettes qu’il génère financent les importations de carburant et les investissements dans les énergies renouvelables. Au Sénégal et en Côte d’Ivoire, les revenus miniers contribuent au budget national, mais leur volatilité expose à des chocs. La question de la transformation locale – fonderies, raffinage – devient cruciale pour capter davantage de valeur avant l’exportation. Cependant, les coûts énergétiques élevés et les infrastructures défaillantes freinent cette ambition, créant un cercle vicieux où le secteur minier reste dépendant de l’extérieur.
Géopolitique des ressources : rivalités et coopérations régionales
Les acteurs chinois, russe et occidentaux se disputent concessions et contrats de commercialisation. La Russie, via des sociétés comme Nordgold, est très présente au Burkina Faso et en Guinée. La Chine finance des infrastructures en échange d’accès aux mines. Parallèlement, l’Union européenne tente de sécuriser ses approvisionnements en matières premières critiques, incluant l’or. Ces rivalités s’inscrivent dans un contexte de recomposition des alliances régionales, où des pays comme le Mali se tournent vers Moscou, tandis que d’autres restent dans l’orbite de Paris ou Washington. La création d’une bourse régionale des métaux précieux au sein de l’UEMOA est discutée pour renforcer le pouvoir de négociation des États.
Un défi de transparence et de gouvernance
Malgré les progrès législatifs, la fraude et la contrebande d’or restent endémiques. Selon des estimations non officielles, une part significative de la production artisanale échappe aux circuits légaux, privant les États de recettes fiscales et favorisant le financement de groupes armés. Les initiatives comme l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) peinent à endiguer le phénomène. La digitalisation des chaînes d’approvisionnement, expérimentée au Ghana, pourrait offrir une piste, mais son déploiement régional est lent.
Vers une intégration régionale du secteur aurifère ?
Le projet de zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre des perspectives de commerce intra-régional de l’or raffiné, mais les obstacles restent nombreux : normes hétérogènes, fiscalités concurrentes, et manque d’harmonie des politiques minières. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) étudie un mécanisme de cotation de l’or pour faciliter les transactions en franc CFA. Ce serait un pas vers une plus grande autonomie monétaire, mais les déséquilibres entre pays producteurs et non producteurs compliquent l’adoption.
L’essor aurifère ouest-africain illustre les contradictions d’une région riche en ressources mais vulnérable aux chocs extérieurs. La capacité des États à négocier des contrats équilibrés, à lutter contre la fraude et à investir les revenus dans des secteurs porteurs déterminera si l’or devient un levier de développement durable ou un nouveau facteur de dépendance.
Au-delà de la simple production, l’or ouest-africain cristallise les défis de la gouvernance des ressources en Afrique. La région est à un carrefour : soit elle parvient à bâtir des institutions capables de capter et redistribuer équitablement la rente minière, soit elle reproduit le schéma d’une extraction prédatrice sans retombées locales. Les prochains mois seront décisifs, avec la mise en œuvre des nouveaux codes miniers et les négociations sur la future régulation régionale.