Le 12 juillet 2026, une dépêche de la Canadian Press annonce une relance du secteur nucléaire au Canada : expansion des mines d’uranium en Saskatchewan, construction de nouveaux réacteurs et objectif de doubler les exportations d’ici 2035. Ce renouveau mondial du nucléaire civil intervient alors que le Niger, troisième producteur africain d’uranium, accumule les retards et les tensions sociales autour de ses projets miniers. Entre concurrence accrue et défis internes, la souveraineté énergétique régionale se joue aussi dans les sous-sols sahéliens.

Infographie — Uranium · Niger

Le Canada, deuxième producteur mondial d’uranium avec 14,3 kilotonnes extraites en 2024 (soit environ 3 milliards de dollars canadiens), affiche des ambitions claires. Les mines de Cigar Lake, McArthur River et McClean Lake tournent à plein régime, tandis que les projets Wheeler River et Rook I sont en construction. Parallèlement, Ottawa prévoit la mise en service de dix nouveaux réacteurs d’ici 2040 et le déploiement de petits réacteurs modulaires (SMR) en Ontario et en Saskatchewan. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte mondial de regain d’intérêt pour le nucléaire, considéré comme une énergie bas carbone stable.

Ce contexte de renaissance crée une pression haussière sur la demande d’uranium. Le Canada et le Kazakhstan, leaders mondiaux, sont en position de force pour capter les futurs contrats d’approvisionnement. Pour des pays comme le Niger, qui fournissait historiquement une part significative de l’uranium utilisé par la France (environ un tiers de ses besoins), la concurrence s’intensifie. Or, le Niger traverse une période complexe depuis le coup d’État de juillet 2023, avec une reconfiguration des partenariats miniers et une volonté affichée de reprendre le contrôle de ses ressources.

Les signaux récents sont mitigés. En mai 2026, la société canadienne Global Atomic a repoussé à 2028 les premières livraisons de son projet Dasa, situé dans la région d’Agadez. Ce report, justifié par des difficultés de financement et des délais de construction, retarde l’entrée en production d’une mine qui devait compenser le déclin des sites exploités par Orano (ex-Areva). Parallèlement, une marche populaire s’est tenue le 14 mai à Tillabéri, organisée par les Forces vives de la région du fleuve, pour protester contre l’exploitation minière et réclamer une meilleure redistribution des revenus. Ces mobilisations illustrent les attentes des populations locales, qui demandent des retombées tangibles en échange de l’extraction.

Au-delà du Niger, l’ensemble du secteur extractif sahélien est confronté à des défis sécuritaires et sociaux. Un grave accident minier survenu le 6 mai 2026 sur le site aurifère de Bé-Mbari en République centrafricaine, à proximité de la frontière tchadienne, a causé plusieurs dizaines de victimes. Ce drame rappelle les risques humains et environnementaux qui pèsent sur l’industrie minière en Afrique centrale et de l’Ouest, et pourrait renforcer les exigences de diligence des investisseurs internationaux.

Face à ces difficultés, le Niger tente de diversifier ses partenaires. Le pays a multiplié les contacts avec la Russie, la Chine et d’autres acteurs pour négocier de nouveaux contrats, dans un contexte de rupture avec l’ancien opérateur français Orano. Mais attirer des investissements dans un environnement sécuritaire instable et avec des infrastructures limitées n’est pas aisé. La concurrence canadienne, appuyée par des technologies innovantes (comme le nouveau procédé minier développé par une société torontoise, plus rapide et moins coûteux), risque de marginaliser les producteurs africains si ceux-ci ne résolvent pas leurs problèmes structurels.

L’enjeu dépasse le seul Niger. La souveraineté énergétique de l’Afrique de l’Ouest dépend en partie de sa capacité à valoriser ses ressources minières. Le nucléaire, s’il se développe, pourrait offrir une alternative aux hydrocarbures importés, mais cela suppose que les pays producteurs d’uranium comme le Niger parviennent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement et à répondre aux exigences de durabilité sociale et environnementale. La renaissance annoncée du nucléaire mondial est une opportunité, mais elle exige des réformes profondes pour que les bénéfices ne restent pas captés par les seuls acteurs du Nord.

La renaissance nucléaire canadienne agit comme un révélateur des fragilités du secteur uranifère nigérien. Entre retards de projets, tensions sociales et concurrence internationale, le Niger doit accélérer ses réformes pour ne pas rater le train de la demande mondiale. L’issue de cette équation déterminera non seulement l’avenir de sa filière minière, mais aussi sa capacité à affirmer une véritable souveraineté énergétique régionale, dans un Sahel en pleine recomposition géopolitique.