Le 3 septembre 2026, la compagnie australienne Lotus Resources a officialisé la nomination de Sam Penglis comme directeur des opérations de sa mine d'uranium Kayelekera au Malawi, un site relancé en août 2025 après plus d'une décennie d'arrêt. Cette décision intervient alors que la production peine à atteindre sa capacité nominale, tandis qu'au Niger, les autorités poursuivent leur politique de souveraineté minière amorcée après la crise de 2023. Deux trajectoires contrastées qui éclairent les dynamiques complexes de l'uranium africain.
Deux trajectoires pour une même ressource
La relance au Malawi contraste avec la souveraineté affirmée du Niger. Retour sur deux stratégies opposées.
Freins : incident en avril, approvisionnement en acide sulfurique, logistique complexe.
Contexte : sanctions régionales et internationales depuis 2023, poids sur l'économie.
Chronologie clé
Kayelekera (Malawi) à l'arrêt après une décennie d'exploitation.
Changement de pouvoir au Niger, début de la relecture des contrats miniers.
Relance de la mine Kayelekera au Malawi après plus d'une décennie d'arrêt.
Nomination de Sam Penglis (ex-BHP) comme directeur des opérations de Kayelekera.
Acteurs en présence
Deux trajectoires pour une même ressource
La nomination de Sam Penglis, ingénieur passé par BHP, officialise un rôle qu'il occupait déjà par intérim depuis mai 2026. Son arrivée à titre permanent vise à accélérer la montée en puissance de Kayelekera, qui n'a toujours pas atteint sa capacité nominale de 200 000 livres d'uranium par mois. Au deuxième trimestre 2026, la production s'est établie à environ 150 000 livres, selon les données disponibles. L'incident survenu en avril et les problèmes d'approvisionnement en acide sulfurique expliquent ces retards, mais ils révèlent aussi la fragilité des opérations minières dans des contextes logistiques complexes.
À des milliers de kilomètres de là, le Niger poursuit une tout autre stratégie. Depuis le changement de pouvoir à l'été 2023, Niamey a imposé une relecture de ses contrats miniers et a engagé une réforme de son code minier, dans un contexte de sanctions régionales et internationales qui ont lourdement pesé sur l'économie. La suspension de l'aide française (120 millions d'euros), le gel des programmes de l'UE et de la Banque mondiale, et la fermeture des frontières ont contraint le régime à accélérer sa souveraineté sur ses ressources, notamment l'uranium, dont il détient les plus grandes réserves d'Afrique.
Une souveraineté qui se heurte aux réalités opérationnelles
La politique de souveraineté du Niger, incarnée par la reprise en main des opérations de la mine d'Arlit et la renégociation des contrats avec Orano, se heurte à des défis techniques et commerciaux. La production d'uranium au Niger, qui a chuté après le départ de plusieurs opérateurs étrangers, reste bien en deçà de son potentiel. Les sanctions ont également perturbé les chaînes d'approvisionnement en réactifs et en pièces détachées, rappelant que la souveraineté ne saurait se décréter sans capacités locales.
Cette tension entre volonté politique et réalité opérationnelle n'est pas propre au Niger. Au Malawi, la relance de Kayelekera par Lotus Resources, une compagnie australienne, illustre la dépendance persistante de l'Afrique aux capitaux et à l'expertise étrangers pour exploiter ses ressources stratégiques. La nomination d'un directeur des opérations expérimenté, formé chez BHP, témoigne de la nécessité de faire appel à des compétences internationales pour redresser un site à l'arrêt depuis 2014.
L'uranium dans la nouvelle géopolitique énergétique
L'intérêt renouvelé pour l'uranium africain s'inscrit dans un contexte mondial marqué par la relance du nucléaire civil, perçu comme une énergie de transition face au changement climatique. La demande mondiale d'uranium devrait croître de 28 % d'ici 2030, selon l'Agence pour l'énergie nucléaire. Cette perspective attire les investisseurs vers des actifs jusqu'alors délaissés, comme Kayelekera, mais aussi vers l'exploration au Botswana, où Lotus Resources développe le projet Letlhakane.
En Afrique de l'Ouest, cette dynamique se superpose à d'autres enjeux miniers. Le gaz naturel GTA Sénégal Mauritanie production, qui a démarré en 2024, et le pétrole Sénégal Sangomar production 3 septembre 2026, qui a atteint son plateau, montrent que la région attire les investissements dans les hydrocarbures, mais aussi dans les minerais critiques. Cependant, l'orpaillage illégal Burkina Faso Mali continue de saper les efforts de formalisation du secteur minier, illustrant les défis de gouvernance qui persistent.
Une divergence qui pose question
La coexistence de ces deux modèles — l'un fondé sur l'attraction des investissements étrangers, l'autre sur la souveraineté nationale — soulève des questions sur l'efficacité respective des stratégies de développement minier. Si le Niger a réussi à affirmer son contrôle sur ses ressources, il peine à maintenir les niveaux de production. À l'inverse, le Malawi, en s'appuyant sur un opérateur étranger, espère relancer une mine qui pourrait contribuer de manière significative à son économie.
La nomination de Sam Penglis est un signal de confiance dans le potentiel de Kayelekera, mais elle ne garantit pas la réussite. Les difficultés opérationnelles et les aléas du marché de l'uranium, dont les prix restent volatils, pourraient compromettre les objectifs de production. De même, la politique de souveraineté du Niger devra composer avec la réalité des coûts et des compétences techniques.
Au-delà de ces cas particuliers, c'est la question de la place de l'Afrique dans la chaîne de valeur nucléaire mondiale qui se pose. Si le continent fournit environ 20 % de l'uranium mondial, il ne transforme qu'une infime partie de cette ressource. Les réformes des codes miniers, engagées dans plusieurs pays, visent à accroître les retombées locales, mais elles doivent trouver un équilibre entre attractivité et contrôle.
Alors que le Niger et le Malawi incarnent deux approches opposées de la gestion de l'uranium, la question de la souveraineté minière en Afrique de l'Ouest reste ouverte. Les États cherchent à tirer davantage de bénéfices de leurs ressources, mais ils doivent composer avec les contraintes techniques, financières et géopolitiques. La montée en puissance de Kayelekera et les réformes nigériennes seront scrutées de près, car elles pourraient définir les modèles de développement minier pour les années à venir. Dans un contexte où la demande mondiale d'uranium s'accroît, l'Afrique a une carte à jouer, mais à condition de résoudre l'équation entre contrôle national et partenariats internationaux.