Les États-Unis amorcent un virage stratégique au Sahel. Sous l’administration Trump, Washington tente de renouer avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso – trois pays aux régimes militaires – en mettant l’accent sur la sécurité et les intérêts économiques. Cette inflexion, qui contraste avec la pression démocratique des années précédentes, intervient alors que le Niger, quatrième producteur mondial d’uranium, voit ses projets miniers retardés et ses relations avec la France se dégrader. Un rapprochement qui pourrait redessiner les équilibres autour d’une ressource clé pour la transition énergétique.
États-Unis · Sahel : le pivot stratégique
Washington change de ton avec les juntes sahéliennes. Sécurité, uranium, influence : les enjeux d’un réalignement.
Un nouveau paradigme américain dans le Sahel
La visite, en mai 2026, de Nick Checker, haut responsable du Bureau des affaires africaines du département d’État, à Bamako marque une rupture. Pour la première fois depuis les coups d’État de 2020-2023, Washington parle de « tracer une nouvelle voie » avec les juntes sahéliennes, respectant leur souveraineté et évoquant des « intérêts communs en matière de sécurité et d’économie ». Le ton a changé : le Sahel n’est plus traité comme un dossier de démocratisation, mais comme un théâtre où se jouent sécurité, migrations, minerais et influence.
Ce réalignement fait écho à la montée en puissance de la Russie dans la région. Africa Corps, le successeur de Wagner, y a renforcé sa présence, notamment au Mali et au Burkina Faso. Les États-Unis, qui ont perdu l’accès à leur base de drones au Niger après le coup d’État de 2023, cherchent à reconstruire des canaux de coopération. Selon des sources concordantes, un accord serait proche avec Bamako pour reprendre des vols de surveillance antijihadistes.
L’enjeu uranium, clé du puzzle sahélien
Le Niger occupe une place centrale dans ce repositionnement. Avec ses mines d’uranium exploitées par Orano (ex-Areva), le pays fournit une part significative du combustible nécessaire aux centrales nucléaires françaises et, indirectement, au mix énergétique européen. Mais depuis le coup d’État, les relations avec Paris se sont tendues, tandis que Niamey a diversifié ses partenaires, notamment vers la Russie et l’Iran.
Parallèlement, les projets locaux patissent. En mai 2026, Global Atomic Corporation a annoncé le report à 2028 des premières livraisons d’uranium de son projet Dasa, dans la région d’Agadez. Un contretemps qui fragilise la crédibilité du Niger comme fournisseur fiable, alors que la demande mondiale d’uranium repart à la hausse avec les projets de relance nucléaire.
L’intérêt américain pour le Niger ne se limite pas au contre-terrorisme. Washington voit dans l’uranium nigérien un levier pour réduire sa dépendance aux importations russes et kazakhes – ces dernières représentant près de la moitié de l’uranium enrichi utilisé aux États-Unis. Or, en mai 2026, un article de Vlast.kz décrivait les défis logistiques et environnementaux de l’exploitation au Kazakhstan, renforçant l’attrait d’une source alternative sahélienne.
Entre espoirs de stabilité et risques de tensions
Le rapprochement américain n’est pas sans conditions. Si Washington lève les sanctions sur trois responsables maliens liés à Wagner, il exige en retour des garanties sécuritaires et une lutte renforcée contre les groupes jihadistes. Pour le Niger, la reprise de la coopération militaire pourrait aussi conditionner un soutien américain à ses projets miniers.
Mais cette évolution suscite des inquiétudes. Les populations locales, déjà éprouvées par l’insécurité et les retombées limitées de l’exploitation minière, redoutent que ce nouveau partenariat ne bénéficie qu’aux élites. En mai 2026, une marche à Tillabéri, dans l’ouest du Niger, a dénoncé l’absence de retombées économiques pour les communautés riveraines des sites d’extraction. Par ailleurs, l’accident minier survenu en République centrafricaine début mai rappelle les risques humains et environnementaux d’une exploitation accélérée.
Alors que la compétition entre grandes puissances s’intensifie au Sahel, l’uranium nigérien devient un enjeu stratégique majeur, entre souveraineté régionale, dépendances extérieures et développement local. Washington avance ses pions, mais la partie est loin d’être gagnée : la défiance des populations, l’instabilité sécuritaire et la multiplication des acteurs (Russie, Chine, Turquie) compliquent toute tentative d’hégémonie. L’avenir dira si cette nouvelle donne profitera aux économies sahéliennes ou les enfermera dans une nouvelle forme de dépendance.