Niamey et le groupe australien Atomic Eagle tentent de définir les contours d’une nouvelle convention minière pour relancer le projet d’uranium Madaouela, gelé depuis la révocation du permis de GoviEx en juillet 2024. Ces discussions, qui se sont intensifiées en juin 2026, interviennent alors que la production uranifère nigérienne s’effondre et que les relations avec l’opérateur historique Orano restent bloquées. Le dossier illustre les choix délicats entre affirmation de souveraineté et impératifs économiques.

Infographie — Uranium · Niger

Le 15 juin 2026, une délégation d’Atomic Eagle, nouvelle maison mère de l’ex-GoviEx, a été reçue au ministère nigérien des Mines pour une semaine de négociations. L’objectif : rédiger une convention minière permettant le redémarrage de Madaouela, un gisement d’uranium situé dans la région d’Arlit. Les discussions sont encore non contraignantes, mais traduisent une volonté réciproque de sortir par le haut du contentieux ouvert en 2024.

Les étapes d’une rupture et d’une réconciliation sous conditions

En juillet 2024, le Niger avait retiré à GoviEx le permis d’exploitation de Madaouela, attribué depuis 2015, en invoquant des manquements aux obligations du code minier. La décision avait été contestée par la compagnie, qui avait saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) en décembre 2024. Mais en février 2025, Niamey a rouvert la porte à un règlement amiable en signant une lettre d’intention, obtenant en contrepartie la suspension de la procédure arbitrale. Depuis, le rachat de GoviEx par le groupe australien Atomic Eagle a changé la donne. Pour le Niger, ce nouveau partenaire pourrait offrir une marge de manœuvre supplémentaire, loin du face-à-face tendu avec le français Orano, dont le permis pour Imouraren est toujours en suspens.

Un contexte de production en berne et de diversification

L’enjeu économique est pressant. La production d’uranium du Niger est passée de 4 116 tonnes en 2015 à seulement 962 tonnes en 2024, soit une chute de près de 77 % en une décennie. Le redémarrage de Madaouela, qui pourrait produire jusqu’à 2 000 tonnes par an, est donc crucial pour inverser la tendance. Mais cette relance s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté. En parallèle, le Niger mise sur la montée en puissance de son secteur pétrolier – avec l’entrée en production du pipeline vers le Bénin – et sur le projet Dasa, porté par le canadien Global Atomic, qui bénéficie d’un soutien politique clair. La diversification des partenaires, notamment vers des groupes non occidentaux, est un axe assumé par les autorités.

La souveraineté comme fil conducteur

Le dossier Madaouela cristallise les tensions entre la volonté de contrôle des ressources et la nécessité d’attirer les investisseurs. En exigeant une renégociation complète de la convention minière, Niamey cherche à obtenir des conditions plus favorables – redevances, contenu local, clauses environnementales – tout en affirmant son droit de regard sur l’exploitation. Cette posture s’explique aussi par le contexte régional : au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Niger, le Mali et le Burkina Faso affichent une souveraineté retrouvée sur leurs ressources extractives. La création d’une banque confédérale de l’AES, dotée de 895 millions de dollars, pourrait à terme offrir des alternatives de financement.

Les risques d’une négociation prudente

Atomic Eagle rappelle qu’aucun accord n’est encore signé, et que les discussions restent exploratoires. Le précédent GoviEx – avec son recours arbitral – incite à la prudence. De son côté, le Niger doit éviter que la renégociation n’effraie d’autres investisseurs potentiels, alors que le pays a besoin de capitaux pour relancer sa filière. La résolution du différend pourrait toutefois créer un précédent : si Niamey parvient à un accord équilibré avec Atomic Eagle, il renforcera sa crédibilité tout en consolidant sa souveraineté.

Au-delà du seul cas Madaouela, ces négociations dessinent une nouvelle donne dans l’industrie extractive nigérienne, où la souveraineté ne se décrète plus seulement par des ruptures, mais s’exerce aussi dans la capacité à redéfinir les contrats. L’équilibre entre fermeté et pragmatisme économique déterminera si cette stratégie porte ses fruits, dans un Sahel en recomposition.