Le 15 mai 2026, Arkle Resources annonçait l'accélération de son programme de forage sur ses licences d'uranium en Namibie, fort de résultats géophysiques prometteurs. Cette nouvelle intervient alors que le projet Dasa au Niger, porté par Global Atomic, vient d'être repoussé à 2028. Dans un contexte de tensions sociales à Tillabéri et de recomposition du secteur minier ouest-africain, ces évolutions dessinent une nouvelle géographie de l'uranium sur le continent.

Infographie — Uranium · Niger

L'annonce d'Arkle Resources, le 15 mai 2026, marque un tournant dans l'exploration uranifère namibienne. La compagnie britannique a identifié deux styles de minéralisation distincts sur ses trois permis du projet Erongo : des gisements de type paléochenal, analogues à ceux de Trekkopje, et des leucogranites uranifères semblables à ceux de Rössing. Forte de ces résultats, Arkle a accéléré son programme de forage : 1 500 mètres de circulation inverse sont prévus dès juin sur la cible Est du permis 8995, avec la possibilité de tester jusqu'à quatre paléochenaux parallèles. Un programme de 2 500 mètres sur leucogranite suivra au troisième trimestre 2026. Ce dynamisme contraste nettement avec la situation au Niger, où le projet Dasa a été repoussé à 2028, comme l'a annoncé Global Atomic le 15 mai également. Le report, attribué à des difficultés techniques et financières, fragilise les espoirs du Niger de renforcer sa production d'uranium après la baisse de régime d'Imouraren. Or, le minerai de Dasa devait compenser la baisse de production de la SOMAÏR et contribuer à la souveraineté énergétique du pays, tout en générant des recettes fiscales cruciales. Le contraste entre l'accélération namibienne et le retard nigérien n'est pas anodin. La Namibie, déjà deuxième producteur africain d'uranium derrière le Niger, bénéficie d'un cadre réglementaire stable et d'un soutien gouvernemental clair aux investissements miniers. À l'inverse, le Niger traverse une période d'incertitude politique depuis le coup d'État de juillet 2023, ce qui a refroidi les investisseurs étrangers. La marche du 14 mai à Tillabéri, organisée par les Forces vives de la région du fleuve contre la présence de l'armée française et les conditions de vie, illustre les tensions locales qui compliquent l'exploration. Pour le Niger, l'enjeu est double. D'une part, maintenir sa position de leader africain de l'uranium face à la montée en puissance namibienne. D'autre part, utiliser ses ressources minières comme levier de souveraineté, dans un contexte de demande mondiale croissante d'uranium pour la transition énergétique. Mais les retards de Dasa et la concurrence d'acteurs comme Arkle, qui mise sur des technologies plus rapides et moins coûteuses, pourraient réduire la fenêtre d'opportunité pour Niamey. Par ailleurs, la découverte de nouveaux gisements en Namibie, notamment des leucogranites uranifères proches de la mine de Rössing, pourrait attirer des investissements massifs, détournant les capitaux du Niger. Le pays doit donc accélérer ses réformes et sécuriser son environnement juridique pour ne pas être marginalisé. La dynamique actuelle rappelle celle du pétrole dans les années 2010 : l'Afrique de l'Ouest, riche en ressources, voit émerger des concurrents australs et orientaux qui captent les investissements là où les conditions sont les plus favorables.

L'accélération d'Arkle en Namibie, combinée aux retards de Dasa au Niger, révèle une reconfiguration de la carte africaine de l'uranium. Le Niger, qui mise sur sa souveraineté minière, devra composer avec une concurrence accrue et des délais qui s'allongent. La question n'est plus seulement de contrôler ses ressources, mais de les valoriser dans un marché globalisé où rapidité et stabilité priment.