Le 15 juin 2026, Cameco et Orano Canada ont annoncé l'acquisition de 5 % supplémentaires dans la mine de Cigar Lake, au Saskatchewan, portant leurs parts respectives à 57,4 % et 42,6 %. Cette opération, d'un montant de 115,75 millions de dollars canadiens pour Cameco, confirme la tendance des grands groupes à privilégier des actifs de premier ordre dans des pays à faible risque. Pour le Niger, dont le projet Dasa accuse un nouveau retard, ce mouvement accentue le risque de marginalisation sur le marché mondial de l'uranium.
⚡ Niger distancé : les majors consolident leurs actifs
Cameco et Orano Canada renforcent leur contrôle sur Cigar Lake — une mine de premier ordre dans un pays stable — tandis que le projet Dasa au Niger accumule les retards.
📅 Calendrier comparé
Début du projet Dasa — objectif 2025
Premier retard annoncé — report à 2028
Cameco + Orano acquièrent 5 % de Cigar Lake (115,75 M$ CA)
Nouvelle échéance Dasa (incertaine)
« Cigar Lake est un gisement de premier plan dans notre stratégie mondiale. »
— Tim Gitzel, PDG de Cameco
Une consolidation des actifs de qualité dans les juridictions sûres
L'annonce de Cameco et d'Orano Canada illustre la logique de concentration qui prévaut dans l'industrie uranifère. En acquérant une participation supplémentaire de 2,871 % et 2,129 % respectivement, les deux groupes renforcent leur contrôle sur Cigar Lake, l'une des mines les plus riches au monde avec des réserves prouvées et probables de 172,4 millions de livres d'U3O8. Le dirigeant de Cameco, Tim Gitzel, a souligné le rôle de ce gisement « de premier plan » dans la stratégie mondiale de l'entreprise, insistant sur la sécurité et la rentabilité de l'exploitation. Ce mouvement s'inscrit dans une tendance plus large : les majors privilégient les actifs situés dans des pays stables, dotés de cadres réglementaires prévisibles et de partenariats solides avec les communautés locales – comme en témoigne la mention des communautés indigènes dans le communiqué.
Le Niger à la peine : retards et tensions sociales
Pendant que le Canada conforte son leadership, le Niger voit ses projets phares s'enliser. La société Global Atomic Corporation a annoncé en mai 2026 un nouveau report des premières livraisons d'uranium de son projet Dasa, désormais attendues pour 2028. Ce gisement, situé dans la région d'Agadez, devait initialement entrer en production en 2025. Les difficultés s'accumulent : problèmes de financement, incertitudes réglementaires et tensions sociales. À Tillabéri, une marche importante s'est tenue le 14 mai 2026, à l'initiative des Forces vives de la région du fleuve, pour protester contre les conditions d'exploitation des ressources. Ces mobilisations, couplées à un grave accident minier survenu en République centrafricaine en mai, rappellent les défis de gouvernance qui pèsent sur le secteur extractif ouest-africain.
Un déséquilibre géopolitique dans la filière uranium
La comparaison entre les deux situations révèle un déséquilibre croissant. Alors que le Canada offre un environnement d'affaires stable et des partenariats avec les communautés autochtones, le Niger peine à garantir la sécurité juridique et sociale nécessaire aux investissements miniers. Pourtant, le pays dispose de l'une des plus grandes réserves d'uranium au monde. Mais l'instabilité politique et les revendications locales freinent l'arrivée de capitaux. Ce phénomène n'est pas nouveau : depuis 2023, plusieurs opérateurs étrangers ont réduit leur exposition au Niger, et le gouvernement de transition n'a pas encore réussi à rassurer les investisseurs. La décision de Cameco et Orano de consolider leurs actifs canadiens plutôt que d'investir dans des projets africains envoie un signal fort : la préférence pour la sécurité l'emporte sur la simple disponibilité des ressources.
Vers une reconfiguration des chaînes d'approvisionnement nucléaires
Cette tendance pourrait s'accentuer avec la relance du nucléaire civil dans plusieurs pays, qui accroît la demande d'uranium. Les majors cherchent à sécuriser leurs approvisionnements dans des zones à faible risque, quitte à payer plus cher. Le Canada, avec ses gisements de haute teneur et son cadre réglementaire éprouvé, devient un pôle d'attraction. À l'inverse, les producteurs ouest-africains, dont le Niger, risquent d'être relégués au rang de fournisseurs de dernier recours, sollicités uniquement en cas de tension sur le marché. Cette dynamique pourrait renforcer les inégalités régionales et limiter la capacité du Niger à bénéficier de la transition énergétique mondiale.
Au-delà de ce mouvement capitalistique, c'est la question de la souveraineté minière africaine qui est posée. Alors que la demande mondiale d'uranium repart à la hausse avec la relance du nucléaire, les pays producteurs d'Afrique de l'Ouest peinent à capter la valeur ajoutée. Le choix des majors de consolider leurs actifs au Canada plutôt que d'ouvrir de nouvelles mines au Niger illustre un paradoxe : les ressources existent, mais les conditions de leur exploitation restent à construire.