Le 18 juin 2026, des combattants du JNIM ont pris d'assaut l'aéroport international Diori Hamani de Niamey, tuant onze soldats et deux civils. Cette installation, la plus sécurisée de la capitale, abrite non seulement la base aérienne et les drones du pays, mais aussi des stocks d'uranium destinés à la vente. C'est la deuxième attaque de ce type en six mois, après celle revendiquée par l'État islamique en janvier. L'événement marque une escalade inquiétante, car les deux franchises jihadistes régionales ont désormais démontré leur capacité à frapper le cœur du pouvoir, menaçant directement la filière minière, pilier de l'économie nigérienne.

Infographie — Uranium · Niger

L'assaut coordonné contre l'aéroport de Niamey n'est pas un acte opportuniste. Selon les données d'ACLED, il s'inscrit dans une transformation stratégique des groupes armés sahéliens, passés de raids ruraux à des frappes contre des infrastructures vitales. Au Mali, le JNIM étrangle Bamako par un blocus de carburant depuis septembre 2025 et a assassiné le ministre de la Défense en avril. Au Niger, l'attaque du 18 juin démontre une capacité de renseignement et de logistique qui implique des réseaux à proximité, voire à l'intérieur de la capitale.

Une filière uranium sous pression

L'aéroport de Niamey est un nœud stratégique pour l'industrie minière. Il sert de porte d'entrée pour le personnel expatrié, les équipements et les intrants nécessaires aux mines d'uranium d'Arlit et d'Imouraren, situées dans le nord du pays. Les stocks d'uranium entreposés sur le site, que l'État espérait vendre pour renflouer ses caisses, sont désormais exposés. Cette vulnérabilité pourrait dissuader les investisseurs étrangers et compliquer les négociations avec les partenaires historiques, notamment la France et Orano, déjà sous pression pour renégocier les contrats.

Un précédent historique inquiétant

L'attaque fait suite à une série d'événements qui ont fragilisé le secteur. Depuis le coup d'État de juillet 2023, le Niger a rompu certains accords militaires avec la France et s'est tourné vers la Russie, mais la sécurité sur les sites miniers reste précaire. En mai 2026, la Commission européenne a adopté un plan d'action sur les engrais visant à réduire sa dépendance aux importations, ce qui inclut une diversification des sources d'approvisionnement en phosphates et en uranium. Si le Niger ne peut garantir la sécurité de sa production, il risque de perdre des parts de marché au profit d'autres producteurs comme le Kazakhstan ou le Canada.

Une instabilité qui gagne les capitales

Le fait que les deux principales factions jihadistes — JNIM et l'État islamique au Sahel — aient réussi à frapper Niamey dans la même année est un signal d'alarme. Cela révèle que l'insurrection n'est plus confinée aux zones rurales, mais qu'elle dispose de capacités de projection vers les centres de décision. Pour les compagnies minières, la sécurité des infrastructures de transport et de logistique devient un facteur critique. En 2025, l'exploitation de l'uranium a contribué à environ 5 % du PIB du Niger, mais les coûts de sécurité grèvent déjà les marges. Si cette tendance se poursuit, certaines mines pourraient être temporairement fermées.

Par ailleurs, la gouvernance parallèle exercée par le JNIM dans les zones qu'il contrôle — arbitrage des conflits fonciers, collecte d'impôts, imposition de l'ordre — crée un précédent dangereux pour la légitimité de l'État. Les populations locales, longtemps négligées, pourraient voir en ces groupes une alternative, ce qui compliquerait encore la reprise en main du territoire par les autorités de Niamey.

L'attaque du 18 juin 2026 n'est pas seulement un revers sécuritaire ; elle pose la question de la viabilité à long terme du modèle économique nigérien, trop dépendant de l'exportation de matières premières dans un environnement instable. Alors que l'Alliance des États du Sahel tente de coordonner sa réponse militaire, la capacité à protéger les infrastructures critiques déterminera l'attractivité du Niger pour les investisseurs. Le pays parviendra-t-il à rassurer ses partenaires sans compromettre sa souveraineté ? L'évolution de la situation sécuritaire dans les mois à venir sera décisive.