Alors que l'aide publique au développement a chuté de 23 % en un an, les pays africains explorent des voies alternatives pour leur souveraineté énergétique. Le solaire photovoltaïque flottant sur les réservoirs de barrages sort des démonstrations : le lac Kariba, au Zimbabwe, pourrait accueillir 500 MW, une première à l'échelle continentale. Cette technologie combine infrastructures existantes et énergie propre, ouvrant une piste inédite pour les pays ouest-africains dotés de grands barrages.

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Une convergence technique prometteuse

Le projet de centrale solaire flottante de 500 MW sur le lac Kariba, porté par l'Intensive Energy User Group, marque un tournant. Sa première phase de 250 MW, en discussion avec la Banque africaine d'import-export (Afreximbank), représente l'un des plus grands projets du genre jamais envisagés sur le continent. Jusqu'ici, les installations flottantes restaient des pilotes dispersés. Kariba pourrait démontrer que l'alliance de l'hydroélectricité et du photovoltaïque est économiquement viable à grande échelle.

L'intérêt technique est multiple. En s'appuyant sur des réservoirs existants, ces projets exploitent les infrastructures déjà en place : lignes de transport, sous-stations, accès au réseau. Ils évitent aussi la pression foncière, problème récurrent des centrales au sol. Surtout, le couple hydro-solaire joue un rôle de réglage : la production hydraulique compense l'intermittence du solaire lorsque l'ensoleillement faiblit, tandis que les panneaux préservent les réserves d'eau en période de sécheresse. Une complémentarité précieuse dans une région où le changement climatique perturbe les régimes hydrologiques.

Un enjeu de souveraineté pour l'Afrique de l'Ouest

Cette dynamique intervient dans un contexte de raréfaction des financements extérieurs. Les coupes budgétaires occidentales et les tensions géopolitiques ont réduit l'aide publique au développement de près d'un quart en un an. Pour les États ouest-africains, l'urgence est de sécuriser leur approvisionnement électrique sans dépendre de bailleurs aux agendas changeants. Les grands barrages de la région, comme Akosombo au Ghana, Kainji au Nigeria ou Manantali au Mali, offrent des réservoirs déjà connectés au réseau. Les équiper de panneaux flottants permettrait d'accroître la capacité installée sans construction majeure ni emprise au sol.

L'initiative de Kariba est révélatrice d'une tendance plus large : les acteurs africains, qu'ils soient consortia industriels ou institutions financières régionales, prennent l'initiative. Afreximbank, en examinant le financement, signale que la banque multilatérale continentale est prête à soutenir des projets structurants. Cela répond à une attente forte des gouvernements et des entreprises locales, en quête de solutions moins dépendantes des circuits traditionnels d'aide.

Reste que le modèle n'est pas sans défis. Les coûts d'installation sur des lacs souvent vastes et exposés à la houle peuvent être élevés. La cohabitation entre activités économiques (pêche, transport, tourisme) et infrastructures solaires demande une planification minutieuse. À Kariba, la baisse historique du niveau d'eau due à la sécheresse a rappelé les limites d'une dépendance à un seul réservoir. Mais c'est précisément cette vulnérabilité qui rend l'option solaire flottante attractive : elle diversifie la production sur une même infrastructure.

Au-delà du Zimbabwe, la session « Power Africa Today » de l'African Energy Week 2026 en fera un thème central. Les débats porteront sur la capacité du modèle à attirer des financements privés et à être répliqué dans d'autres bassins. Pour l'Afrique de l'Ouest, la question est de savoir si les promoteurs sauront adapter les leçons de Kariba aux réalités locales, notamment en matière de maintenance et de gouvernance des barrages.

La convergence de la hydraulique et du solaire n'est pas une simple innovation technique. Elle s'inscrit dans une quête plus large de résilience, où les pays africains mobilisent leurs propres atouts pour répondre à une demande énergétique en hausse, tout en réduisant leur exposition aux chocs extérieurs. L'issue de l'expérience zimbabwéenne sera observée de près à Dakar, Abidjan ou Niamey.

La généralisation du solaire flottant pourrait redéfinir les rapports de force énergétiques en Afrique de l'Ouest, où les grands barrages sont souvent des symboles nationaux. En transformant ces infrastructures en plates-formes hybrides, les États peuvent accroître leur production installée sans négociations internationales lourdes. Reste à savoir si le modèle saura convaincre les investisseurs et les gestionnaires de barrages, et si les institutions régionales accompagneront son essor. L'Energy Week 2026 donnera un premier aperçu de la crédibilité de cette nouvelle frontière.