Le 15 juin 2026, la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (UNECA) publie son rapport annuel, plaçant les énergies renouvelables comme levier stratégique pour l'indépendance énergétique et l'insertion dans les chaînes de valeur mondiales. Pour l'Afrique de l'Ouest, cette transition intervient alors que les États multiplient les investissements dans l'hydroélectricité et l'extraction minière, tandis que le coût du capital reste un obstacle majeur. Le rapport préconise de quadrupler le rythme d'installation de capacités renouvelables pour atteindre 300 GW d'ici 2030.

Infographie — Énergie · Transition

Le rapport 2026 de l'UNECA, intitulé « Growth through Innovation », identifie les énergies renouvelables comme l'une des technologies de rupture capables de transformer durablement les économies africaines. Avec 60 % du potentiel solaire mondial et d'importantes ressources hydroélectriques, l'Afrique de l'Ouest est particulièrement bien dotée. Pourtant, la région peine à convertir cet avantage en capacités installées, en raison notamment du coût élevé du capital qui freine les investissements privés.

Le dilemme de la souveraineté énergétique

Depuis le début de la décennie, plusieurs pays ouest-africains misent sur de grands barrages hydroélectriques, à l'image du colossal barrage de Souapiti en Guinée, dont le programme de formation d'ingénieurs vient d'être lancé en mai 2026. Parallèlement, des États comme le Togo continuent de recourir massivement aux centrales thermiques, illustrant la difficulté à sortir des énergies fossiles. Le rapport de l'UNECA souligne que les renouvelables pourraient représenter 45 % de la capacité énergétique du continent d'ici 2035, mais cela suppose de résoudre l'équation du financement. Or, les taux d'intérêt pratiqués en Afrique de l'Ouest restent dissuasifs pour les projets solaires ou éoliens, souvent perçus comme plus risqués par les bailleurs de fonds internationaux.

Le poids persistant du secteur extractif

L'exploitation minière, notamment de l'or, demeure une source cruciale de revenus pour plusieurs États de la région. En mai 2026, le Port de Lomé confirmait son rôle de hub logistique régional, facilitant l'exportation des matières premières. Cette dépendance aux ressources extractives entre en tension avec les objectifs de transition énergétique. Le rapport de l'UNECA encourage pourtant une diversification vers des chaînes de valeur industrielles décarbonées, mais le chemin est semé d'embûches. La question géopolitique est centrale : la compétition entre la Chine, l'Europe et d'autres puissances pour l'accès aux minerais critiques et aux marchés renouvelables risque de renforcer de nouvelles formes de dépendance.

Une fenêtre d'opportunité régionale

L'intégration régionale, via des initiatives comme le « Pacte d'avenir » de la CEDEAO dévoilé en mai 2026, pourrait harmoniser les politiques énergétiques et mutualiser les investissements. La formation d'ingénieurs locaux, comme celle initiée autour du barrage de Souapiti, constitue un signal positif vers le développement de compétences endogènes. Cependant, l'écart reste grand entre les ambitions affichées et les réalisations. L'UNECA elle-même reconnaît que le rythme actuel d'installation de 8 GW par an est insuffisant.

L'Afrique de l'Ouest se trouve à un carrefour stratégique : la transition énergétique pourrait être un moteur de souveraineté et de développement industriel, mais elle exige de surmonter les obstacles du financement et de la dépendance aux matières premières. Les choix faits dans les prochaines années détermineront si la région devient un acteur des chaînes de valeur décarbonées ou reste un fournisseur de ressources brutes.