TotalEnergies a finalisé la cession de l’intégralité de ses actifs solaires distribués en Europe, soit environ 170 MW de capacité installée principalement en toiture, répartis sur sept pays. La transaction, acquise par Amarenco et AMPYR Distributed Energy, s’inscrit dans un recentrage stratégique sur les projets solaires et éoliens de grande échelle. Pour l’Afrique de l’Ouest, où le groupe est un acteur majeur des hydrocarbures et développe des énergies renouvelables, ce mouvement soulève des questions sur la place accordée aux solutions décentralisées dans sa feuille de route régionale.

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Un désengagement européen assumé

TotalEnergies justifie cette vente par une logique d’économies d’échelle. Les installations de moins de 3 MW, jugées trop fragmentées, ne correspondent plus à son modèle industriel, désormais orienté vers les parcs solaires et éoliens de grande taille. « Le segment distribué est moins pertinent que les grands projets », explique le groupe, qui affirme néanmoins maintenir son rythme de croissance dans les renouvelables : 8 GW bruts installés en un an, pour un objectif de 75 GW en 2030. Fin avril 2026, sa capacité brute atteignait près de 36 GW.

Implications pour l’Afrique de l’Ouest

En Afrique de l’Ouest, TotalEnergies est historiquement associé aux gisements de pétrole et de gaz, notamment au Nigeria, au Ghana et en Côte d’Ivoire. Mais le groupe investit aussi dans le solaire : au Sénégal, il développe le projet Senergy 2 (30 MW) ; en Côte d’Ivoire, il porte le parc de Boundiali (50 MW). Toutefois, ces initiatives restent des fermes au sol, pas du distribué. Le désengagement européen pourrait indiquer une hiérarchie claire : les grandes centrales, seules, méritent l’effort. Or, dans une région où l’accès à l’électricité reste faible (moins de 50 % en zone rurale), le solaire distribué – toitures, mini-réseaux – est souvent plébiscité pour sa rapidité de déploiement et son faible coût d’entrée.

Souveraineté énergétique et dépendance aux choix d’un major

La décision de TotalEnergies rappelle que les stratégies des majors répondent à des logiques globales, pas aux besoins locaux. Les États ouest-africains, qui cherchent à diversifier leur mix et attirer les investissements verts, pourraient voir leurs partenaires privilégier des projets visibles et centralisés, au détriment de solutions décentralisées pourtant plus adaptées aux zones isolées. Le risque est d’accroître la dépendance aux grands barrages ou aux centrales fossiles, alors que le solaire distribué permettrait une autonomie accrue.

Un recentrage qui peut aussi servir l’Afrique

À l’inverse, ce recentrage pourrait bénéficier à la région si TotalEnergies affecte les capitaux libérés à de grands projets solaires ouest-africains. Le groupe a déjà annoncé des ambitions dans l’hydrogène vert en Mauritanie et au Maroc, et pourrait étendre ses parcs solaires au Sahel. La vente des actifs européens libère des ressources pour ces développements. Reste à savoir si les gouvernements sauront imposer des clauses de contenu local ou de répartition des bénéfices.

Une évolution à suivre

Depuis 2020, TotalEnergies a multiplié les annonces de construction de centrales solaires en Afrique, mais les réalisations concrètes peinent à suivre. Le désengagement européen pourrait être le signe d’une nouvelle doctrine : concentrer les moyens sur les mégaprojets, au risque d’ignorer les solutions qui font la transition énergétique des populations.

La vente des actifs solaires distribués par TotalEnergies en Europe n’est pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans une tendance plus large où les majors pétrolières recentrent leurs actifs renouvelables sur les segments rentables et industrialisables, abandonnant le déploiement décentralisé à des acteurs plus agiles. Pour l’Afrique de l’Ouest, cela pose la question du modèle de transition énergétique : sera-t-il piloté par les logiques de marché global ou construit sur des besoins locaux ? La réponse conditionnera en partie la souveraineté énergétique de la région.