Le Conseil des ministres du Niger a attribué, le 4 septembre 2026, les permis d'exploitation des gisements d'uranium d'In Azaoua et de Madaouela I à des entreprises contrôlées par l'État ou à capitaux locaux. Cette décision, qui intervient trois ans après le coup d'État de 2023, entérine le transfert de la rente uranifère, auparavant détenue par le français Orano et le canadien GoviEx, vers des entités nationales. Elle s'inscrit dans une dynamique plus large de souveraineté sur les ressources naturelles qui redessine les relations entre l'Afrique de l'Ouest et les anciennes puissances coloniales.

Infographie — Uranium · Niger

Le 4 septembre 2026, le Niger a franchi une étape décisive dans sa politique de souveraineté minière. Le Conseil des ministres a officiellement attribué le permis de grande exploitation d'In Azaoua à la toute nouvelle Tsumco SA, une entité publique créée après la nationalisation de la SOMAIR, et celui de Madaouela I à la filiale locale d'Atomic Eagle, dont l'État détient 40 % du capital. Ces deux gisements, jadis détenus par Orano et GoviEx, étaient au cœur d'un contentieux juridique qui opposait les compagnies internationales au régime de Niamey depuis la révocation de leurs licences. En confiant ces actifs à des opérateurs nationaux, le Niger ne se contente pas de remplacer des acteurs étrangers : il réorganise la chaîne de valeur de l'uranium sous contrôle étatique, avec l'objectif affiché d'en capter une plus grande part de la rente.

Cette décision s'inscrit dans un mouvement plus vaste observé dans la sous-région. Depuis le coup d'État de 2023, le Niger, comme le Mali et le Burkina Faso, a multiplié les signes de rupture avec les partenaires traditionnels, qu'ils soient français ou ouest-africains. La création de Tsumco SA, qui reprend les actifs de la SOMAIR, rappelle la dynamique à l'œuvre dans le secteur pétrolier et gazier avec le projet GTA Sénégal Mauritanie, où les États ont imposé des conditions plus strictes aux opérateurs internationaux, ou encore dans le pétrole Sénégal Sangomar production 4 septembre 2026, où la production locale est devenue un levier de négociation. Dans ce contexte, l'uranium nigérien apparaît comme un test grandeur nature de la capacité des États sahéliens à gérer des ressources stratégiques sans tutelle étrangère.

Au-delà de la simple réattribution, ce sont les modalités financières qui retiennent l'attention. Atomic Eagle, la société australienne retenue pour Madaouela I, s'est engagée à verser un paiement initial de 10 millions de dollars à l'État, une somme qui pourrait servir de référence pour les futurs contrats miniers. Ce montant, bien que modeste au regard des investissements nécessaires, témoigne d'un rapport de force renversé : les compagnies internationales, qui pendant des décennies ont négocié des conditions avantageuses, doivent désormais composer avec des États plus exigeants. Les données d'Industrial Info Resources font état de quatre projets uranifères au Niger représentant un investissement total de 544 millions de dollars, un chiffre qui illustre l'ampleur des enjeux économiques pour un pays parmi les plus pauvres du monde.

Cette évolution n'est pas sans risques. La révocation des licences d'Orano et de GoviEx a conduit ces groupes à engager des procédures d'arbitrage international, dont l'issue pourrait peser sur l'attractivité du pays. Les nouveaux opérateurs, souvent moins expérimentés, devront faire face à des défis techniques et financiers considérables pour maintenir la production, qui avait chuté après le départ des compagnies historiques. Par ailleurs, la question de l'écoulement de la production se pose : l'uranium nigérien, historiquement destiné aux centrales françaises, devra trouver de nouveaux débouchés, peut-être vers la Russie ou la Chine, qui ont déjà renforcé leur présence diplomatique dans la région, comme en témoigne l'accord de coopération annoncé entre Moscou et la CEDEAO en août 2026.

Le Niger n'est pas isolé dans cette quête de souveraineté. Au Mali et au Burkina Faso, les gouvernements militaires ont également durci les conditions d'exploitation des mines d'or, tout en luttant contre l'orpaillage illégal Burkina Faso Mali, un phénomène qui prive les États de revenus substantiels. La décision nigérienne s'inscrit dans une tendance régionale où la ressource minière devient un instrument de légitimation politique et de affirmation nationale. Pour les investisseurs, le signal est clair : les modèles économiques fondés sur des concessions de long terme au profit de groupes étrangers sont révolus, au profit de partenariats où l'État détient une participation majoritaire ou des mécanismes de contrôle renforcés.

L'évolution depuis les premiers signes de rupture en 2023 est frappante. En trois ans, le Niger est passé d'une contestation des accords coloniaux à une refonte juridique complète de son secteur minier. La création de Tsumco SA, qui reprend l'infrastructure de la SOMAIR, et l'attribution du permis d'In Azaoua, l'un des plus grands gisements d'uranium au monde, montrent que le gouvernement ne se contente pas de discours : il construit des instruments concrets pour gérer cette richesse. Cette approche pragmatique, qui s'appuie sur des entreprises nationales et des partenaires secondaires comme Atomic Eagle, pourrait inspirer d'autres pays de la région, où les ressources naturelles sont souvent perçues comme un héritage à préserver plutôt qu'un actif à céder.

Alors que le Niger verrouille son secteur de l'uranium, une question demeure : cette souveraineté retrouvée saura-t-elle se traduire en bénéfices tangibles pour les populations, ou se heurtera-t-elle aux réalités du marché mondial et aux contentieux juridiques ? La réponse dépendra de la capacité des nouveaux opérateurs à maintenir la production et à attirer des financements, dans un contexte où la demande mondiale pour l'uranium est en hausse, portée par la relance du nucléaire civil. Le Niger, en prenant le contrôle de ses ressources, écrit une nouvelle page de son histoire économique, dont les conséquences dépasseront largement ses frontières.