Le 18 juin 2026, le Bureau of Land Management américain a donné son feu vert définitif au projet d'uranium Dewey Burdock, dans le Dakota du Sud. Cette décision, qui autorise le début de la construction d'une exploitation par récupération in situ, intervient alors que le Niger, sixième producteur mondial d'uranium, accumule les difficultés : le projet Dasa de Global Atomic est repoussé à 2028 et des tensions sociales secouent la région de Tillabéri. La nouvelle donne américaine interroge la capacité de Niamey à préserver sa souveraineté minière et énergétique dans un marché mondial de l'uranium en pleine recomposition.
L'essor de l'uranium américain réduit la marge de manœuvre du Niger
Le feu vert au projet Dewey Burdock (Dakota du Sud) accélère la stratégie américaine de souveraineté minière, alors que Niamey accumule les retards et tensions sociales.
Exploitation par récupération in situ · 10 580 acres · Dakota du Sud
Sixième producteur mondial d'uranium · souveraineté minière fragilisée
⏱ Chronologie du basculement
⚖️ Les 3 dilemmes du Niger
📊 EN BREF — Niger
Ces indicateurs montrent la fragilité macroéconomique du Niger dans un contexte de recomposition du marché mondial de l'uranium.
L'approbation du projet Dewey Burdock par l'administration fédérale américaine marque une accélération significative de la stratégie des États-Unis pour sécuriser leurs approvisionnements en uranium. Développé par EnCore Energy, ce site de 10 580 acres dans le district uranifère d'Edgemont (Dakota du Sud) recèle 14,3 millions de livres de U3O8 mesurées et 2,8 millions de livres indiquées. Sa mise en exploitation, sous le régime du programme Fast-41 instauré par le décret présidentiel 14241, bénéficie d'un processus d'autorisation accéléré. Le feu vert du BLM, couplé à l'avis favorable de la Nuclear Regulatory Commission (NRC) sur le renouvellement de licence, confirme la volonté de Washington de réduire sa dépendance aux importations d'uranium, en particulier celles en provenance du Niger et du Kazakhstan.
Une concurrence directe pour le Niger
Ce projet s'inscrit dans un contexte de relance globale de la production uranifère américaine, encouragée par des incitations fiscales et des procédures simplifiées. Pour le Niger, cette concurrence arrive au pire moment. Depuis le coup d'État de 2023, les relations avec l'opérateur historique français Orano sont tendues, et les négociations pour un nouveau contrat de partage de production piétinent. Dans le même temps, le projet Dasa du canadien Global Atomic, censé porter la production nigérienne à des niveaux record, a vu sa première livraison repoussée à 2028, comme l'annonçait la société le 15 mai dernier. Ce retard fragilise les prévisions de revenus de l'État nigérien, qui comptait sur l'uranium pour financer une partie de son budget.
La région de Tillabéri, épicentre de l'extraction aurifère et uranifère, a connu le 14 mai une importante marche des Forces vives du fleuve, réclamant une meilleure redistribution des richesses minières. Ce mécontentement social, associé aux difficultés sécuritaires dans le Sahel, complique encore l'attractivité du pays pour les investisseurs étrangers. Pendant ce temps, les États-Unis avancent avec un projet maîtrisé sur leur sol, sans risque politique ni aléa sécuritaire.
Un basculement géopolitique de la filière uranium
L'essor de l'uranium américain n'est pas un cas isolé. Au Kazakhstan, premier producteur mondial, des tensions sociales et des revendications environnementales ralentissent l'expansion des mines. Au Canada, des technologies innovantes promettent de réduire de moitié les délais de production, selon une source du 15 mai. Le Niger, qui fournit environ 5 % de l'uranium mondial, risque de voir sa part diminuer si ces nouvelles capacités se concrétisent. La demande mondiale, portée par le regain d'intérêt pour le nucléaire civil dans de nombreux pays, pourrait pourtant absorber cette offre supplémentaire, mais à des prix qui ne garantiraient plus les marges confortables d'antan.
Niamey se trouve ainsi pris en tenaille entre des exigences de souveraineté (renégociation des contrats, contrôle des ressources) et une réalité industrielle qui lui échappe en partie. La décision américaine de juin 2026 n'est qu'un signal parmi d'autres, mais elle illustre une tendance de fond : la relocalisation des approvisionnements stratégiques dans les pays occidentaux pourrait marginaliser les producteurs africains s'ils ne parviennent pas à offrir des conditions stables et compétitives. Le Niger, qui doit aussi faire face à la concurrence de l'hydrogène vert et des énergies renouvelables dans le mix futur, voit se réduire sa fenêtre de tir pour valoriser son sous-sol.
Le feu vert américain à Dewey Burdock s'inscrit dans une dynamique plus large de recomposition des chaînes d'approvisionnement en minerais critiques. Pour le Niger et les autres producteurs ouest-africains (Mali, Burkina Faso), la question n'est plus seulement de savoir comment extraire et vendre leur uranium, mais comment le faire dans un environnement où la géopolitique des ressources s'accélère. L'issue des négociations avec Orano, le sort du projet Dasa et la capacité à apaiser les tensions sociales détermineront si le Niger parvient à conserver une place significative sur ce marché stratégique.