Le 21 juin 2026, le président guinéen Mamadi Doumbouya a annoncé l'interdiction prochaine de l'exportation d'or brut et l'obligation de raffiner toute la production sur le territoire. Quelques jours plus tôt, des informations de Bloomberg révélaient que le Ghana étudiait la possibilité de confier l'exploitation de la mine de Tarkwa, actuellement détenue par le sud-africain Gold Fields, à des entreprises locales. Ces deux décisions, prises dans un contexte de cours de l'or proches de records historiques, illustrent une montée en puissance du nationalisme minier en Afrique de l'Ouest. Elles s'inscrivent dans une tendance déjà observée au Burkina Faso, où le régime militaire a récemment renforcé le contrôle national sur le secteur aurifère.
Deux voies, un objectif : capter la valeur de l’or
Alors que les cours de l’or frôlent des records historiques, la Guinée et le Ghana durcissent leur contrôle sur le secteur aurifère. Le Burkina Faso avait ouvert la voie.
Interdiction d’exporter de l’or brut. Toute la production devra être raffinée sur place.
« Je ne suis pas venu pour négocier » — Mamadi Doumbouya, 21 juin 2026.
Étude en cours pour confier l’exploitation de la mine de Tarkwa (détenue par le sud-africain Gold Fields) à des entreprises locales.
Contexte : manifestations xénophobes en Afrique du Sud et appels à réduire la part étrangère.
Chronologie : le virage souverainiste
En bref
« Je ne suis pas venu pour négocier »
Mamadi Doumbouya, président guinéen, aux opérateurs miniers — 21 juin 2026. Un ton martial qui marque un tournant dans la politique minière ouest-africaine.
La décision guinéenne marque un tournant. Le président Doumbouya, s'adressant aux opérateurs miniers, a employé un ton martial : « Je ne suis pas venu pour négocier ». En imposant le raffinage local, Conakry cherche à capter une part de la valeur ajoutée qui échappait jusqu'ici au pays. La Nimba Gold Refinery, présentée comme l'une des plus grandes d'Afrique, doit entrer en service imminemment. Ce projet, s'il aboutit, pourrait transformer le secteur guinéen, mais soulève des questions sur son financement et sa capacité technique. La Guinée, riche en or mais aussi en bauxite, semble vouloir appliquer au métal jaune la logique d'industrialisation amorcée avec le minerai d'aluminium, où la Chine investit massivement dans des usines de transformation.
Le précédent ghanéen : entre pragmatisme et pressions politiques
Au Ghana, la situation est différente. Le président John Mahama, confronté à des manifestations xénophobes en Afrique du Sud, doit composer avec des appels à réduire la présence des entreprises sud-africaines. La mine de Tarkwa, qui a produit près de 475 000 onces l'an dernier, représente un actif stratégique. Gold Fields a soumis une demande anticipée de renouvellement, mais le gouvernement pourrait organiser un appel d'offres réservé aux locaux. Plus tôt en 2026, la mine de Damang avait déjà été transférée à une entreprise appartenant au frère du président, suscitant des critiques sur les conflits d'intérêts. Accra a par ailleurs relevé les redevances sur l'or de 5 % à 12 %, maximisant ses recettes dans un contexte de prix élevés.
Ces deux approches reflètent des réalités politiques distinctes. La Guinée, sous régime militaire, peut imposer des réformes autoritaires sans débat parlementaire. Le Ghana, démocratie stable, doit naviguer entre pressions populistes et nécessité de maintenir la confiance des investisseurs. La question du timing est cruciale : les cours de l'or, à des niveaux records, offrent une marge de manœuvre aux États, mais les décisions prises aujourd'hui pourraient affecter les flux d'investissement à long terme.
Cette poussée nationaliste n'est pas isolée. Au Burkina Faso, le gouvernement militaire a déjà pris le contrôle de plusieurs mines, réduisant la part des opérateurs étrangers. En mai 2026, des rapports indiquaient que Ouagadougou resserrait son emprise sur le secteur aurifère, s'alignant sur une tendance régionale plus large. La convergence de ces mouvements, dans un contexte de records des prix de l'or et de tensions géopolitiques, pourrait redessiner la carte minière ouest-africaine.
L'évolution récente en Guinée et au Ghana s'inscrit dans un mouvement plus large de reprise en main des ressources naturelles sur le continent. Alors que le Mali, le Niger et le Burkina Faso explorent également des voies de souveraineté minière, la question se pose de l'équilibre entre captation de valeur locale et attractivité pour les investisseurs. Le succès de ces politiques dépendra de la capacité des États à développer des infrastructures de transformation, à garantir un cadre réglementaire stable et à éviter les écueils clientélistes. L'Afrique de l'Ouest pourrait ainsi devenir un laboratoire du nouveau nationalisme des ressources, dont les implications dépassent le seul secteur aurifère.