Le 8 juin 2026, l’AIEA a adopté une résolution exigeant l’arrêt de l’enrichissement d’uranium iranien. Le Niger figure parmi les seuls trois États à voter contre, aux côtés de la Russie et de la Chine. Ce vote inédit éclaire les nouvelles alliances du pays sahélien et les fragilités de son industrie uranifère, entre reports de projets et contestations locales.

Infographie — Uranium · Niger

Un alignement assumé avec les puissances rivales

En s’opposant à la résolution déposée par les États-Unis et soutenue par 21 nations, le Niger a pris position dans un dossier qui dépasse largement le cadre du nucléaire iranien. Ce vote intervient dans un contexte de rupture accélérée avec les partenaires occidentaux traditionnels. Depuis le coup d’État de juillet 2023, Niamey a multiplié les signaux de rapprochement avec Moscou et Pékin, notamment via la sécurité (déploiement de mercenaires russes) et les infrastructures (contrats miniers chinois). L’alignement avec la Russie et la Chine à l’AIEA confirme ce basculement géopolitique.

Une filière minière sous tension

Ce vote intervient alors que le secteur uranifère nigérien traverse une phase critique. Le projet Dasa, porté par la canadienne Global Atomic, a vu ses premières livraisons repoussées à 2028, tandis que la mine historique d’Arlit, exploitée par Orano (ex-Areva), voit sa production décliner. Parallèlement, des manifestations ont eu lieu à Tillabéri en mai 2026, traduisant un mécontentement social autour des retombées locales de l’exploitation minière. Dans ce climat, le gouvernement de transition cherche à renégocier les contrats pour augmenter sa part des revenus, et le vote à l’AIEA peut être interprété comme un moyen de pression diplomatique.

Les enjeux de la souveraineté énergétique

En votant contre la résolution, Niamey envoie un message clair : il refuse de se plier aux injonctions occidentales sur la non-prolifération, alors même que son propre uranium alimente des réacteurs civils à travers le monde. Le Niger est le septième producteur mondial d’uranium, et la quasi-totalité de sa production est exportée. Or, la demande mondiale d’uranium pourrait augmenter avec la relance du nucléaire civil dans plusieurs pays, offrant au Niger une opportunité de diversification de ses débouchés. Mais cette stratégie nécessite de maintenir des partenariats techniques et financiers, que le pays risque de perdre en s’isolant.

Les conséquences régionales et commerciales

Ce vote pourrait également affecter les relations du Niger avec ses voisins ouest-africains. Le Mali et le Burkina Faso, également dirigés par des juntes militaires, observent avec attention la manœuvre nigérienne. Une alliance régionale autour de positions anti-occidentales sur des enjeux clés comme le nucléaire pourrait émerger. Toutefois, cela compliquerait les discussions avec l’Union européenne et les États-Unis sur les financements climatiques ou les infrastructures. Sur le plan commercial, les entreprises occidentales du secteur minier (Orano, Global Atomic) pourraient être incitées à accélérer leur retrait, comme cela a été observé avec la nationalisation des actifs d’Orano en 2024.

Une lecture multiple du geste diplomatique

Si certains analystes y voient une affirmation de souveraineté, d’autres soulignent le risque d’un alignement systématique sur les positions russes et chinoises, sans contrepartie claire. Le Niger n’a pas de programme nucléaire civil avancé, contrairement à l’Iran, et son opposition à la résolution ne lui apporte pas de bénéfice immédiat. Elle renforce en revanche son image de pays non aligné, prêt à défier l’ordre nucléaire international. Reste à savoir si ce pari diplomatique portera ses fruits sur le plan économique, alors que le pays attend toujours l’exploitation de ses gisements d’uranium et de pétrole.

Un tournant pour la gouvernance des ressources

Au-delà du cas iranien, ce vote illustre une tendance lourde dans les pays ouest-africains producteurs de matières premières : la remise en cause des mécanismes multilatéraux occidentaux au profit de relations bilatérales avec de nouvelles puissances. Le Niger, comme d’autres, cherche à monnayer ses ressources contre un soutien politique et sécuritaire. La question de la transparence des contrats et de la redistribution des bénéfices reste entière, comme en témoignent les manifestations de Tillabéri.

Ce vote à l’AIEA n’est que le dernier épisode d’une recomposition plus large des alliances dans le Sahel. Il interroge la capacité du Niger à conjuguer souveraineté nationale et attractivité pour les investisseurs étrangers. Dans un contexte où les cours de l’uranium sont portés par la renaissance du nucléaire, Niamey joue une carte risquée : celle de l’autonomie diplomatique. L’avenir dira si ce pari permettra au pays de transformer ses ressources en levier de développement durable, ou s’il accentuera son isolement.