Le 2 juin 2026, l'Argentine a publié ses lignes directrices pour la politique nucléaire nationale, annonçant la relance de l'extraction d'uranium, à l'arrêt depuis 1997. Cette décision s'inscrit dans un contexte de renaissance nucléaire mondiale, illustrée par des appels d'offres pour l'énergie atomique aux États-Unis ou en Europe. Pour le Niger, deuxième producteur africain d'uranium, cette nouvelle offre potentielle intervient au moment où le pays tente de renégocier ses contrats miniers et de consolider sa souveraineté sur ses ressources. Les récentes tensions à Tillabéri et le report du projet Dasa montrent que la voie est semée d'embûches.
La relance argentine de l'uranium rebat les cartes
Après 29 ans d'arrêt, Buenos Aires veut redevenir un acteur mondial. Le Niger, 2e producteur africain, cherche à verrouiller ses contrats.
Chronologie clé
Deux stratégies, un marché
- ✓ 2e producteur africain d'uranium
- ✓ Volonté de renégocier les contrats miniers
- ⚠ Tensions sécuritaires à Tillabéri
- ⚠ Report du projet Dasa
- ✓ Savoir-faire nucléaire reconnu
- ✓ Production arrêtée depuis 1997
- ✓ Nouvelle politique : priorité aux exportations
- ✓ Appel aux investissements privés
En bref
Un virage stratégique à Buenos Aires
L'Argentine, dotée d'un savoir-faire nucléaire reconnu mais d'une production d'uranium à l'arrêt depuis près de trente ans, a choisi de renverser la tendance. La politique nucléaire 2026, dévoilée par le secrétaire d'État Federico Ramos Napoli, fait des exportations et de l'investissement privé les piliers de la relance. Le document critique ouvertement les mégaprojets historiques où la question commerciale était reléguée au second plan. Désormais, toute décision d'investissement devra partir de l'identification d'une opportunité d'affaires. Cette approche pragmatique pourrait permettre à l'Argentine de redevenir un acteur sur le marché mondial de l'uranium, dominé par le Kazakhstan, le Canada, l'Australie et le Niger.
Niger : des atouts mais des fragilités
Au Niger, le secteur de l'uranium est en pleine recomposition depuis le coup d'État de juillet 2023. Le gouvernement de transition a multiplié les signaux en faveur d'une maîtrise accrue des ressources : renégociation des conventions avec Orano, diversification des partenaires (Russie, Chine, Iran) et volonté affichée de transformer l'uranium sur place. Pourtant, les obstacles persistent. Le projet Dasa de Global Atomic, censé faire du Niger un producteur majeur, a été repoussé à 2028. Par ailleurs, une importante mobilisation sociale a eu lieu le 14 mai 2026 à Tillabéri, dans l'ouest du pays, traduisant les attentes des populations locales en matière de retombées économiques et de réparation des impacts environnementaux.
Une concurrence accrue sur le marché mondial
La relance argentine, bien que modeste en volume potentiel comparé aux géants du secteur, arrive à un moment charnière. La demande d'uranium est tirée par la construction de nouveaux réacteurs en Chine, en Inde et au Moyen-Orient, mais aussi par la prolongation de la durée de vie des centrales existantes. Cependant, l'offre n'est pas en reste : le Kazakhstan augmente sa production, le Canada développe des technologies moins coûteuses, et l'Australie rouvre le débat sur l'exploitation. Pour le Niger, un nouvel entrant signifie une pression supplémentaire sur les prix, déjà affectés par la volatilité post-Covid et les tensions géopolitiques.
Enjeux de souveraineté et de revenus
L'uranium représente environ 5 % du PIB nigérien et jusqu'à 15 % des recettes d'exportation, selon les années. Le gouvernement de transition a fait de la révision des contrats miniers un étendard de sa souveraineté retrouvée. Mais dans un marché où l'offre s'élargit, le pouvoir de négociation de Niamey diminue. Les partenaires traditionnels, comme la France via Orano, pourraient être tentés de diversifier leurs approvisionnements, notamment vers l'Argentine, si les conditions étaient plus favorables. Par ailleurs, la montée des préoccupations environnementales et sociales, illustrée par la marche de Tillabéri, oblige l'État à concilier développement minier et acceptabilité locale.
Une dynamique régionale en mouvement
La décision argentine ne concerne pas seulement le Niger. Elle s'inscrit dans une recomposition plus large des chaînes de valeur du nucléaire en Afrique de l'Ouest. Le Burkina Faso et le Mali, voisins du Niger, ont également manifesté leur intérêt pour l'énergie nucléaire civile, avec le soutien de la Russie. Si ces projets aboutissaient, la région pourrait non seulement produire de l'uranium brut, mais aussi le transformer et l'utiliser localement. L'Argentine, de son côté, cherche à exporter son expertise technologique et pourrait devenir un concurrent sur le segment des services nucléaires.
Quelle stratégie pour Niamey ?
Face à ces évolutions, le Niger doit naviguer entre plusieurs impératifs : maximiser les recettes fiscales, sécuriser les investissements, répondre aux demandes sociales et préserver sa souveraineté. Le report de Dasa et les tensions sociales montrent que le temps joue contre lui. La relance argentine, bien que lointaine, rappelle que l'uranium n'est plus une ressource rare et que la concurrence est mondiale. Le gouvernement de transition pourrait être tenté d'accélérer les réformes et d'offrir des conditions plus attractives aux investisseurs, quitte à assouplir certaines exigences de souveraineté.
Le facteur temps
Il y a un an à peine, l'Argentine n'apparaissait pas sur la carte des producteurs d'uranium. Aujourd'hui, elle fait figure de concurrent potentiel à moyen terme. Ce glissement illustre la rapidité des changements dans le secteur nucléaire mondial. Pour le Niger, le défi est de ne pas rater la fenêtre d'opportunité offerte par la demande actuelle, avant que de nouvelles sources d'approvisionnement ne viennent saturer le marché.
La relance argentine de l'extraction d'uranium est un signal supplémentaire de la mondialisation croissante du marché nucléaire. Pour l'Afrique de l'Ouest, elle pose la question de la viabilité à long terme d'un modèle fondé sur l'exportation de matières premières brutes, alors que des pays comme l'Argentine cherchent à monétiser leur savoir-faire. Le Niger, au cœur de ces enjeux, devra trouver un équilibre entre attirer les investissements et imposer ses conditions, dans un environnement où l'offre devient plus abondante et la concurrence plus vive.
Données de référence : Croissance du PIB réel : 6.9% (FMI)