Alors que TotalEnergies poursuit son mégaprojet Mozambique LNG, les révélations sur son impact écologique – jusqu’à 4,5 milliards de tonnes de CO₂ sur toute sa durée de vie – alimentent un débat qui dépasse les frontières du pays. En Afrique de l’Ouest, où le groupe développe des infrastructures similaires au Sénégal et en Mauritanie, ce cas sert de mise en garde. Entre pressions judiciaires et retraits de soutiens financiers, le modèle gazier africain est sous tension.
TotalEnergies au Mozambique : la bombe climatique
Le mégaprojet Mozambique LNG émet jusqu’à 4,5 milliards de tonnes de CO₂ sur son cycle de vie. Un cas qui interroge l’avenir gazier ouest-africain.
Soit plus que les émissions annuelles de l’Union européenne
Le projet Mozambique LNG (Cabo Delgado) cumule émissions directes et indirectes sur toute sa durée de vie. Les experts qualifient le projet de « bombe climatique ».
TotalEnergies développe des infrastructures similaires en Afrique de l’Ouest. Le cas mozambicain sert de mise en garde pour la région.
- Dragage des fonds marins ayant endommagé les récifs coralliens.
- Déplacement forcé de milliers de riverains (pêcheurs, agriculteurs, communautés côtières).
- Retraits de soutiens financiers et pressions judiciaires croissantes.
- Le modèle gazier africain est sous tension.
Un coût climatique vertigineux
Selon des estimations d'experts, le projet Mozambique LNG de TotalEnergies, situé dans la région du Cabo Delgado, émettrait entre 3,3 et 4,5 milliards de tonnes de CO₂ sur l'ensemble de son cycle de vie. Un volume qui dépasse les émissions annuelles de l'Union européenne, décrivant ainsi ce que des spécialistes de l'environnement qualifient de « bombe climatique ». Au-delà du carbone, les atteintes locales sont déjà documentées : dragage des fonds marins ayant endommagé les récifs coralliens, déforestation de 320 hectares de zones boisées, et déplacement forcé de milliers de riverains – pêcheurs, agriculteurs, communautés côtières – privés de leurs terres et de l'accès à la mer. TotalEnergies avait pourtant pris des engagements de préservation, mais les faits sur le terrain contredisent ces promesses.
Des accusations qui passent du commercial au pénal
En 2025, la plainte déposée par le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR) devant la justice française a changé la nature du débat. TotalEnergies est accusée de complicité dans des actes de torture et de disparitions forcées, en lien avec la sécurisation du site par les forces armées mozambicaines. Ces allégations font passer le dossier de la sphère des risques commerciaux à celle du droit pénal. En réaction, les gouvernements britannique et néerlandais ont annoncé en décembre 2025 le retrait de leur soutien financier au projet, soit un montant de 2,2 milliards de dollars. Ce désengagement marque un tournant dans la perception des risques liés aux grands projets extractifs en Afrique.
Des implications pour les projets ouest-africains
Cette affaire intervient alors que TotalEnergies est également très actif en Afrique de l'Ouest, notamment à travers le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), un champ gazier transfrontalier entre le Sénégal et la Mauritanie, dont la première production est attendue pour 2024-2025, puis le projet Yakaar-Teranga au Sénégal. Les similitudes sont frappantes : infrastructures lourdes, déplacements de populations, enjeux environnementaux sur des écosystèmes marins sensibles. La controverse mozambicaine pourrait ainsi servir de révélateur pour les autorités ouest-africaines, qui cherchent à maximiser les retombées économiques du gaz tout en respectant des standards environnementaux et sociaux de plus en plus exigeants. Les récents retraits de bailleurs européens montrent que le financement des projets gaziers se heurte à une défiance croissante des institutions internationales et des ONG.
Souveraineté énergétique ou dépendance accrue ?
Pour les États de la région, le gaz naturel représente une voie de sortie des hydrocarbures conventionnels et une source de revenus indispensable. Le Sénégal, par exemple, espère que le GTA contribuera à son objectif de souveraineté énergétique et générera des recettes budgétaires significatives. Mais les risques révélés au Mozambique interrogent la viabilité à long terme de ces modèles : coûts de réhabilitation environnementale, contentieux juridiques, répercussions réputationnelles. À cela s'ajoute la volatilité des prix du gaz sur les marchés mondiaux, renforcée par la guerre en Ukraine, mais qui pourrait s'estomper à mesure que l'offre se diversifie. Les pays ouest-africains doivent donc arbitrer entre l'urgence de développer leurs ressources et la nécessité de garantir des conditions acceptables pour les communautés locales et l'environnement.
Le cas Mozambique LNG révèle une faille structurelle dans le modèle des grands projets gaziers africains : la contradiction entre l'impératif de développement rapide et les exigences croissantes de durabilité et de respect des droits humains. Pour l'Afrique de l'Ouest, cette affaire est un avertissement. Elle montre que la souveraineté énergétique ne se construit pas uniquement sur des gazoducs et des terminaux, mais aussi sur la capacité à anticiper et à gérer les externalités négatives, sous peine de voir les partenaires financiers et l'opinion publique se détourner.