Alors que la compagnie chinoise Zijin prépare l'extension de sa mine de cuivre en Serbie, impliquant le détournement d'une rivière, les pays ouest-africains producteurs d'or regardent ces pratiques avec attention. Entre promesses de revenus miniers et risques environnementaux, la question de la souveraineté se pose dans une région marquée par l'instabilité sécuritaire et la quête de contrôle des ressources. Les récents événements au Mali — frappes aériennes, accident minier, discussions avec l'IFC — rappellent que le développement minier reste tributaire d'un contexte sécuritaire fragile.
Expansion minière chinoise : la souveraineté ouest-africaine en question
Alors que Zijin prépare le détournement d’une rivière en Serbie, les pays ouest-africains producteurs d’or observent. Entre promesses de revenus et risques environnementaux, la fragilité sécuritaire du Mali, du Burkina Faso et de la Guinée ravive le débat sur le contrôle des ressources.
- • 9,9 millions de tonnes de minerai extraites par an
- • 407 millions de tonnes de stériles produits
- • Détournement de la rivière Mali Pek
- • Cadres réglementaires moins contraignants
- • Capacités de contrôle limitées
- • Contexte sécuritaire fragile
Les promesses de recettes minières entrent en conflit avec des paysages radicalement modifiés et des résidus massifs (407 Mt de stériles).
Les capacités d’inspection et de régulation restent faibles face à des groupes capables de déplacer une rivière.
Frappes aériennes, accidents miniers, discussions avec l’IFC : le développement minier reste tributaire d’un contexte sécuritaire fragile.
Mali · Burkina Faso · Guinée — L’or représente une part significative des exportations. Les récents événements maliens (frappes, accident, discussions avec l’IFC) illustrent la fragilité du secteur.
L'annonce par le groupe chinois Zijin de l'expansion de sa mine de cuivre à Majdanpek, en Serbie, avec le déplacement du lit de la rivière Mali Pek, n'est pas un fait isolé. Ce projet, qui prévoit l'extraction de 9,9 millions de tonnes de minerai par an sur 13 ans, illustre l'appétit des firmes chinoises pour les ressources minérales mondiales. En Afrique de l'Ouest, où l'or constitue une part significative des exportations du Burkina Faso, du Mali et de la Guinée, ces mêmes acteurs sont de plus en plus présents, bien que de manière moins spectaculaire que dans le cuivre serbe.
Le cas serbe sert de révélateur des méthodes employées : modification radicale du paysage, proximité des habitations, production massive de résidus (407 millions de tonnes de stériles). Ces éléments interrogent directement les pays ouest-africains, où les cadres réglementaires environnementaux sont souvent moins contraignants et les capacités de contrôle limitées. Les communautés locales, déjà éprouvées par les conflits et la pauvreté, pourraient subir des impacts similaires si des projets d'une telle envergure venaient à se concrétiser dans la région.
Contexte sécuritaire et dynamiques minières
En mai 2026, plusieurs événements ont marqué le Mali : des frappes aériennes à Kidal, un accident mortel lié à une mine artisanale dans la forêt du Baoulé, et une rencontre entre le ministre de l'Agriculture et l'IFC pour prioriser le financement agricole. Ce dernier point souligne la nécessité de diversifier l'économie, mais aussi la dépendance persistante aux revenus miniers. L'explosion de la mine artisanale rappelle les risques humains et sécuritaires qui entourent l'exploitation aurifère, qu'elle soit industrielle ou informelle. Les groupes djihadistes, profitant de l'absence de l'État, tirent parti de l'économie de l'or, ce qui complique l'attraction d'investisseurs étrangers.
Quelle souveraineté sur les ressources ?
L'entrée de compagnies chinoises dans le secteur aurifère ouest-africain peut sembler attractive : capitaux abondants, absence de conditionnalités politiques, construction d'infrastructures. Mais elle pose la question du contrôle effectif des ressources et des retombées pour les États. En Serbie, le projet de Zijin a été autorisé malgré les préoccupations environnementales, dans un contexte de dépendance aux investissements chinois. En Afrique de l'Ouest, où le poids de la Chine ne cesse de croître, les gouvernements doivent concilier attrait des investissements et préservation de leur capacité à imposer des normes.
Le projet serbe montre que les entreprises chinoises n'hésitent pas à modifier profondément l'environnement pour maximiser l'extraction. Transposé à l'or ouest-africain, cela pourrait signifier une accélération des concessions, parfois au détriment des populations locales. Les discussions de l'IFC avec le Mali sur le financement agricole indiquent une prise de conscience de la nécessité de développer d'autres secteurs, mais la tentation minière reste forte.
Évolution temporelle et perspectives
Depuis les alertes de mai 2026, la situation sécuritaire au Mali n'a pas connu d'amélioration notable. Les frappes à Kidal et l'accident du Baoulé illustrent une instabilité persistante qui peut freiner les grands projets miniers. Cependant, la Chine, moins sensible aux risques sécuritaires que les occidentaux, pourrait y voir une opportunité. L'expansion de Zijin en Serbie, malgré les obstacles environnementaux, démontre sa capacité à mener des projets complexes. Pour les États ouest-africains, le défi sera de négocier des contrats qui préservent leurs intérêts à long terme, au-delà des apports immédiats.
Le projet serbe de Zijin, avec son détournement de rivière et ses 407 millions de tonnes de résidus, n'est pas seulement une affaire locale. Il préfigure ce que pourrait être l'exploitation minière chinoise en Afrique de l'Ouest si les garde-fous ne sont pas renforcés. La région, déjà aux prises avec l'insécurité et la fragilité institutionnelle, doit trouver un équilibre entre l'urgence des revenus et la souveraineté sur ses ressources. Les prochains mois diront si les gouvernements sauront tirer les leçons des précédents internationaux.