Le 25 juin 2026, Lotus Resources a annoncé une suspension temporaire de sa production d’uranium à la mine de Kayelekera, au Malawi, en raison d’une rupture d’approvisionnement en acide sulfurique liée à la guerre en Iran. Cet épisode élargit une crise jusqu’ici concentrée sur le cuivre de la RDC et de la Zambie, et pose une question inédite pour la souveraineté énergétique régionale : alors que le Niger, premier producteur d’uranium africain, voit ses projets locaux reportés, comment les chaînes d’approvisionnement critiques peuvent-elles être sécurisées ?

Infographie — Uranium · Niger

Une fragilité systémique révélée par les tensions au Moyen-Orient

L’acide sulfurique, intranet essentiel pour la lixiviation de l’uranium et du cuivre, est produit majoritairement comme sous-produit de la métallurgie non-ferreuse ou du raffinage pétrolier. Avec la guerre en Iran et les perturbations au détroit d’Ormuz, les flux mondiaux se sont contractés, exposant les mines africaines dépendantes des importations. Kayelekera, redémarrée en 2025 après des années de mise en veille, illustre cette dépendance : malgré une unité de production d’acide sur site, des défaillances techniques dans son four l’ont contrainte à recourir aux fournisseurs extérieurs, dont les livraisons ont été retardées ou annulées.

Un précédent qui inquiète pour le cuivre et l’uranium

Depuis plusieurs mois, la RDC et la Zambie subissent des tensions similaires. En mai 2026, le géant du cuivre Glencore avait déjà évoqué des ajustements de production. Mais Kayelekera est la première mine d’uranium à pâtir directement de la crise, ce qui élargit le champ des conséquences. La mine malawite, qui montait en puissance – 73 600 livres livrées en mai contre 47 300 en avril –, perd désormais son élan. Lotus prévoit une reprise partielle après des réparations temporaires, mais la maintenance lourde du quatrième trimestre 2026 reste une inconnue.

L’uranium ouest-africain dans l’ombre de la pénurie

Cette annonce intervient dans un contexte régional déjà tendu pour l’uranium. Au Niger, le projet Dasa de Global Atomic, dans la région d’Agadez, a vu ses premières livraisons repoussées à 2028, comme l’indiquait une information de mai 2026. Bien que les causes soient distinctes – retards techniques et financiers –, la conjonction des deux signaux interroge sur la capacité de l’Afrique à devenir un fournisseur stable d’uranium dans un contexte de relance du nucléaire civil. Le Niger, qui abrite les mines d’Arlit et d’Imouraren (Orano), voit sa position stratégique affaiblie par ces aléas.

Une leçon pour la souveraineté minière

La crise de l’acide sulfurique montre que les chaînes d’approvisionnement critiques ne se limitent pas aux métaux rares. Pour les États africains producteurs, la dépendance à des intrants chimiques importés constitue un maillon faible. Au moment où la guerre en Iran et les tensions au Moyen-Orient se prolongent, des solutions alternatives – comme le développement d’unités locales de production d’acide – deviennent urgentes. Le cas de Kayelekera, qui disposait de sa propre unité mais dont le four a dysfonctionné, rappelle que l’autonomie technique est aussi fragile que la logistique.

Quelles perspectives pour la région ?

Au-delà du Malawi, l’impact sur l’Afrique de l’Ouest pourrait se faire sentir par ricochet. Si les prix de l’acide sulfurique continuent d’augmenter, les mines de bauxite et d’or, qui en utilisent également, pourraient être touchées. Pour le Niger, dont l’économie dépend fortement de l’uranium, la sécurisation des intrants est un enjeu de stabilité. Les projets d’Imouraren, gelés depuis des années, n’ont pas encore atteint le stade où cette contrainte se pose, mais la leçon de Kayelekera est claire : même les mines les plus prometteuses peuvent être stoppées par une chaîne d’approvisionnement trop fine.

Un effet d’entraînement sur les revenus miniers

Les perturbations actuelles surviennent alors que les cours de l’uranium sont orientés à la hausse, soutenus par la demande nucléaire asiatique et européenne. Une offre réduite, combinée à des retards de production, pourrait profiter aux producteurs les plus résilients – le Kazakhstan ou le Canada – au détriment de l’Afrique. Pour les États, les recettes fiscales et les redevances minières, déjà sous pression, risquent de diminuer. Au Niger, le gouvernement de transition mise sur l’uranium pour diversifier ses ressources, mais les signaux récents compliquent cet objectif.

La crise de l’acide sulfurique liée au conflit iranien agit comme un révélateur : la sécurité minière africaine ne se joue pas seulement dans les sous-sols, mais aussi dans les tuyaux des échanges chimiques. Alors que le détroit d’Ormuz reste un point de friction, la question de la souveraineté intrant devient centrale. Jusqu’où les chaînes d’approvisionnement africaines peuvent-elles être renforcées sans dépendre de la géopolitique du Moyen-Orient ? La réponse déterminera la crédibilité du continent comme fournisseur fiable de minerais critiques.