Le 26 mai 2026, le Conseil des gouverneurs de l’AIEA a adopté une résolution exigeant que l’Iran déclare ses stocks d’uranium enrichi et ouvre ses sites aux inspecteurs. Parmi les trois seuls pays à avoir voté contre figure le Niger, aux côtés de la Russie et de la Chine. Un geste diplomatique lourd de sens pour un État sahélien dont l’économie et la souveraineté énergétique dépendent largement de l’exploitation de l’uranium.

Infographie — Uranium · Niger

Le vote du Niger à l’AIEA marque une rupture nette avec la position des puissances occidentales, traditionnellement influence majeure dans le secteur extractif nigérien. En s’opposant à une résolution portée par les États-Unis et leurs alliés, Niamey affiche un alignement stratégique avec Moscou et Pékin, ses nouveaux partenaires sécuritaires et économiques depuis le départ des forces françaises en 2023-2024.

Ce positionnement n’est pas anodin. Le Niger est le septième producteur mondial d’uranium, avec des réserves parmi les plus importantes d’Afrique. L’uranium nigérien alimente historiquement le parc nucléaire français via Orano (ex-Areva), mais la donne est en train de changer. Depuis le coup d’État de juillet 2023, les autorités de transition ont multiplié les signaux d’ouverture vers la Russie, notamment dans le domaine minier. En mars 2025, un mémorandum d’entente avec Rosatom avait déjà été évoqué pour l’exploration et l’exploitation de nouveaux gisements.

Le contexte interne nigérien renforce cette lecture. Le 14 mai 2026, une importante marche à Tillabéri, organisée par les Forces vives de la région du fleuve, a dénoncé la gestion des ressources naturelles et exigé une meilleure redistribution des revenus miniers. Parallèlement, le projet Dasa de la société canadienne Global Atomic, censé faire du Niger un acteur majeur de l’uranium, a vu ses premières livraisons repoussées à 2028, un énième retard qui fragilise la crédibilité des partenaires occidentaux.

Sur le fond, le vote du Niger s’inscrit dans une dynamique plus large de contestation de l’ordre nucléaire mondial. En prenant fait et cause pour Téhéran, Niamey ne se contente pas de suivre Moscou : il défend aussi une conception de la souveraineté nationale où chaque État dispose du droit de développer un cycle du combustible sans ingérence extérieure. Cette position fait écho aux revendications de nombreux pays africains, qui voient dans les résolutions de l’AIEA un outil de pression des grandes puissances.

Les implications économiques sont immédiates. Si le Niger s’éloigne des standards de transparence exigés par l’AIEA, ses revenus issus de l’uranium pourraient être menacés par des sanctions ou une désaffection des investisseurs occidentaux. À l’inverse, un rapprochement avec la Russie et la Chine ouvre des perspectives de financement et de marchés alternatifs. La Chine, premier consommateur d’uranium au monde pour ses centrales nucléaires, pourrait devenir un débouché majeur, tandis que la Russie propose des technologies d’enrichissement.

Cette recomposition des alliances n’est pas sans risque. Le vote contre la résolution iranienne pourrait isoler le Niger au sein des instances internationales, tandis que les retards du projet Dasa et les tensions locales à Tillabéri soulignent les fragilités structurelles du secteur extractif nigérien. La question centrale reste la capacité du Niger à transformer ses richesses minières en développement durable, sans dépendre d’un seul partenaire.

Une souveraineté à l’épreuve des faits

Au-delà du vote à l’AIEA, c’est tout le modèle économique du Niger post-transition qui est en jeu. Le pays mise sur l’uranium pour financer son développement, mais doit composer avec des partenaires exigeants et des populations qui réclament des comptes. Le choix de s’aligner sur la Russie et la Chine est un pari sur l’avenir, mais il pourrait aussi accélérer les tensions internes si les retombées économiques tardent à se concrétiser.

Le vote du Niger à l’AIEA illustre une tendance de fond : les petits producteurs de matières premières cherchent à briser l’emprise des anciennes puissances coloniales et à diversifier leurs alliances. Dans le secteur de l’uranium, cette quête de souveraineté pourrait redessiner la carte des flux mondiaux, mais elle expose aussi les États africains à de nouvelles dépendances. L’équilibre entre indépendance diplomatique et stabilité économique reste à trouver.