Après une chute vertigineuse de 80 % entre 2023 et 2024, les prix du lithium carbonaté repartent à la hausse, atteignant 165 000 yuans la tonne début juillet 2026. Ce rebond, porté par une demande chinoise soutenue et l'arrêt de la mine de CATL au Zimbabwe, redonne espoir aux producteurs. Mais pour l'Afrique de l'Ouest, où plusieurs gisements sont en développement, l'enjeu est double : tirer parti de cette fenêtre de prix sans reproduire les schémas de dépendance et d'insécurité qui minent d'autres filières extractives.
Rebond du lithium : +8,7 % en une semaine
Après une chute de 80 % entre 2023 et 2024, le lithium carbonaté repart à la hausse. La demande chinoise et l’arrêt de la mine de CATL au Zimbabwe soutiennent les cours. Pour l’Afrique de l’Ouest, l’enjeu est stratégique : saisir la fenêtre sans reproduire les schémas de dépendance.
Les fabricants de batteries augmentent leurs achats pour préserver leurs parts de marché. Le stockage d’énergie soutient aussi la consommation.
La mine Jianxiawo fermée en août 2025 retire environ 3 % de l’offre mondiale de lithium.
Plusieurs gisements en développement. L’enjeu : profiter des prix sans reproduire les schémas de dépendance.
Contexte : Le rebond des cours pourrait inciter de nouveaux producteurs à remettre des capacités sur le marché, fragilisant la reprise.
Le rebond des prix du lithium carbonaté de batterie au premier semestre 2026 marque une rupture nette avec la tendance baissière qui prévalait depuis 2023. Selon les données de Trading Economics, le cours a grimpé de 151 750 yuans le 29 juin à 165 000 yuans début juillet, soit +8,7 % en une semaine. Cette remontée s’explique par une conjonction de facteurs : l’arrêt temporaire de la mine Jianxiawo de CATL au Zimbabwe en août 2025, qui a retiré environ 3 % de l’offre mondiale, et une demande chinoise qui reste vigoureuse malgré le ralentissement des commandes de véhicules électriques. Les fabricants chinois de batteries, soucieux de préserver leurs parts de marché, ont accru leurs achats de lithium, tandis que les systèmes de stockage d’énergie continuent de soutenir la consommation.
Cette reprise des cours, encore fragile car susceptible d’inciter de nouveaux producteurs à remettre des capacités sur le marché, offre une fenêtre d’opportunité pour les pays ouest-africains disposant de réserves de lithium. Le Mali, le Burkina Faso et la Guinée, notamment, ont vu émerger ces dernières années des projets d’exploration et de développement. Le Mali a accordé plusieurs permis d’exploration à des juniors australiennes et canadiennes, tandis que le Burkina Faso, déjà producteur d’or, cherche à diversifier son portefeuille minier. La Guinée, de son côté, mise sur Simandou pour le fer, mais n’exclut pas de valoriser d’autres ressources.
Cependant, le contexte sécuritaire régional complique l’équation. Comme le montrent les faits récents rapportés dans la presse, les zones minières sont souvent le théâtre d’attaques jihadistes et d’incidents liés aux engins explosifs. Le 14 mai 2026, un lycéen a été tué par l’explosion d’une mine sur un axe routier dans la forêt du Baoulé au Mali. Plus largement, la région de Kidal reste sous pression, et les autorités maliennes peinent à sécuriser les zones d’extraction. Or, les investisseurs dans le lithium, métal stratégique pour la transition énergétique, sont particulièrement sensibles à la stabilité politique et à l’intégrité des chaînes d’approvisionnement.
Des leçons à tirer des filières historiques
L’expérience des filières or et bauxite en Afrique de l’Ouest offre des enseignements pour le lithium. La rente minière, souvent mal captée par les États, a généré des tensions locales sans toujours se traduire en développement durable. La souveraineté énergétique régionale passe par une meilleure maîtrise des ressources, mais aussi par la construction de chaînes de valeur locales — raffinage, fabrication de précurseurs de batteries — plutôt que la simple exportation de concentrés. Le rebond actuel des prix donne une marge de manœuvre aux gouvernements pour renégocier les conditions d’exploitation et imposer des clauses de transformation locale.
La géopolitique du lithium ajoute une couche de complexité. La Chine domine le raffinage mondial, et les pays ouest-africains pourraient se retrouver dans une relation de dépendance similaire à celle qui prévaut pour le cobalt en RDC. L’Union européenne et les États-Unis cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en dehors de la Chine, ce qui ouvre des perspectives de partenariats alternatifs. Le Mali, par exemple, pourrait bénéficier de l’initiative « Global Gateway » de l’UE, qui finance des infrastructures minières durables.
Par ailleurs, l’arrêt de la mine de CATL au Zimbabwe montre que même les géants chinois ne sont pas à l’abri de contraintes locales — permis expirés, révisions de codes miniers. Les pays ouest-africains peuvent tirer parti de cette volatilité pour imposer des conditions plus avantageuses, à condition de renforcer leurs capacités de négociation et de régulation.
Le rebond du lithium carbonaté est une aubaine à court terme, mais il ne doit pas occulter les défis structurels du secteur minier ouest-africain. La question n’est pas seulement de vendre plus cher, mais de construire une industrie extractive qui serve les intérêts à long terme des populations. Alors que la région s’apprête à lancer l’exploitation de Simandou et à développer ses gisements de lithium, l’enjeu est de conjuguer souveraineté, sécurité et développement endogène. Le chemin est étroit, mais la fenêtre des prix offre une occasion, peut-être unique, de repenser le modèle minier régional.